Conakry: Demba Doumbouya, le quotidien d'une brave dame en pleine crise de Covid-19

Reportage
Demba Doumbouya
Demba Doumbouya

CONAKRY-La crise sanitaire liée à la Covid-19 impacte tous les secteurs de l'économie. Celui de l'informel n'est pas en reste.  A Conakry, les vendeuses font partie de celles qui sont durement touchées par la crise sanitaire. Notre reporter est allé à la rencontre de certaines femmes vendeuses de condiments dans les marchés

Mariama Dalanda, c’est l’histoire typique d’une veuve, mère de 3 enfants qui, pour subvenir aux besoins de sa famille, vend de condiments au marché de Kaporo dans la commune de Ratoma. Elle fait ce travail depuis 5 ans. Elle quitte chaque jour son domicile situé à Lambanyi à 6 heures du matin, pour se rendre au marché et ne rentre à la maison qu’à 18 heures. C'est le quotidien de tous les jours de cette dame.

Notre reporter l’a rencontré. Assise devant son étable de tomate, aubergine, oignon, piments, etc; Mariama témoigne de son quotidien avec ses 3 enfants dont elle parvient difficilement à payer la scolarité en cette période de crise sanitaire et économique.

  «C’est ma mère qui m’a donné le courage de vendre.  Elle est au village à Pita. Elle achète des fruits et légumes pour m’envoyer à Conakry. Avant, je donnais à des commerçantes pour revendre, certaines ont détourné mon argent. Finalement, j’ai décidé de vendre moi-même. J’ai commencé cela petit à petit, il y a 5 ans. Maintenant, j’aime faire le commerce. Je viens tous les jours au marché à 6 heures pour rentrer à 18 heures. Mêmes les dimanches, je viens vendre si je n’ai pas de cérémonie», raconte-t-elle.

‘’J’enregistre parfois une perte de 150 mille francs guinéens…’’

Dans son commerce, cette mère de famille enregistre des hauts et des bas. «Actuellement, faire le commerce c’est difficile parce que le transport à pratiquement doublé à cause de la maladie. Nous prenons nos condiments à l’intérieur du pays, au Foutah. Les chauffeurs font payer un panier de tomates entre 30 et 50 mille francs. Avant le transport d’un sac de pomme de terre et autres c’était à 10 mille francs guinéens de Pita à Conakry. Actuellement, c’est à 30 mille francs. C’est vraiment dur 

Aujourd’hui, je paie un panier de tomates à 400 mille francs à Matoto et quand je revends en détail je perds, parfois, 150 mille francs guinéens. Les clients se font rares. Et à la longue, la marchandise pourrit.  On est obligé de vendre à perte. Nous enregistrons beaucoup de perte, actuellement. On achète 1 kilogramme de carottes à 15 mille et nous revendons en détaille 1 à 1500 ou 3000 francs. Avant, le kilo était entre 5000 et   7000 francs », se lamente-elle.  

Mariama Dalanda déplore aussi l’état de la route qui est complètement dégradée. "Les chauffeurs font plus de 3 jours pour arriver à Conakry. Le transport est cher. Ces légumes sont cultivés chez nous à Dalaba, Pita et Labé. Je vais chaque fois à Matoto pour prendre la marchandise, je paie parfois 15 mille pour le transport de mes paniers de condiments", raconte-t-elle.

Depuis le décès de son mari, décédé il y a plusieurs années, Dalanda s’occupe, seule, de ses 3 enfants qu’elle nourrit, habille et finance la scolarité grâce à son commerce. «Je m’occupe aussi de mes parents qui sont au village à Pita. Actuellement, comme il n’y a pas d’école, je viens avec mon fils pour m’aider a vendre », explique-t-elle suppliant au gouvernement à diminuer le coût du transport.

 

Vendeuse depuis plus de 20 ans

Demba Doumbouya est, elle aussi vendeuse depuis plus de 20 ans au marché de Kaporo. Elle vit avec son mari et leurs 5 enfants. Elle nous a confié que grâce à son commerce, c’est elle qui paie la location de leur maison et subvient à certains besoins de sa famille.  

« Je ne connais que vendre du piment, de l’aubergine, du gombo. Même s’il pleut, je vais acheter mes marchandises à Matoto. La dernière fois quand la grande pluie s’est abattue sur Conakry, les eaux ont failli m’emporter dans les caniveaux du marché, heureusement que les gens m’avaient secouru.  Depuis que je suis à Conakry, au temps de Sékou Touré, Lansana Conté, jusqu’à maintenant, je n’avais jamais vu une telle augmentation des prix sur le marché. Le prix d’un sac de piment à 1 million de francs guinéens c’est du jamais vu.

Un sac de piment à 1 millions, du jamais vu !

Comment vendre ça et gagner de l’argent ?  On paye un sac d’aubergine à 700 mille francs guinéens, le sac de gombo se négocie à 500 mille francs guinéens. Comment faire pour vendre cela en détail et assurer les besoins de sa famille ? Je dirais aux autorités guinéennes de revoir cette situation pour nous soutenir. On ne peut continuer à souffrir, un tas de trois piments à 5000 francs et les autres condiments, comment tu vas faire pour quelqu’un qui a une dépense de 20 mille francs guinéens.  Actuellement on n'a même pas des moyens pour payer notre location parce que les temps sont durs il n'y a de clients. On gagne juste à manger.  Aujourd’hui, les femmes ont porté les pantalons que les   hommes ont enlevé », martèle Damba Doumbouya.

Bah Aïssatou

Pour Africaguinee.com

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Créé le Lundi 07 septembre 2020 à 14:08