Conakry: Immersion dans la vie des jeunes "débrouillards"…

Reportage
Ousmane Diallo, jeune débrouillard aide un chauffeur de taxi à avoir des passager
Ousmane Diallo, jeune débrouillard aide un chauffeur de taxi à avoir des passager

CONAKRY-Chaque jour, ils sont nombreux ces jeunes qui squattent les grands-carrefours de Conakry, dans l'espoir de trouver leur pitance journalière, où lorsque la moisson est bonne, faire de petites économies. La plus part d'entre eux sont au chômage. Pour certains, le travail consiste à aider les chauffeurs de taxis à trouver des passagers. En retour, ces derniers leur donnent 500 ou 1000Gnf, tout dépend de la générosité du chauffeur. Pour d'autres, ils cirent des chaussures ou font de petits travaux de cordonneries. Reportage.

Arrêté sous la pluie, Alpha Ousmane Diallo vêtu d'un imperméable squatte le Pont Madina. Dès qu'un véhicule gare, il se précipite vers le chauffeur pour lui demander sa destination. Un fait anodin, mais qui a tout son sens. Puisque ça lui permet de rechercher les passagers. Faute d'emplois décent, ce jeune vit de ce petit-boulot depuis trois ans. Originaire de Mamou, cet orphelin de mère ne sous-estime pas son travail. Ne dit-on pas d'ailleurs qu'il n'y a pas de sot métier ? Avec le peu d'argent qu'il gagne, il arrive à subvenir à ses besoins et aider sa famille.

« Au début, j’étais "waliké" (dockers, ndlr). Mon travail consistait à transporter des marchandises et des bagages pour des gens. En retour, on me payait en fonction du poids de la marchandise. Mais, je suis tombé malade et j’étais obligé d’abandonner ce travail. Depuis 3 ans, je viens me débrouiller à Madina, en aidant les chauffeurs à avoir des clients.  Nous cherchons 500 francs guinéens ici. Ce n'est pas beaucoup, mais il y a des gens qui se fâchent contre nous pour ça. Alors que nous nous habillons et nous nous nourrissons dans ça. On est fier de ce travail, parce que c'est mieux que de voler ou faire la mendicité. J’appelle les passagers pour les chauffeurs qui se rendent à Donka et en Ville. Je gagne 500 francs guinéens ou 1 000 francs guinéens avec eux. A la fin de la journée, je fais le calcule, parfois je gagne 50 mille par jour. Je me débrouille avec ça », explique Alpha Ousmane Diallo.

Pourtant dans les grands carrefours, ces jeunes débrouillards n'ont pas souvent une bonne réputation. Ils sont souvent accusés par certains citoyens de vols de téléphones, d'argent ou de rackets. Cette étiquette qui leur est collée ne convient pas à ce jeune. Ousmane déplore ces accusations de vols dont ils sont victimes.

« Nous souffrons dans notre travail. Les agents de sécurité nous ont arrêtés à plusieurs reprises ici, parce que les gens nous accusent d'être en complicité avec des voleurs.  En ce qui me concerne, ça fait longtemps que je travaille au carrefour ici. Des gens peuvent venir des fois pour nous accuser d'être des voleurs. Mais je suis très patient. C’est pourquoi j’ai duré ici. Sinon beaucoup de jeunes étaient ici et ils faisaient ce travail mais ils ont abandonné. Aujourd’hui, je suis le seul qui s’arrête ici. Certaines personnes disent que nous allons mourir dans ce travail mais toute chose est réservée à Dieu, c'est lui sait le destin de chacun. Parfois des chauffeurs après avoir pris les clients, ils s’en vont sans nous payer même 500 francs guinéens alors qu’on les aide », dénonce Alpha Ousmane Diallo qui demande au Gouvernement de lui venir en aide pour trouver un travail décent.

‘’J’ai commencé à cirer les chauffeurs avec rien…’’

 

Trouvé au carrefour Dixinn, un jeune cireur de chaussures qui a requis l'anonymat explique comment il s'est débrouillé pour avoir une table de vente. Assis devant son étable située au bord de la route, il dit avoir "galéré" pendant 6 ans. Armé de patience et de courage, ce jeune débrouillard commence à développer une petite activité dans le commerce.

 

« J’ai commencé à travailler avec rien. Je n'avais que mon métier de cireur. Quand j’ai gagné 200 mille GNF, j’ai acheté des cigarettes, des bonbons et biscuits pour revendre. Je remercie le bon Dieu, aujourd’hui j’arrive à assurer mes besoins dans ça », confie ce jeune cireur sous anonymat. Il invite les jeunes à sortir de la mendicité et de la paresse pour se battre pour réussir dans leur vie. 

Si certains jeunes sont dans le petit commerce ou exercent des petits boulots pour subvenir à leurs besoins, d'autres ont préféré se débrouiller ailleurs. Depuis 4 ans, Ousmane Camara, un jeune diplômé sans-emplois exerce le métier de conducteur de moto taxi. Il s'en sort tant bien que mal. Aujourd'hui, grâce à son activité, il a fondé une famille.

« Quand tu es conducteur de moto taxi, tu peux gagner de l’argent pour avoir la dépense pour ta famille. Au début, j’ai pris du crédit pour acheter une moto. Mais aujourd’hui, j’ai trois motos. Donc les jeunes doivent se battre à tout prix pour gagner l’argent à la sueur de leur front. Je conseille aux jeunes de prendre le courage et travailler. Rester à la maison ou faire le banditisme ne sert à rien », conseille Ousmane Camara.

De son côté, Mamadou Diallo vend des parapluies et des articles divers. Si avant, il était ambulant, aujourd'hui ce jeune a trouvé une place. « J’ai démarré le commerce alors que je n’avais presque rien. J'étais marchand ambulant. J’ai continué à faire cela. Mais aujourd’hui, j’ai une place. Je vends des écouteurs, des parapluies, des ballons.  J’ai commencé avec moins de 600 mille francs guinéens, mais ça commence à aller. Mais nous souffrons actuellement, parce que le Gouvernement nous demande de quitter au bord de la route. Au niveau des mairies, les gens des communes viennent nous demander des taxes et impôts très chers en nous réclamant jusqu’à 1 million de francs guinéens alors que tu n'as qu'un petit conteneur ou une table. C’est vraiment dur », s’est lamenté.

 

Reportage réalisé par Bah Aïssatou

Pour Africaguineee.com

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Créé le Lundi 31 août 2020 à 16:06