Droit d'ingérence : la Cédéao peut-elle intervenir en Guinée ?

Crise guinéenne
Image d'illustration force militaire de la CEDEAO
Image d'illustration force militaire de la CEDEAO

CONAKRY-La Communauté Economique de Développement des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est mise à l’épreuve face aux crises à répétition de tout genre qui secoue la sous-région. Après la période des guerres civiles des années "90" qui ont déchiré le Libéria, la Sierra Léone, celle de l'an 2000 en Côte d'Ivoire, l'environnement sécuritaire n'a jamais été aussi menacé qu'actuellement dans cet espace communautaire.

Déjà frappée par une crise sanitaire qui fragilise les économies des pays membres, la région fait face à d'autres crises plus complexes à gérer. Le coup d’Etat militaire survenu au Mali qui a précipité la chute d'Ibrahim Boubacar Keita intervient alors que le climat sécuritaire se détériore chaque jour dans ce pays enclavé.

Pendant ce temps, la Guinée et la Côte d'Ivoire sont dans le qui-vive. Dans ces deux pays, les deux chefs d'Etat en exercice, Alpha Condé et Alassane Ouattara, arrivée au pouvoir la même année (2010) veulent briguer un troisième mandat. En Guinée, près 100 morts sont enregistrés dans des manifestations contre ce projet alors qu'en Côte d'Ivoire, les protestations contre la candidature d'ADO, prennent des allures ethniques. Les démons de la violence hantent à nouveau ce pays déchiré par une crise postélectorale en 2010 qui a fait 3000 morts.

Comment résoudre toutes ces crises et éviter un embrasement de la région ? La CEDEAO a un grand rôle à jouer, même si son attitude face à la crise au Mali et en Guinée, laisse maints observateurs sceptiques. Jusqu'à un passé récent, cette organisation qui était vue comme un modèle en Afrique. Mais force est de constater qu'aujourd'hui, elle perd plus de crédibilité vis-à-vis des populations. L'institution est perçue par beaucoup, comme un petit syndicat de chef d'ETAT qui est là que pour défendre ses propres intérêts et assouvir leur boulimie de Pouvoir.

Dans ce contexte, l'organisation sous-régionale a-t-elle les coudées-franches pour empêcher la région de plonger dans une instabilité chronique ? Quelles sont ses marges de manœuvre ? Peut-elle intervenir militairement dans un état souverain pour faire respecter les principes de la démocratie ? Quelles sont les limites de son Pouvoir ?

Mamadou Sinna Baldé, enseignant chercheur spécialiste des relations internationales de l’université Général Lansana Conté de Sonfonia-Conakry, livre son analyse. Selon cet universitaire, la CEDEAO a certes des prérogatives dans ces différentes crises qui secouent la région, mais il rappelle tout de-même que les états membres ont aussi leur "souveraineté".

 « La CEDEAO a beaucoup d’atouts, parce que c’est l’une des rares organisations qui est dotée d’une force d’intervention qui a fait ses preuves au Libéria, en Sierra Leone, en Guinée Bissau et en Gambie. Et lorsque la CEDEAO a mobilisé l’armée contre Yaya Jamey qui a refusé de quitter le pouvoir après avoir perdu les élections contre Adama Barrow, les forces armées nigérianes, sénégalaises, sont venues mettre la pression sur Yaya Jamey qui a finalement quitté le pouvoir et choisir l’exil. Ça c‘est un exemple. Maintenant les cas sont différents. Et ça dépend des contextes.

Le cas du Mali avec la crise en cours, c’est le peuple qui a revendiqué le départ du président Ibrahima Boubacar Keita avant que l’armée n’intervienne dans cette situation d’incertitude. Et on a tous vu les manifestations qui ont suivi après ce coup d’Etat. Et là, c’est une situation compliquée pour l’organisation comme ç’a été le cas avec Charles Taylor au Libéria qui a soulevé une rébellion contre le pouvoir et l’armée royale. Maintenant en 2012, après le coup d’Etat d’Amadou Aya Sanogo contre le président de l’époque, Amadou Toumany Touré, l’on a vu la pression que la CEDEAO a exercée sur les putschistes, et c’est suite à cela qu’une élection a été organisée et qui a permis à IBK d’être élu en 2013", a expliqué cet universitaire.

L'enseignant chercheur en relations internationales précise qu'en ce qui concerne la Guinée, les marges de manœuvres de la CEDEAO sont minces.  

"Maintenant en Guinée, ce n’est pas au même au niveau parce qu’on a vu la CEDEAO n’a pas pu empêcher le double scrutin législatif et référendaire du 22 mars dernier, bien qu’elle a fait de la pression en envoyant des émissaires compte tenu de l’entêtement du pouvoir en place. Et il n’y a pas eu de coup d’Etat militaire en Guinée. C’est un président qui a été élu mais il y a cependant une contestation. Il ne faut pas oublier qu’il est soutenu par une partie de la population à travers des mouvements de soutien. Donc la CEDEAO a une force et des limites puisqu’après tout, les Etats membres ont leur souveraineté.  Donc pour le cas de la Guinée, c’est une crise guinéenne que les guinéens doivent résoudre.  C’est déplorable qu’on arrive jusqu’à solliciter l’intervention de la CEDEAO ou de la communauté internationale.  Il y va de la responsabilité des guinéens de s'assoir autour de la table pour résoudre ce problème qui est celui du troisième mandat » a expliqué l’universitaire guinéen.

Pour ce doctorant en sciences humaines et sociales à l’université de Sonfonia, la seule solution que la CEDEAO peut user dans ces différentes crises, c’est le dialogue. Car pour le cas du Mali, il voit du mal comment cette organisation pourra faire revenir IBK au pouvoir.

« Les militaires sont soutenus par les partis politiques réunis au sein du M5, la société civile, les acteurs religieux, donc ce sera difficile pour la CEDEAO de faire revenir le président démissionnaire. Tout ce qu’il y a lieu de faire, c’est de chercher une transition démocratique apaisée qui va aboutir à l’élection d’un nouveau président » pense M. Mamadou Sina Baldé.   

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

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Créé le Mardi 25 août 2020 à 15:17