Guinée : Les tricycles révolutionnent le transport urbain à Conakry…

Reportage
Des motos tricycles au carrefour Lambangny
Des motos tricycles au carrefour Lambangny

CONAKRY- Début 2019, un nouveau type de transport en commun a fait son apparition à Conakry, la capitale guinéenne. Les motos tricycles.  Depuis, ces engins à trois roues connaissent une floraison, au point qu'aujourd'hui, ils rivalisent les taxis traditionnels. Rapide, efficace, moins affectées par les interminables embouteillages, certains perçoivent même ces petites locomotives comme une menace pour les taxis. En tout cas, ils attirent la convoitise de nombreux citoyens dans leur déplacement à travers la capitale.

Ces motos tricycles ont changé le visage de la circulation routière et révolutionné le transport urbain à Conakry. Mais ce nouveau moyen déplacement ne comporte pas que des avantages, il y a aussi des risques tant chez les conducteurs que chez les passagers. Si les conducteurs de ces engins à trois roues tirent profit de cette activité, ils dénoncent cependant les rackets et les tracasseries policiers. Les passagers eux se plaignent du manque de prudence de certains conducteurs dans la circulation, qui sont très enclins à prendre la troisième position, avec des risques de collision.

A Conakry, ces tricycles sont surtout visibles sur la corniche nord. Sonfonia-Lambanyi-Kipé-Taouya. Pendant les heures de pointe, les passagers se bousculent pour trouver place à bord d'un tricycle. En ce temps de Covid-19, les conducteurs ne prennent que deux passagers. Il est 8h au rond-point de Lambagni. Une mère de famille à la quête d’une moto tricycle se bouscule avec d'autres passagers pour se frayer un chemin. Il faut plusieurs tentatives avant de réussir à trouver une place assise. Cette citoyenne nous parle de certains risques d'emprunter ces engins. Mais elle n'a pas le choix.

On ne peut pas s'en passer…

"Ils sont parfois en excès de vitesse dans la circulation. Ils aiment aussi dépasser les véhicules en prenant la troisième position. Mais on ne peut pas s’en passer. Quand je suis pressée j’emprunte ces motos parce que c’est rapide mais j’ai peur pour ma sécurité surtout sur la grande voie. Avant, j’avais peur parce je me disais que le passager peut tomber et tout, mais des amies m’ont fait comprendre qu’il y a des chaines à la place des portières et que c’est rapide. C’est vrai, grâce aux motos tricycles aujourd’hui nous nous déplaçons facilement », a déclaré Fatoumata Camara.

Même témoignage chez ce commerçant qui empreinte régulièrement les motos tricycles de Lambagni à Madina où part acheter de la marchandise. Cissé Alassane a fait le tour de plusieurs motos tricycles sans trouver de places. Mais il préfère attendre.

« Je préfère prendre les motos là parce qu’il y a des embouteillages. Elles nous facilitent le déplacement, il circule vite. De Lambagni à Madina je peux faire moins de 40 minutes alors que si c'est les taxis normaux, c'est plus d'une heure. Même s’il y a des embouteillages tu peux arriver à temps à ta destination avec ces tricycles. Je vais chaque fois à Madina pour prendre des marchandises et revenir revendre à Lambagni. Mais aujourd’hui, depuis 2 heures, je ne trouve pas un tricycle, ceux qui passent sont pleins et certains sont garés. Pour le transport, c’est cher depuis l’arrivée de la COVID, et cela gène beaucoup la population un tronçon se négoce 4 mille francs guinéens", confie-t-il avant de s'interroger : "Mais comment faire », darde Alassane Cissé.

Depuis 1 an, Mamadou Aliou Dansoko conduit ces tricycles. Il circule sur l’axe T7, Kobaya, Lambagni, Kipé et Madina. Il doit déposer une recette journalière chez son patron. Mais l'arrivée de l'épidémie de la Covid-19, a freiné son activité. Même s'il s'en sort tant bien que mal, M. Dansoko dénonce les rackets et les tracasseries policiers.

« Avant l’arrivée de la COVID 19 on pouvait travailler et gagner un peu d’argent. Mais Actuellement, il n’y a pas de travail et nous avons beaucoup de difficultés. Les policiers nous fatiguent sur la route. Plusieurs de mes amis ne travaillent plus parce que s’ils prennent une moto alors qu’ils ont été embauchés, le propriétaire de la moto réclame une recette de 70 mille à 90 mille francs guinéens. Quand tu travailles, difficilement tu gagnes ce montant. Lorsque la police t’arrête, on te rançonne à partir de 100 mille ou 200 mille francs guinéens voire plus, selon le délit. C’est vraiment difficile à gérer et ça fait mal. Tous les conducteurs de moto tricycles ont ces problèmes.  Nous souffrons vraiment sur la route. Les policiers disent que nous faisons la troisième position sur la circulation. Alors que nous avons un problème en arrêtant de le faire. Si nous décidons de suivre la voie des véhicules et rester dans l’embouteillage, ce n’est pas bon parce que nous sommes embauchés. Nos employeurs attendent les recettes tous les jours et ça ne doit pas manquer que ça marche ou pas. Le matin au moment où nous avons des clients, il y a les embouteillages alors qu’après ce temps on n’a pas assez de clients et on ne pourrait pas avoir d’argent. C’est pourquoi nous prenons pendant les embouteillages la troisième position pour être rapide et avoir au moins le matin 5 à 6 voyages. Le soir on peut se débrouiller », a raconté Mamadou Dansoko.

Selon lui ce travail n’a pas assez davantage surtout depuis la survenue de la Covid-19. Les recettes journalières varient de 70 mille à 80 mille GNF selon la négociation avec le patron. Une somme difficile à obtenir, dès lors qu'ils ne sont autorisés à prendre que 2 passagers.

« Il y a beaucoup de jeunes qui sont au chômage qui veulent se lancer dans ça. Tout simplement parce qu'actuellement il n’y a pas de travail. On se débrouille juste pour avoir la dépense. Ce travail a peu d’avantage. C’est le courage seulement que nous avons. Mais je remercie le bon Dieu, je n’ai pas fait encore d’accident depuis que j’ai commencé à travailler ici », se soulage ce jeune conducteur d'un tricycle.

Port des masques

A bord de ces motos, certains passagers ne portent pas les masques. Ce qui les expose à la Covid-19. Ce conducteur en a bien conscience. C'est pourquoi dit-il, il exige le port de masque à tous ces passagers. « C’est vrai que certains passagers ne portent pas les masques, mais nous les obligeons toujours à le faire ou payer un masque pour ne pas nous retarder sur la route avec les policiers. Aujourd’hui, je me suis disputé avec un passager qui refusait de le faire. Mais le plus souvent les passagers mettent les masques de protections, parce qu’ils savent que les policiers font payer une amende s'ils sont pris pour délit de non port de masque », souligne Mamadou Dansoko.

Interrogés pour parler de ce phénomène, les responsables de la police routière n’ont pas souhaité commenter ce sujet.

Reportage réalisé Bah Aïssatou

Pour Africaguinee.com

Tél : (+224) 655 31 11 14

Créé le Lundi 24 août 2020 à 14:14