Abourahmane Sano parle : " Alpha Condé doit savoir..." (Interview )

Manifestations du FNDC
Abdourahmane Sanoh, coordinateur national du FNDC
Abdourahmane Sanoh, coordinateur national du FNDC

CONAKRY-Le ton est ferme ! Abdourahmane Sano, coordinateur national du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), vient de briser le silence, promettant que l’opposition va anéantir Alpha Condé et l’amener à se raviser. Confiné à domicile le jour de la manifestation appelée par sa plateforme le lundi 20 juillet 2020, M. Sano revient sur cette journée. Dans cet entretien qu’il nous a accordé, le leader du FNDC parle de la prochaine étape pour obtenir le départ du dirigeant guinéen.  

AFRICAGUINEE.COM : Comment avez-vous vécu ce confinement à domicile lors de la journée de manifestation appelée par le FNDC ?

ABDOURAHMANE SANO : Nous avons vécu ce confinement avec sérénité (…), la veille de la manifestation, aux environs de 02 heures du matin il y’a  eu un déploiement d’environ trois pick-up des forces de l’ordre qui ont entouré ma clôture. Avec interdiction totale de tout mouvement à l’intérieur et autour du bâtiment. D’un côté, le portail était totalement barricadé avec des policiers qui rodaient tout autour. Un conteneur qui jouxtait ma cour a été réquisitionné pour servir d’observatoire à la police afin de renforcer leur vue à l’intérieur de mon domicile. Cela a duré jusqu’aux alentours de 19 h 30 mn le lundi 20 juillet. J’étais serein, puisque j’ai compris que c’était fait à dessein pour m’intimider.

Deuxièmement, c’est une preuve d’une certaine frilosité de la part des Forces de l’ordre par rapport à l’appel que nous avons lancé à manifester. Enfin cela s’inscrit dans les pratiques de répression, de torture morale et de torture physique, de kidnapping. Comme vous le savez, le pouvoir a préféré endosser ce genre de pratiques pour faire passer vaille que vaille le coup d’Etat de Monsieur Alpha Condé.

Quelle est la prochaine étape de votre mouvement ?

Nous allons continuer à manifester. La prochaine étape, c’est à la coordination de décider. Nous allons continuer puisque le coup d’Etat étant en cours il faut bien que nous continuons avec toute la force de nos moyens pour empêcher ce putsch de continuer et de prospérer avec toute la force de nos moyens. Il faut se battre pour que l’alternance à laquelle la population guinéenne aspire, aussi bien ceux de la diaspora que ceux de l’intérieur, ait lieu. Alpha Condé doit savoir que le pouvoir ne peut pas être privatisé en Guinée. En tout état de cause, il doit savoir que nous sommes déterminés à anéantir et l’amener à se raviser. En tout cas il ne peut avoir de répit avec ce qu’il a entrepris parce que ce n’est  pas juste aussi. Et ce n’est pas ce que veut le peuple. Vouloir imposer un pouvoir par la violence, la terreur, par la dictature, par la peur est un peu illusoire. Parce que dans tous les cas, ça ne tiendra jamais. C’est dans ce sens-là que le FNDC se bat, pour qu’aucun homme politique ne vienne désormais s’accaparer du pouvoir ou le prendre en otage dans l’intérêt de son clan.

Il y’a eu des accrochages entre manifestants et forces de l’ordre ayant occasionné des blessés dont certains par balles. Pourquoi avez-vous maintenu la manifestation sachant qu’elle était interdite ?

Dire qu’une manifestation est interdite est illégal. Ce que nous faisons c’est d’informer les autorités municipalesde l’intention du projet de manifestation et maintenant il revient aux autorités de prendre des dispositions pour sécuriser les manifestations, c’est aussi simple que ça. L’acte d’interdiction est totalement illégal. Comme nous ne sommes pas obligés à nous soumettre à une décision illégale, nous ne respecterons plus jamais et nous ne prendrons plus jamais en compte ces actes. Parcequ’ils sont de nature à continuer à porter atteinte aux droits des populations, c’est trop.

On fait tout dans ce pays, surtout lorsque les gens sont en position de priorité, ils se croient tout permis et croient que la loi c’est pour eux et ils doivent pouvoir en discuter dans leurs propres intérêts et comme ils l’entendent. Pour eux, la loi c’est contre les autres et contre les citoyens, ils doivent l’exercer comme ils l’entendent et comme ils le perçoivent.  Cela, nous devons nous révolter contre, nous devons nous soulever et de refuser de nous soumettre à cette pratique, à cette dictature et à cette gouvernance de la terreur qui s’est installé dans notre pays et qui vit du sang des guinéens.  Nous devons faire en sorte que face à cela, exprimer un minimum de dignité en disant aux gens que nous ne sommes pas d’accord et en assumant notre désaccord.

La Guinée traverse une période sanitaire due au Coronavirus. Est-ce responsable d’organiser des manifestations pendant cette période ?

Nous avions pensé que dans le contexte de la pandémie, il aurait été plus responsable de surseoir à tout cela d’abord. Mais nous avons vu comment le coronavirus a pu s’introduire en Guinée. C’est à travers justement des actes assez répréhensibles de la part du pouvoir de Alpha Condé qui, tenant coûte que coûte à son coup d’Etat a permis à des étrangers de venir ici, et nous avons vu des personnalités en mourir d’ailleurs. Même autour de lui-même au sein de la présidence, une institution censée être préservé, a été touchée. La maladie continue à se propager et eux, ils continuent à violer leurs propres règles et leurs propres interdits et mesures soi-disant sanitaires dans l’intérêt des populations alors qu’ils sont en train de se livrer à d’autres façons de faire pour atteindre leurs intérêts égoïstes. Il faut bien que le peuple se relève et se tienne débout (…), on n’est pas dupes  et nous allons nous mobiliser pour les empêcher.

Aviez-vous un appel à lancer ?

Je demande aux populations guinéennes de se tenir debout  et de rester engager. De croire en sa victoire puisque cette victoire est possible et elle à portée de main. Le pouvoir que nous avons en face est un pouvoir complètement affaibli qui ne tient que par la corruption et par la violence. Nous savons que la corruption et la violence sont des moyens qui, très rapidement prouvent leurs limites.

En Guinée, ils ont déjà montré leurs limites, ce qui reste c’est la déconfiture et la décomposition. Cela peut arriver à n’importe quel moment pourvu que le peuple tienne à ses convictions et à l’alternance démocratique apaisée. Il faut que nous soyons suffisamment engagés pour la paix et la sécurité dans notre pays.

Entretien réalisé par

BAH Boubacar LOUDAH

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 655 31 11 13

 

Créé le Mercredi 22 juillet 2020 à 11:42