Guinée : la nouvelle forme de prostitution à Conakry (reportage)

Reportage
Image d'illustration
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CONAKRY-En Guinée, le nombre de prostituées est estimé à 8.400, selon les statistiques de 2016 fournies par l’ONUSIDA. L’exercice du plus vieux métier du monde prend de nouvelles formes à Conakry. Malgré leur interdiction par le Droit guinéen, la prostitution et le proxénétisme ont progressé ces dernières années et prennent de nouvelles dimensions dans la capitale guinéenne. Ces fléaux s’adaptent à l’évolution de la technologie et du numérique. Si avant les bars, les hôtels, les boîtes de nuit…bref les  lieux récréatifs étaient leurs domaines de prédilection, aujourd’hui la prostitution se passe sur les réseaux sociaux. Les plateformes dédiées fusent, et le nombre d’abonnés explose sur les réseaux sociaux.

Sur les plateformes de rencontres sur internet, on voit des photos de filles dénudées qui sont publiées pour susciter l’envie chez les abonnés. Des proxénètes recrutent des filles à travers la capitale pour satisfaire les besoins de leurs clients. Certaines recrues sont des jeunes filles souvent diplômés sans emploi. Selon notre constat, on observe sur ces réseaux en ligne, la création de nouvelles pages pour les travailleuses de sexe. Sur facebook notamment, on y voit des images où les proxénètes exposent les  corps de filles prêtes à "vous envoyer au septième ciel", moyennant une somme d'argent. Ces proxénètes gagnent des subsides en embauchant des jeunes filles qu’ils envoient à leurs demandeurs dans des lieux aménagés à souhait à leur frai.

Sur le réseau social facebook, ils font leur publicité sans même se cacher en laissant des numéros de téléphones, des lieux de rencontres etc. Les rencontres se font sur internet souvent sur ces pages qui ont des milliers d’abonnés. Les montants proposés aux clients nécessiteux vont jusqu’à 500. 000 francs guinéens soit environs  50 euros.  Mais la somme devant revenir à la prostituée  varie entre 60.000 GNF à 350.000 GNF, selon la qualité et la durée du service demandé.

 « Pour un déplacement de 2 heures à Coyah, le salaire et le transport c’est 200 mille FG. Si c’est un déplacement toute la journée de 10 heures à 18 heures, c’est 300 mille FG et 50 mille pour le transport. Si c’est toute la nuit c’est le même montant.  Si c’est un déplacement pour une durée de 2 heures de temps, c’est 150 mille et 50 mille pour votre transport. Si c’est à l’Aéroport, il y a des clients des fois, on a des chambres climatisées qu’on paye. C’est à 60 mille FG pour une heure. C’est moi qui  remets l’argent », nous a confié un proxénète qui administre une page de rencontres soft.

Insécurité

Les prostituées sont conscientes des risques qu’elles en courent en travaillant avec ces proxénètes qu’elles ne voient que virtuellement, mais n’ont pas le choix. Une d’entre elle que nous avons interrogé explique le processus d’organisation des rendez-vous.

« Nos patrons font des rendez-vous en ligne avec des inconnus. Quelques fois, ces clients nous donnent des faux programmes alors que nous sommes  déjà sur les lieux. Parfois on nous déplace dans des quartiers éloignés où il y a l’insécurité. Nous faisons tout  le travail et le patron empoche  l’argent alors qu’il est assis tranquillement au bureau. Pour notre sécurité, ils nous trompent en nous disant qu’ils tracent les numéros de nos clients et qu’ils sont une entreprise agréée et reconnue en Guinée », dénonce une jeune universitaire qui dit s’être lancée dans ce métier à cause du manque d'emplois.

Cette nouvelle forme de prostitution qui gagne du terrain à Conakry et ses environs est méconnue des services de police, qui manquent de moyens pour traquer les proxénètes sur la toile, selon une source policière.

 « Nous ne sommes pas directement au courant de cette nouvelle forme de prostitution. Parce qu’il y a parmi nous qui ne sont pas sur les réseaux sociaux. Mais les informations que nous recevons nous permettent de traquer ces malfrats même sur les réseaux sociaux. Vous n’êtes pas sans savoir qu’aujourd’hui, la cybercriminalité est une infraction punie par la loi. Mais aussi le proxénétisme est une infraction prévue par la loi pénale (…) La mission régalienne de la police, c’est de protéger les citoyens et leurs biens mais aussi de veiller à l’application de la loi. Nous, nous continuerons toujours à les traquer  en application du code pénal guinéen.  Nous n’allons pas baisser les bras.  Malgré que nous n’ayons pas de moyens adéquats pour les traquer, mais nous utiliserons les moyens de bord pour que nous puissions éradiquer ce phénomène », a promet  le chef de département protection genre et enfance à l’OPROGEM, le Commissaire Ibrahima Fak.

Que dit la Loi ?

Le code pénal guinéen punit sévèrement  le proxénétisme. Les peines peuvent aller jusqu’à 5 ans de prison assortie d’amende.  Voici ce que la loi dit :

Article 328 : - Le proxénétisme est l'activité de celui ou celle qui favorise la débauche d'autrui en servant d'intermédiaire.

Article 329 : - Sera considéré comme proxénète et puni d'un emprisonnement de 6 mois à 2 ans et d'une amende de 50.000 à 400.000 francs guinéens, sans préjudice de peines plus fortes à  celui ou celle :

1 - Qui, d'une manière quelconque, aide, assiste ou protège sciemment la prostitution d'autrui ou le racolage en vue de la prostitution ;

2 - Qui, sous une forme quelconque, partage le produit de la prostitution d'autrui ou reçoit des subsides d'une personne se livrant habituellement à la prostitution ;

 3 - Qui, vivant sciemment avec une personne se livrant habituellement à la prostitution et ne peut justifier les ressources correspondantes à son train de vie ;

4 - Qui embauche, entraîne ou entretient, même avec son consentement, une personne, même majeure, en vue de la prostitution ou la livre à la prostitution ou à la débauche ;

5 - Qui fait office d'intermédiaire, à un titre quelconque, entre les personnes qui se livrent à la prostitution ou à la débauche et les individus qui exploitent ou rémunèrent la prostitution ou la débauche d'autrui.

Article 330 : - La peine sera d'un emprisonnement de 2 à 5 ans et une amende de 100.000 à 1.000.000 de Francs guinéens, dans le cas où :

1 - Le délit a été commis à l'égard d'un mineur ; 

2 - Le délit a été accompagné de contrainte, d'abus d'autorité ou de dol ;

3 - L'auteur du délit était porteur d'une arme apparente ou cachée ; 

4 - L'auteur du délit est époux, ascendant, tuteur, instituteur, serviteur à gage de la victime ou serviteur à gage des personnes ci-dessus désignées, fonctionnaire ou ministre d'un culte ;

5 - L'auteur du délit est appelé à participer de par ses fonctions à la lutte contre la prostitution, à la protection de la santé ou au maintien de l'ordre public;

6 - Celui qui, par menace, pression, manœuvre ou par tout autre moyen, entrave l'action de prévention, de contrôle, d'assistance ou de rééducation entreprise par les organismes qualifiés en faveur de personnes se livrant à la prostitution ou en danger de prostitution.

Un reportage de Bah Aissatou

Pour Africaguinee.com

Tél : (+224) 655 31 11 14

 

 

Créé le Jeudi 09 juillet 2020 à 18:24