Atrocités à Nzérékoré : Damaro répond à ses détracteurs…

Violences meurtrières à Nzérékoré
Damaro Camara
Damaro Camara

CONAKRY-Les "affrontements intercommunautaires" qui ont endeuillé la ville de N’Zérékoré les 22 et 23 mars dernier continuent d’alimenter les débats sur fond de "polémique" et d’"accusations", en Guinée. "Indexé" par le Conseil supérieur de la diaspora forestière d’être l’un des  "instigateurs" de ces "atrocités", Amadou Damaro Camara vient de répondre. Interrogé par Africaguinee.com, l’ancien président du groupe parlementaire RPG arc-en-ciel est revenu sur le rôle qu’il a joué pour faire "cesser les violences". Explications.

« C’est dans la nuit du dimanche 22 mars à lundi, quand les atrocités ont commencé, on m’a demandé d’y aller pour calmer la communauté Konia. Ce n’est pas parce que je suis député, ça remonte de loin, nous sommes une société très conservatrice. Ça dépend des relations familiales pour qu’on puisse demander à quelqu’un de faire un tel travail. J’ai dû quitter (Kérouané) à 22 heures pour être à N’Zérékoré à 3 heures du matin. Je dois avouer que c’est arrivé à N’Zérékoré que je me suis rendu compte qu’ai risqué ma vie. Parce que de Diécké à 40 km et quelques de N’Zérékoré, il y avait une dizaine de barrages, de troncs d’arbres sur la route. On a pu les traverser, mais  il y avait des gens qui étaient pour la plus part munis de fusils de chasse et de coupecoupes. La question que je me posais, c’était pourquoi ? 

On est arrivé à Nzérékoré le lendemain. Vue la situation et le niveau de la violence, j’ai demandé aux autorités militaires de demander du renfort pour pouvoir maîtriser la situation. Parce que je ne comprenais pas d’où pouvait venir une telle violence. C’est ainsi qu’on m’a expliqué que ça a commencé pendant la journée dans les sous-préfectures où trois bureaux de vote ont été simultanément attaqués exactement à 9h passées et de la même façon. Ce sont des jeunes qui  viennent à motos avec des fusils de chasse de fabrication locale, canaux courts, ils braquent les bureaux de vote, ils incendient le matériel électoral. D’après les explications qu’on m’a donné, c’est ce qui expliquerait le retard de l’ouverture de certains bureaux de vote à N’Zérékoré.

Alors qu’est-ce que j’ai fait ? Je précise que les toutes premières victimes étaient deux imams. Donc j’ai réuni les imams à la grande mosquée avec l’accord du ministre d’Etat Papa Koly, du gouverneur et du préfet pour les sensibiliser. Après j’ai réuni les jeunes leaders, ainsi que les jeunes opérateurs économiques Konia pour leur dire de sensibiliser les plus jeunes pour qu’on arrête. Après j’ai réuni les chefs religieux et coutumiers (pasteurs, vicaires, imams), ainsi que les chefs des différentes communautés Loma, Mano, Kono, Guerzé, Konianké, pour leur faire un peu l’histoire entre les ethnies là-bas depuis le 13ème siècle. Un révérant m’a dit : « vous auriez dû venir nous enseigner cette histoire que nous ne connaissons pas pour l’enseigner à nos enfants ».

Alors, il y a eu les renforts qui sont venus pour arrêter les exactions. Hier les activités ont repris à une grande proportion. Mais la réalité est que le vote a eu lieu jusqu’à 20heures. Après, vers 23h, des gens armés de fusils, couverts de gris-gris ont fait irruption au centre-ville et commencé à tirer à tue-tête. Je dois avouer que ce n’était pas du tout un truc ethnique entre konianké et autres composantes ethniques de la forêt. Les sages guerzé qu’on a rencontrés se sont demandé qu’est-ce qui ne va pas, les nôtres autant. C’est là que j’ai fait une déclaration pour demander aux uns et autres à la retenue. Les uns et les autres m’ont plutôt félicité pour avoir mis fin à cette tuerie. Pendant qu’on faisait ça, le lundi à Niampara juste à côté de l’usine forêt forte, deux taxi-mans venus de Sérédou ont été arrêtés. On a coupé le bras d’un d’entre eux, on les as tous tués, on les a remis dans leur véhicule qu’on a incendié avant de les pousser dans les ravins. C’était les dernières victimes dont on a eu connaissance. Après, le gouverneur, le coma-zone bref toutes les autorités ont pris une mission de sensibilisation dans toutes les sous-préfectures environnantes et promettre que les tueurs seraient punis conformément à la loi. C’est ce qui a calmé la situation.  Je n’ai absolument aucune raison de la violence.

Je me félicite d’avoir été à Galakpaye en mai 2011 juste au début du premier mandat du Professeur Alpha Condé, quand pour des raisons fallacieuses, 35 konianké avaient été calcinés. C’est moi qui suis parti dire à cette communauté d’accepter le pardon avec le Colonel Délamou qui est Mano. Depuis, il n’y a eu absolument pas de problème. Et ça s’est terminé  par un sacrifice commun que nous avons offert à toute la population et les 9 coordinations de Nzérékoré, de la basse Guinée jusqu’ en Guinée forestière. C’est en cela que je me suis toujours évertué en forêt. Je n’ai absolument aucune raison d’aller provoquer des tueries dans la région où j’ai la concession de mon père et toute ma famille y vit.

Surtout aussi, politiquement ces crimes ne peuvent en rien me profiter.   Nous devons plutôt conjuguer les efforts pour dénicher ces tueurs de quelques bords qu’ils soient et de quelques lieux qu’ils viennent. Au lieu, avec une certaine légèreté déconcertante, très facilement accuser Paul ou Pierre parce que  peut-être la tête de la personne ne vous plaît pas. C’est plus sérieux que ça ».

Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Samedi 28 mars 2020 à 3:03