Jeunes détenus à Soronkoni: Des mères en larmes interpellent Alpha Condé

Arrestations à Conakry
Mesdames Souadou Barry  et Mariama Diouldè Bah
Mesdames Souadou Barry et Mariama Diouldè Bah

CONAKRY-Plusieurs jeunes arrêtés à Conakry en marge des dernières manifestations du FNDC ont été conduits dans le camp militaire de Soronkoni situé en Haute Guinée où ils sont détenus. Leur interpellation a eu lieu dans la nuit du mardi 11 au mercredi 12 févier dernier quand  la police a fait une descente musclée à Koloma, selon des témoins. Vénus inopinément dans des pickups, les agents ont procédé à des arrestations massives. Plus de trente personnes ont été arrêtées peu après le crépuscule rien qu’au marché Koloma, nous ont expliqué des proches de certaines personnes arrêtées.

Ces arrestations visent à étouffer la contestation, apprend-on. Les autorités guinéennes ont adopté une stratégie qui consiste à procéder à des arrestations massives de jeunes à la veille de chaque manifestation dans les quartiers réputés chauds à Conakry. Aujourd’hui le nombre de personnes  arrêtées et conduites au camp de Soronkoni avoisine la centaine. Les autorités n’ont pas communiqué officiellement sur ces arrestations alors que l’inquiétude grandit chez les parents des personnes arrêtées. Pour l'heure, aucune information officielle n’a filtré sur les raisons des arrestations. Interrogées par Africaguinee.com, plusieurs mères de ces jeunes se sont exprimées en larmes. Elles qualifient ces arrestations d’abus des autorités et s’inquiètent du sort de leurs fils.

Mariama Diouldè Bah, est la mère d’un jeune qui a été arrêté à Koloma. Cette veuve déclare que son fils a été transporté au camp militaire de Soronkoni dans la préfecture de Kankan située à 628 km de Conakry. Elle explique les circonstances de l’arrestation de son fils qui n’a que 20 ans et qui est orphelin de père.

 « C’est en quittant sa boutique pour rentrer à la maison, ignorant que les forces de l’ordre ont investi tout le marché et le quartier que mon fils a été arrêté. En ce moment, j’étais couchée à la maison. Ce sont les gens qui m’ont appelé pour m’informer que plusieurs jeunes du quartier ainsi que mon fils Boubacar Barry ont été arrêtés. Le lendemain, nous les parents nous nous sommes mobilisés et nous nous sommes rendus à la CMIS (compagnie mobile d'intervention et de sécurité) de Koloma à côté de la Mosquée Turque, on a trouvé que tous les jeunes arrêtés étaient dedans. Après on leur a demandé pour quel motif ils ont arrêté nos enfants mais personne ne nous a donné la raison. Ensuite les policiers nous ont demandé de rentrer à la maison sous prétexte qu’ils allaient libérer nos enfants à 18h. Ensuite, à 18h ils nous ont chassés sur les lieux parce que selon eux leurs chefs étaient venus. Et ils nous ont dit que quiconque veut donner à manger à son fils devrait payer 20 mille fg. Ensuite, toujours à 18h le nommé commandant Aliou a envoyé un véhicule et il les a transporté à la  CMIS de la Cité Enco5 (quartier Wanindara dans la commune de Ratoma ndlr). Le lendemain nous nous sommes rendus à la CMIS de Cité Enco5, mais là aussi ils nous ont dit d’attendre à 18h encore qu’ils allaient les libérer. Nous étions restés au rond-point d’Enco5 jusqu’après la prière de Crépuscule. Après, des bérets sont venus prendre nos enfants dans des véhicules pour emprunter la route de la Cimenterie situé à la sortie de Conakry. 

Après leur sortie, nous sommes rentrés dans le commissariat pour leur demander leur destination. Les policiers nous ont dit que nos enfants ont été transférés sans nous donner la lieu de leur destination. Et depuis, nous avons sillonné partout à travers Conakry pour les chercher mais on ne les trouve pas. C’est par après que mon fils a eu une occasion pour m’appeler et m’informer qu’ils ont été envoyés à Kankan (une préfecture de la région de la Haute Guinée à 628 km de Conakry ndlr) précisément dans le camp militaire de Soronkoni (pleures). Et depuis cet appel, il ne m’a plus jamais rappelé, je ne sais pas si mon fils vit jusqu’à présent ou s’il est mort (pleures). Ils sont nombreux là-bas.

Nous demandons à ce qu’on nous rende nos fils. Et si c’est pour les tuer qu’ils les envoyé à Kankan alors qu’ils nous ramènent leurs corps.  Quelqu’un qui n’a pas volé ni tué ni bagarré avec quelqu’un,  on l’arrête sous prétexte que c’est un rafle et on l’envoi jusqu’à Kankan. On ne sait pas si nos enfants gagnent à magner ou à boire.  Le président Alpha Condé  n’a qu’à nous aider à récupérer nos enfants. Mon fils n’a que 20 ans, il revend des écouteurs, des casques de téléphone ainsi d’autres accessoires de téléphone, des bougies des anti-moustiques dans un conteneur, ils y a même des bérets dans le quartier ici eux ils savent si mon fils a des problèmes. Alpha Condé n’a qu’à envoyer des gens pour demander qu’est-ce que nos en fils ont fait comme mal pour les transporter nuitamment jusqu’à Kankan. Le père de Boubacar Barry est mort depuis longtemps, je suis veuve. Boubacar Barry était élève mais il a abandonné les études parce que je n’ai pas les moyens. Même si on me demandait de payer de l’argent pour récupérer mon fils aujourd’hui je n’ai pas les moyens parce qu’il a abandonné l’école parce que je n’ai rien. Actuellement nous vivons grâce aux bonnes volontés. Et depuis que mon fils a été arrêté je ne vis que de cola et de l’eau je n’arrive pas à manger. Comme ceux-là qui les ont arrêté nous disent qu’ils ont été chargés de les arrêter donc Alpha Condé n’a qu’à nous ramener nos enfants et s’ils les ont tué aussi ils n’ont nous donné les corps au moins », sanglote cette mère de famille.

Madame Souadou Barry aussi en état de veuvage a également son unique garçon au camp de Soronkoni. Arrêté à Koloma le mardi 11 février dernier, Abdoul Ghadirou Bah n’a toujours pas donné signe de vie. Les larmes aux yeux, sa maman a expliqué comment son fils a été arrêté et les démarches qu’elle a faites pour la libération de son fils avant son transfèrement à Kankan.

« Le mardi dernier, quand mon fils est revenu du travail, il a fait sa toilette après il est ressorti pour aller chercher du café pour son diner. C’est au niveau du café ou il prenait son diner qu’il a été arrêté avec tous les autres clients ainsi le gérant du café. Ce jour, les forces de l’ordre étaient venus dans notre quartier ici avec six (6) camionnettes et ils ont ramassé tous les jeunes qu’ils vus dans le quartier. Mais moi je n’avais pas pu sortir le chercher la nuit parce que je suis veuve et ce n’est pas recommandé aux veuves de sortir la nuit. Le lendemain, je me suis rendue à la CMIS de Koloma ici à côté de la Mosquée Turque mais le nommé commandant Aliou avait interdit tout accès là-bas. Ce jour c’est à 15h que ma fille a réussi à  lui donner quelque chose à manger. Après les policiers sont sortis nous demander de l’argent pour qu’ils les libèrent et ça aussi ils demandaient 1 million de fg chacun. Mais si les policiers te connaissaient ils te demandaient de payer 500 mille fg et à travers les connaissances d’autres avaient payé les 500 mille fg pour récupérer leurs fils par après ils avaient bloqué ça aussi. Et lorsqu’ils les ont transférés au CMIS d’Enco5, là-bas aussi certains ont payé de l’argent pour récupérer leurs enfants mais dans les environs de 13h le mercredi, ils avaient arrêté ça aussi pour nous dire que leurs commandants allaient bientôt venir. Et à 19h, on a vu des bérets rouges entrer dans la cours de la CMIS dans un camion et dans trois (3) pickups. Ils étaient armés des fusils et dès qu’on les a vu nous on s’est replié pour aller de l’autre côté de la route. Après ces bérets rouges ont braqué leurs armes sur les policiers qui étaient là. A commencer par les policiers qui étaient au niveau du portail de la CMIS jusqu’à l’intérieur, ces bérets rouges les avaient braqué avec leurs armes. Après ils ont demandé à ce que le commandant de la CMIS leur remettent nos enfants. Ces bérets rouges sont partis avec nos fils. Personnellement j’avais donné 500 mille à un jeune pour qu’il m’aide à récupérer mon fils mais il n’avait pas réussi. (Pleures), et depuis ce jour, nous n’avons pas eu des nouvelles de mon fils, partout où on va pour demander des renseignements de nos enfants, ils nous disent de ne pas les approcher parce que selon eux c’est Alpha Condé et le directeur de la Police qui les a ordonné d’arrêter nos enfants. Donc eux, ils ne peuvent rien et que si on veut des renseignements, d’aller rencontrer Alpha et ce Policier », a expliqué cette veuve avant de lancer un appel au Président Alpha Condé.

« Nous leur demandons de nous ramener nos enfants et même s’ils sont morts de nous rendre au moyens les corps pour que nous puissions faire le deuil. Tu peux faire un enfant et ce dernier te quitte en mourant sans problème mais si quelqu’un enlève ton fils par la force, parce qu’il a le pouvoir sans que tu ne voies le corps ou qu’on t’informe qu’il est mort cela fait mal. Nous demandons aux autorités de nous aider à récupérer nos enfants à cause de Dieu, sachez que vous aussi c’est Dieu qui vous a créé. Ces derniers jours, il y a un des enfants qui ont été arrêtés qui appelé pour dire qu’ils sont détenus dans le camp de Soronkoni à Kankan. On nous informe que dans ce camp militaire c’est un endroit où on torture les gens. Actuellement je suis dans un état de veuvage et c’est l’unique garçon que j’ai. Présentement, je vis de sacrifice que les gens me donnent parce que je n’ai pas de mari, je n’arrive pas dormir la nuit (Pleures…) si c’est Alpha Condé qui est le responsable de leur arrestation ou si ce sont ses proches qui sont les responsables de leurs arrestations, en tout cas nous leur prions à cause de Dieu de nous les ramener. S’ils sont morts même s’ils ont été égorgés et que leurs têtes ont été coupées, il faut nous rendre le reste des corps pour qu’on les enterre ou bien nous informer au moins qu’ils sont morts pour que nous puissions faire le deuil. (Pleures…)

 Je prie Dieu de nous aider à combattre ces abus et cette injustice. Tu mets un enfant au monde, mais tu n’oses pas l’élever chez toi dans ton propre pays. Aujourd’hui,  presque tout le monde a fini par faire partir leurs enfants à l’étranger soit au Sénégal, au Libéria, en Sierra-Léone, en Guinée Bissau ou en Gambie juste pour ne pas qu’il soit tué. Nous les mamans de Guinée, nous  souffrons énormément dans ce pays, si ton fils n’est pas tué alors on l’arrête. Où va ce pays ? », s’est interroge cette dame les larmes aux yeux.

Selon nos informations au total 81 jeunes ont été arrêtés dans la nuit de mardi 11 février 2020 dont 35 jeunes seulement à Koloma Marché et les autres à Koloma Soloprimo et Bomboli par les forces de l’ordre.

Dossier à suivre…

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 666 134 023

Créé le Mardi 18 Février 2020 à 18:30