A la rencontre d’Alpha Mamoudou Baldé, auteur du livre "AFRICANUS ARCHEOFURISME"...

Interview
Alpha Mamoudou BALDE
Alpha Mamoudou BALDE

CONAKRY-Alpha Mamoudou BALDE, est un jeune guinéen originaire de Labé, en Moyenne-Guinée. Après de brillantes études en Guinée et à l’étranger, il décide de se tourner vers l’écriture en vue de mettre l’Afrique et ses fils sur de nouvelles orientations pour leur épanouissement. Dans cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder, le jeune ingénieur  statisticien économiste et actuaire Financier nous plonge dans son œuvre de 180 pages qui ouvre bien des pistes pour le continent africain. Le livre prend en compte la préoccupation des intellectuels africains et l’ensemble de la communauté africaine. Comment est venue l’initiative et l’inspiration pour écrire son livre ? Alpha Mamoudou BALDE dit tout à Africaguinée.com

AFRICAGUINEE.COM : Bonjour Alpha Mamoudou BALDE ! Pour commencer parlez-nous brièvement de vous ?

ALPHA MAMOUDOU BALDE : Je suis Alpha Mamoudou BALDE ; ingénieur  statisticien économiste et actuaire Financier. Je suis le Responsable du service d'analyse actuarielle et du développement des produits d’une compagnie d’assurance de Guinée. Les actuaires participent à l'évaluation et à la gestion d'un large éventail de risques affectant les activités de leurs clients. Ils utilisent des techniques statistiques et construisent des modèles pour évaluer la probabilité et la gravité des événements futurs et la variabilité potentielle des résultats financiers. Mes tâches de base sont la tarification, la réservation et la modélisation prédictive. J’ai beaucoup contribué  à la promotion des  plans de retraite complémentaires  des sociétés minières et du secteur bancaire en Guinée. Récemment ; j'étais à l'école d'été internationale de l'association suisse des actuaires et j'ai obtenu mon premier certificat en data science à Lausanne dans les mains de HANS BULHMAN  que j’adore, le père de la Théorie de la «crédibilité ».  J'ai également participé au congrès international des actuaires ICA juin 2018 à Berlin. Jefus speaker au colloqium des actuaires de Cape Town en Afrique du sud Avril 2019. Je cherche à promouvoir ce métier en Guinée. Comme Membre de la Life Section de l’Internationale actuarielle Association.

Vous venez de  publier un livre qui énumère les maux dont souffre l'Afrique. Comment est venue cette initiative ?

 Le questionnement initial vient lors d’une visite au monument de la Renaissance à Dakar.Je constate que la préoccupation des élites intellectuelles et de certains activistes est  de voir  l’Afrique faire Monde en sortant de sa grande nuit comme le dit Achille Bembé. Oui les intellectuels du continent   ne pouvant ignorer dans leurs corps et âmes le sort réservé à leurs frères et sœurs, allaient essayer depuis un siècle en accumulant preuves et arguments de convaincre de l’humanité et de l’universalité de l’homme noir. Ce fut un combat noble et justifié.  Frantz  fanon disait dans « peaux noires et masques blancs » : «  lorsque l’autre hésite à te reconnaître, il ne te reste plus qu’une solution, celle de te faire connaître ». Mais ne faut-il pas adapter les discours des africanités aux époques ?

Quel modèle ou quel récit proposer aux générations futures avec les tendances du futurisme humain et ses défis et opportunités comme  la disruption des data dans l’infotech et ses GAFAM; les biotechs et  le changement climatique  en sortant des litanies stériles comme si le mal du continent  est toujours ailleurs ou importé dans une tunique de Nessus , de certains mythes  africains paralysants ou des mimétismes occidentaux  comme certains décalques de  leurs systèmes monétaires et institutionnels  qui n’ont pas fait décoller le continent ?

Apres l’échec du communisme ; de la barbarie capitaliste contre le climat  et avec un libéralisme aux abois devant les ethno nationalismes, tout est à  refaire  pour construire un nouvel ordre universel  qui n’est pas seulement dans  les épistèmes  de l’occident comme le cogito cartésien,  la durée bergsonienne ou la critique kantiste , l’utilitarisme ;le developpementisme à la croissance infinie avec l’ordre économique comme finalité de la vie, ce sont les situations de minorités multiples de l’homo africanus qui s’accompagnent souvent de violences économiques, épistémiques ;culturelles  avec une avalanche de négations qu’ il  faut  briser par  notre  propre diagnostic !  l’empereur romain  stoïcien Marc Aurèle a certainement raison : « regarde d’abord  au-dedans toi, c’est là-bas la source du bien ; laquelle peut s épancher à jamais, si tu sais à jamais la creuser et l’approfondir » .  la condition humaine, la quête du meilleur modèle pour l’universel sont toujours des problèmes neufs exigeant de véritables inventions ,  mon livre s’invite  dans  cet espace avec le concept de l’afroarcheofuturisme même si nous connaissons la place du livre dans nos sociétés , l’afroarcheofutisme est un épistème qui consiste à puiser dans l’arche africain toutes les flammes comme Ubuntu de Nelson Mandela, les tribunaux gacacas au Rwanda pour les justices transitionnelles post-génocide ; ou les techniques comme la voute nubienne ou la culture du riz ,  et à abandonner tous les us et coutumes qui au regard des certitudes établies par la science universelle ne sont pas pour le progrès humain car aucune civilisation dans l’histoire n’a eu un ADN fixe , afin de mettre tout dans une prospective de Technoscience. Il ne s’agit pas seulement d’être fier de nos cultures en Afrique, à gauche et à droite mais il faut y puiser des savoirs techniques et institutionnels, source d’inspiration pour les autres comme le toyotisme s’il faut compter dans le futurisme humain. Je rappelle que le japon des Geishas est moderne dans la technoscience en gardant ses identités millénaires  et ses systèmes d’organisation sociale progressistes.

Monsieur Alpha Balde, que signifie Afroarcheofuturisme le titre de votre livre qui paraît difficile à cerner ?

Oui afro est égal africain Archeo signifie le passé. Futurisme Les tendances du monde. Afroarcheofuturisme est un épistème  qui cherche dans l'archéo africain les flammes de fierté et non des lambeaux momifiés en déphasage  avec la merde du continent. Et ensuite mettre   tout cela dans une prospective en phase avec les tendances futuristes du monde comme la techno science, la reprise de la place du continent dans le monde qui ne se décrète pas ex nihilo.  C'est le sens inverse de l’archeofuturisme  européen de Guillaume Faye qui consiste  à  partir de la technoscience pour les identités culturelles en Europe.

Qu’est-ce que vous voulez faire comprendre Aux Africains ?

Ce livre s’adresse à tous ceux qui veulent comprendre et aider l’homo africanus dans sa condition humaine actuelle honnêtement sans pour autant être une bible  , j’ai voulu m’appuyer surtout sur l’histoire de l’humanité  pour démentir certaines idées reçues sous les tropiques  et expliquer certaines choses qui ont manqué aux africains que leurs élites par de subtiles contorsions intellectuelles refusent de reconnaitre ;  il s’agit de sa mentalité de conquête  et d’anticipation consistant à être en communion avec la nature et le cosmos sans le souci de conquérir des rivages lointains ; il s’agit  aussi de sa place controversée dans le génie humain même si   l’Unesco à travers « les routes du fer »  défend désormais  la preuve que les techniques du feu et du fer ont bien commencé en Afrique comme les sites archéologiques  d’Egaro au Niger avant la révolution industrielle en Europe   ;  cela aurait été brisé par les siècles de traite arabe et translantique  mais la sacralisation des savoirs  dans la société africaine  affecte la  gnoséologie et l’universalisation de nos savoirs. N’oublions  pas aussi que l’Europe a creusé  son avance technologique parce qu’il ya la découverte de l’ignorance et le mariage de la science et de l’empire. Il ya eu un esprit de conquête européenne malgré plusieurs Europe qui imposa aux autres ses langues ; ses épistèmes et ses hommes comme Hegel, pascal ou Descartes  etc.   cette avancée ne se trouve plus dans le racisme de la biologie évolutionniste.

 La morale, l’art, la spiritualité et la créativité sont des facultés humaines universelles inscrites dans notre ADN, dont la genèse remonte à l’âge de la pierre en Afrique. On n’étudie pas l’histoire pour la répéter mais pour s’en libérer en estimant certaines situations n’étaient ni naturelles ; ni éternelles. L’homo africanus continue de manquer d’esprit de conquête  dans  ses plans Emergence  sans large consensus et ses patriarcats élitistes, ses classes politiques alimentaires dans les administrations dans le vilain secret de l’illusion de la connaissance.Je note aussi une faiblesse de réactivité des élites dans l’appropriation des épistèmes quand je vois  la naissance d’une discipline dite permaculture, ce n’est rien d’autre pour moi que la philosophie africaine ubuntu pour le durable. Et je cite encore Jacques Attali : «  chaque culture ou civilisation, passée ou présente, se définit par la mentalité de conquête  dont elle affronte ces écueils. Avec fatalisme, jubilation ou révolte. Chacune a mis au point ses recettes pour passer les orages. Pour survivre dans le monde qui vient, la première priorité consiste à tenter d’en identifier les tendances et les mutations idéologiques, politiques, démographiques, technologiques, engagées depuis longtemps et les crises qui en découleront. »

Le livre propose de revisiter les technologies de demain comme l’intelligence artificielle et les bio mimétismes,  la géopolitique de conquête de homo africanus avec les autres peuples comme les arabes pour le syndrome de Stockholm hypocrite de l’esclavage arabo musulman , ses traces sont toujours opérationnelles en lybie, soudan et Mauritanie, les chinois avec le recadrage de la diplomatie de la dette et la prise en compte des sociétés civiles dans les deals ; les occidentaux avec la fin de la culture des rentes et l’identification de l’homo africanus qui fait gagner durablement.

En parcourant certaines lignes du livre, l’on se rend compte que vous abordez même la question de planification familiale. Pourquoi ?

Oui ! le problème n’est plus  à débattre car un liquide social inflammable est en gestation dans la demeure. Il faut donc nécessairement agir sur les taux de fécondité pour permettre des transitions démographiques profitables à l’Afrique par-delà des époques et des défis ;  intégrer les politiques de population dans les plans  développement  au-delà des us et coutumes  à travers l’éducation des jeunes filles,  les programmes de santé reproductive et la planification familiale. La croissance démographique exerce une pression sur les ressources vitales et les marchés de l’emploi en milieu urbain comme en milieu rural. De nos jours, 6 africains sur 10 vivent en milieu rural. En 2050,  l’Afrique comptera 2.5  milliards d’habitants  avec un âge médian de 24 ans et à ce rythme actuel, on estime à seulement 10 pour cent  d’entre eux parviendront à décrocher  un emploi dans le secteur formel avant 30 ans ; la main d’œuvre devrait augmenter de 880 millions de personnes entre 2015 et 2050, soit deux tiers de la réserve mondiale de main d’œuvre. Ces chiffres alarmants sont  fournis par Ibrahim mayaki, le secrétaire général  du NEPAD.

Selon une étude de la banque mondiale publiée en 2000, la population urbaine moyenne des pays Afrique a augmenté de + 5,2 % par an sur la période 1970-1995, alors que le PIB par habitant a diminué à un taux annuel de –0.66%.   il  n y a  pas suffisamment de croissance pour créer des emplois à la démographie.  On a besoin de  distribuer les revenus à travers la créativité et les emplois.

Selon  une étude de la banque africaine de développement (BAD), seuls trois (3) millions d’emplois formels sont disponibles chaque année sur le continent, quand 12 millions de jeunes  arrivent dans le même temps sur le marché du Travail. Une population se planifie et nos gouvernements continuent de câbler l’âme des jeunes sur  des capitaux Investisseurs qui ne viennent pas ou des moissons prometteuses issues de forums classiques  affamants   de Paris, Londres ou Dubaï  lorsque l’économiste joseph Stiglitz nous rappelle que : ‘’ on ne peut ne pas construire des usines et créer des emplois avec de l’argent qui rentre ou sort du jour au lendemain’’. Il faut construire des chaines de valeur avec nos ressources agricoles et extractives  et il  faut que nos banques financent nos systèmes productifs locaux car la monnaie n’est pas neutre dans le développement et l’économiste camerounais Tchoudang Pouemi, notre Keynes africain avait certainement bien vu.

Votre livre ouvre pistes d’orientations afin d'inculquer un nouveau modèle de citoyen en Afrique. Pensez-vous que ce qui manque à l'Afrique pour décoller ?

Le best-seller sapiens de Yuval harari nous explique comment l’Etat et le marché ont brisé les pouvoirs des communautés fortes pour récupérer le citoyen. L’histoire nous enseigne que plus les sociétés humaines ne deviennent grandes et complexes, plus la construction d’imaginaires collectifs soutenant un ordre social ne devient plus élaborée, en particulier ceux de nation et de République, héritées du colonisateur. Mais l’histoire nous fait constater aussi que ces imaginaires marchent avec les idéaux d’égalité et de liberté individuelle. Il faut donc une force pour contrebalancer l’esprit des communautés  et promouvoir le potentiel de l’individu, le citoyen de la République. Avec les communautés fortes, on pense toujours en termes de « eux » et « nous ». Le citoyen ne vote pas librement pour des intérêts égoïstes de sa communauté pour un programme d’utilité collective. Le Kenya et La Guinée sont des cas d’école, on a vu la démission du ministre diaby qui exprimait sa lassitude dans le jeu à somme non nulle entre République et Communautés fortes! L’afroarcheofuturisme propose des citoyens forts devant les communautés pour des institutions fortes  et ce n’est pas l’inverse qui se fera comme le dit Barack Obama ! Le citoyen est piégé encore  en Afrique  dans un esprit d’ubiquité parfois hypocrite et c’est lui qui doit diagnostiquer les institutions pourtant ! La République marche avec  le contrat de Rousseau dans lequel des milliers d’inconnus se regroupent dans des imaginaires collectifs comme y en a marre, FNDC ou sauvons les gorilles du Nimba  et non des groupes tribaux puissants.

Estimez-vous que si les africains marchent sur les traces de votre livre, l’Afrique sera moins misérable ?

 L’homo africanus est un homme embrouille depuis les independances, comme aime le rappeler l’économiste Togolais Kako Nubupko avec des paradigmes comme le modèle néolibéral du système de Bretton woods, du système mercantiliste avec le modèle des pays émergents comme la chine ou Inde  et le système Onusien avec les ODD. Dans cette hésitation entre ceux qui  pensent que l’Afrique n’a personne à rattraper comme Fellwine Sarr et ceux qui pensent ; comme le philosophe camerounais Marcien Towa  que l’affirmation négro-africaine doit passer par la puissance materielle en puissant par exemple le secret de la Technologie des autres ; l’afroarcheofuturisme se propose de prendre d’inventer notre Modèle sur la base de nos réalitésendogènes et allant  obligatoirement  vers la Technoscience. L’homo africanus  est un homme embrouillé qui ne veut pas inventer son propre mode de developpement   avec des solutions endogènes loin des idéologies importées et parfois débridées de sens, à part Paul Kagamé peut être ou Nana akuffo ado qui veut mettre fin à la culture des rentes de son pays.  Heureusement ; le Prix Nobel Economie Amartya Sen nous introduit le concept de « capabilités »  qui appartient à chaque Individu ou peuple définir selon son potentiel  le mode de vie qu’il s’est choisi,  par opposition à la logique utilitariste.

Pour les disruptions en vue comme le numérique, la biotech avec la maitrise du génome Humain ou le changement climatique, soit on est acteur dans le jeu ou soit on est Victime ; demain les algorithmes de Google sauront prédire mieux que les marabouts africains ; on pointera plus  les GAFAM d’avoir influencé des élections en Afrique que Bolloré. La démographie et le changement climatique commence déjà les ravages comme les inondations et les cimetières de la Méditerranée , ce livre invite à explorer des solutions dans l’anticipation des lois de finance pour la formation dans les métiers de l’intelligence artificielle et la cyber sécurité,  les technologies du Bio mimétisme  inspirées du bio-vivant pour innover des ressources durables face au stress climatique et des emplois, les réalisations de  l’économie Bleue de l’écologiste Pauli Gunter. Tout cela suppose la mentalité de conquête et l’anticipation,  ce n’est pas le jour où les barbares assiègent Constantinople qu’il faut débattre du sexe des anges. Les africanités de fierté ne consistent pas à ne pas chercher les sciences et les technologies  des autres, être dans la compétition et les dépasser même dans certains domaines comme le japon l’a fait depuis Meiji ou comme les juifs, 2/1000  de la population mondiale avec 20/100 des Prix Nobel  ont quitté la Yeshiva pour les universités occidentales.

Un dernier mot ?

Ce livre est  très référencé, c’est un Tool pour les  jeunes et la classe intello-médiatique du continent pour parler Afrique dans un discours de Vérité. Il est disponible pour ceux qui ont des cartes visa et   moyens de paiement en ligne  sur amazone. https://www.amazon.fr/dp/B07ZJ5R7DW/ref=sr_1_1?qid=1571909737&refinements=p_27%3AAlpha+Mamoudou+Balde&s=books&sr=f1-1

Il  est également disponible dans les librairies FNAC en Europehttps://www.fnac.com/SearchResult/ResultList.aspx?SCat=0%211&Search=afri...

 

 

Interview réalisée par

Alpha Ousmane Bah(AOB)

Pour africaguinée.com

Tel :(+224) 664 93 45 45

Créé le Lundi 03 Février 2020 à 15:49

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