Damaro s’interroge : « Quelle est la seule ville au Foutah où on y va pour faire fortune ? »

Interview
Amadou Damaro Camara, président du groupe parlementaire de la majorité présidentielle
Amadou Damaro Camara, président du groupe parlementaire de la majorité présidentielle

CONAKRY- Comment le camp d’Alpha Condé prépare t-il les élections législatives prévues le 16 février prochain ? Amadou Damaro Camara, le Chef de file de la majorité présidentielle vient de lever un coin du voile sur les inquiétudes d’une partie de l’opinion au sujet de cette échéance électorale.

Cette semaine, nous avons tenu le micro à El hadj Damaro Camara…

 

AFRICAGUINEE.COM : Le Chef de l’Etat a signé un décret fixant le début de la campagne électorale pour les législatives. L’opposition pour sa part a décidé de boycotter ce scrutin. Sauf que sur le terrain l’engouement n’est pas de taille. Quelles sont vos premières impressions sur cette situation ?

AMADOU DAMARO CAMARA : Nous sommes  en train de prendre toutes les dispositions pour qu’il y ait une campagne dans les normes et dans les règles de l’art. Nous regrettons que nos collègues de l’opposition aient boudé le processus. Pour moi, c’est une erreur absolument politique surtout de la part de l’UFDG qui peut s’offrir au bas mot 1/3 du parlement. Qu’il renonce à cela pour se priver  de ce forum pour se faire entendre sur les problèmes de la nation, je dirais que c’est une  erreur politique. Ceci dit, ce n’est pas parce qu’une frange, quelque soit son importance s’est refusée de participer à une élection que la Guinée doit s’arrêter d’organiser des élections. C’est dans ce cadre-là, pour être conforme à la loi et pour être constant avec lui-même que le Chef de l’Etat a fixé les termes de la campagne électorale. En ce qui nous concerne, pour le déroulé de la campagne, après une longue réunion de notre part, nous serons la semaine prochaine sur le terrain pour débuter la campagne.

Est-ce que selon vous avec l’absence de l’opposition à ce scrutin, le taux d’abstention ne risque pas de décrédibiliser cette élection ? 

Le taux de participation ne fait pas partie des règles de légitimité d’une élection même si psychologiquement ça une valeur. Ceci dit, nous allons démontrer que nous sommes majoritaires même si  en des parties de la république, c’est vrai qu’il y aura un taux d’abstention élevé mais le taux de participation général sur toute l’étendue du territoire sera nettement en notre faveur, ça nous en sommes certains.

Mais l’opposition martèle qu’elle n’acceptera pas l’organisation de ces élections. Ne craignez-vous pas un climat de tension et de psychose qui empêcherait les électeurs de se placer pour aller voter ?

Vous savez la réalité est que si l’UFDG, parce que pour moi c’est ce parti cherchait à empêcher cette élection, un parti aussi ethniquement marqué, il voudra mettre les autres communautés contre sa propre communauté. Je m’excuse mais ça sera la tendance. La réalité est que, la dernière fois, malgré l’appel à l’apocalypse dans le pays, l’appel à l’installation de la chienlit, c’est à Labé et aux alentours qu’on a constaté des violences. Il n’y avait absolument aucune violence ni en Guinée-Forestière, ni en Haute-Guinée, même à Coyah tout près, tout était normal. Donc s’ils essayent encore d’empêcher les élections dans cette zone, ils en prendront la responsabilité historique, mais ailleurs je peux vous assurer qu’il y aura des élections. Et si des militants UFDG, dans les autres fiefs  s’essayent un peu à empêcher et qu’il y ait des affrontements, ils en seraient aussi totalement responsables. 

Vous parlez de communauté, est-ce que ce terme n’est pas un peu déplacé dans le contexte actuel ? 

C’est ce que je dis ! Face aux problèmes réels  ici, on veut fermer les yeux même quand c’est une réalité. Vous avez vu toute la psychose qu’on a jetée dans l’esprit des uns et des autres avant le 13 janvier 2020. Le 14  janvier déjà, la situation était normale même à Conakry, ailleurs dans le reste du pays il n’y avait rien sauf à Labé et aux alentours. C’est à ces endroits où on a incendié des édifices publics, où des représentants de l’Etat ont été chassés ils se sont sauvés pour avoir la vie sauve. C’est quand-même une réalité qu’on ne peut pas nier. Qu’on puisse l’appeler comme on veut, mais c’est Labé et aux alentours qu’on a constaté de la violence. Il n’y a rien  eu dans toute la Guinée forestière, dans toute la haute Guinée, à Forécariah il n’y a rien eu. Ils parlent de moyens légaux, mais il n’existe aucun moyen légal d’empêcher une élection. Ils vont vouloir s’attaquer à des bureaux de vote ou à des personnes qui se rendront au lieu du vote, s’attaquer à des urnes. Des affrontements de ce genre, ils en seront totalement responsables. Vous ne voulez pas voter, moi je veux voter, ta liberté s’arrête là où la mienne commence. Que tu jettes des pierres sur moi tout simplement parce que mon crime serait d’aller voter, des conséquences issues d’un tel comportement, on doit en prendre toutes les responsabilités. 

Nous voyons déjà des germes de violences qui pourraient survenir. A N’Zérékoré, il y a eu des listes électorales ont été déchirées à certains endroits. Est-ce que tout cela ne devrait pas sonner l’alerte de ce qui adviendrait ?

L’opposition a des militants partout en Guinée mais ils sont minoritaires dans certaines régions. Qu’ils veuillent respecter les consignes de leurs partis, ils seront responsables de ce qui pourrait leur arriver. C’est inquiétant quand les partis prônent la violence. Même quand on est 30 sur 100, si les 30 se mettent à jeter des pierres sur les 70, cela va leur empêché de dérouler correctement ce qu’ils veulent faire. Ce n’est pas parce que les 30 sèment la pagaille que les 70 doivent arrêter. Sinon ils vont faire croire qu’ils sont majoritaires et forts parce que les 70% ont quitté. On ne peut pas allé de toute façon dans la violence. Parce que la violence engendre la violence.

Assez de personnes pensent que le fichier est pompeux avec 8 millions d’électeurs pour 12 millions d’habitants. Est-ce que cela vous semble logique ?

Franchement aujourd’hui, ma profonde conviction, les guinéens ne sont pas que 12 millions. D’abord c’est un recensement de 2014. A l’époque, ce recensement a aussi été contesté. Aujourd’hui, je ne suis pas sûr du nombre des guinéens. La Côte-d’Ivoire qui a sensiblement la même superficie que la Guinée ne peut pas avoir presque trois fois la population de la Guinée.

Mais en termes de comparaison en 2013 la population de ce pays voisin était estimée à 20 millions d’habitants ?

En Côte-d’Ivoire, les derniers recensements la population est à 25 millions. Je ne sais pas d’où vous prenez vos résultats parce que ce pays est à ce chiffre depuis cinq ans. Ce problème est toujours dans la région de Kankan. Dans cette partie de la Guinée, il n’y a pas que des malinkés. Il y a même des raisons objectives qu’on ne veut pas aborder. Donnez-moi une seule préfecture de la Haute-Guinée qui ne soit pas minière, donc qui ne soit attractive des populations  du monde et de partout en Guinée. Quelle est la seule ville au Foutah où on y va pour faire fortune ou d’ailleurs sur le territoire guinéen ?  Il n’y a pas de mines, il n’y a pas de bonnes terres. Je peux vous dire que même pour l’élevage, Kérouané a plus de bœufs aujourd’hui que n’importe qu’elle préfecture du Foutah. Ce sont des raisons quand-même objectives. 

Aujourd’hui on constate des crises presque partout dans tous les domaines de la vie politique et sociales. Selon vous comment sortir de cette situation de crise permanente ? Est-ce que la solution ne viendrait pas concrètement du chef de l’Etat ?

C’est-à dire de tout arrêter pour faire plaisir à ceux qui ne sont pas contents. C’est ce que vous voulez me dire ? Donc qu’il arrête la constitution, le déroulement des législatives pour n’organiser que la présidentielle. Tout cela parce que Cellou Dalein ou Sidya Touré disent  qu’en 2020 s’il y a élection c’est à eux deux seulement.  Comme s’ils avaient un contrat avec Dieu ou le peuple de Guinée. Soyons sérieux ! Tout le monde connait l’accointance du SLECG avec Sanoh, l’accointance de Sanoh avec Cellou Dalein. Nous savons ça. Tout ça c’est pour faire chaos devant la communauté internationale. Mais je peux vous assurer  que nous allons surmonter tout ça et le peuple de Guinée est celui qui aura le dernier mot. Le SLECG, c’est 100 mille personnes même si les guinéens n’étaient que peut-être de 10 millions. C’est 1%.

Mais leur action impacte tout le monde ? 

Oui mais je peux vous dire que cette fameuse grève est suivie comme elle est suivie. C’est très loin de ce qu’on a connu avant. Parce qu’on sait que Soumah Aboubacar est plutôt politique que syndicaliste. Abdourahmane Sanoh, je l’ai toujours dénoncé qu’il n’est pas de la société civile, c’est un monsieur qui avait une plateforme qui était avec l’UFDG il y a longtemps. Le FNDC n’est pas partie prenante aux élections. Pourquoi, il se prononce ? C’est n’est un parti politique. En Guinée, c’est seulement les partis politiques qui participent qui doivent parler d’élections mais pas un Front ou la société civile. Voilà l’imbroglio. Ce qui est certain, le 13 janvier avec tout ce qu’ils ont demandé, le peuple n’a pas répondu. Ceux qui disent c’est pour que la population souffle, ils ne savaient pas que la population guinéenne était pauvre quand ils ont déclenché leur non-stop ? Ils ont cru que c’est le 13 janvier que le pouvoir allait tomber. Mais le peuple de Guinée n’a pas répondu à cet appel. 

La crise guinéenne inquiète tout de même la communauté internationale. Le ministre des Affaires Etrangères de la France l’a d’ailleurs fait savoir en appelant à l’apaisement mais tout en martelant que le projet de nouvelle constitution dont le président Alpha Condé est porteur ne serait pas partagé par l’ensemble des guinéens. Qu’en dites-vous ?

Nous avons malheureusement toujours un esprit de colonisé. Le président malien IBK a un avis contraire. On l’a traité de vert et de moins mur, on lui a même dit de s’occuper de ses affaires. Mais quand ça vient de la métropole comme on disait il y a 61 ans, c’est un Ministre des Affaires Etrangères qui s’exprime, on s’émeut en disant que le papa a parlé. Mais en même temps, son homologue d’un plus grand pays comme les Etats-Unis s’est prononcé aussi différemment. 

Oui mais au fond le message semble être le même…

Non ça n’a absolument pas le même sens du tout. Il a dit clairement que c’est le peuple qui décide. Et le peuple ne peut décider si on ne l’interroge pas. C’est ce que l’américain a dit.

Mais tout de même l’américain a dit que Washington a des problèmes avec les dirigeants qui changent la constitution dans le but de se maintenir en place

Non non, relisez ça très bien. Il n’a jamais dit qu’ils auront des problèmes. Il a dit qu’il connait le Pr depuis qu’il était prisonnier politique (…) Mais il a tout de même dit que le dernier mot revient au peuple de Guinée (…). Mais ce qui est plus important, nous avons dit NON au Général  De gaulle ici en 1958, c’est n’est donc pas devant un ministre des Affaires Etrangères de Macron qu’on pourrait trembler. C’est préoccupant la situation guinéenne quand des responsables qui ont eu à diriger ce pays invitent leurs militants à installer la chienlit en Guinée. Quand des militants des partis importants comme l’UFDG, brulent des commissariats, des gendarmeries et des tribunaux dans leurs zones, c’est préoccupant. 

Quand on a plus de 40 jours de grève d’affilées en France  et qu’on n’arrive même plus à se déplacer aisément à Paris c’est préoccupant. Nous sommes des pays amis, quand ça ne va pas en France c’est préoccupant pour les guinéens et quand ça ne va pas en Guinée ça doit être préoccupant pour les français. Ceci dit, nous n’avons ni d’ordre ou de leçon à recevoir de qui que ce soit. Le seul souverain ici, c’est le peuple de Guinée.

Est-ce que la question centrale dans cette crise n’est pas l’avenir du président Alpha Condé à la tête du pays ? Est-ce que s’il annonçait par exemple sa non candidature à la présidentielle de 2020 on ne pourrait pas se passer de cette crise qui n’a que trop duré ? 

Vous m’avez tellement posez cette question. Pourquoi voulez-vous qu’il réponde à une question qu’il n’a pas posée. A-t-il dit je serai candidat ? 

Mais un cadre de votre parti qui n’est pas des moindres Malik Sankhon  a dit que le candidat du RPG à l’élection présidentielle de 2020 sera bel et bien Alpha  Condé 

Pourquoi vous ne voulez pas que des militants aient leurs propres opinions ? Pourquoi voulez-vous qu’il y ait une pensée unique ? Il y a des gens qui voulaient que Barack Obama reste président à vie aux Etats-Unis. En quoi cela est mauvais ? Il y en a qui veulent que le président Alpha Condé ait 100 ans de vie à la tête de ce pays. Ce n’est qu’une opinion. Où est le scandale en cela ? Pourquoi voulez-vous que ça soit interdit de poser la question au peuple ? Moi je serais d’accord que les résultats d’un referendum aujourd’hui qui aurait largement été pour le NON et que le président veuille s’entêter alors que le résultat du referendum est largement NON. Mais tel n’est pas le cas. Quel est le démocrate au monde qui s’interdit de poser la question à son peuple ? Ma conviction est que ce n’est pas le nombre de mandat qui est la valeur fondamentale d’une démocratie. La valeur fondamentale d’une démocratie, c’est la possibilité réelle donnée au peuple de choisir ses dirigeants. Et aussi de laisser à ce peuple de reconduire ses dirigeants auxquels il a confiance autant de fois qu’ils ont le loisir. C’est cela le vrai fondement de la démocratie. Combien de pays occidentaux démocratiques ont une limitation de mandat. On les compter au bout des doigts. C’est les Etats-Unis. En Allemagne, en Grande Bretagne, en Belgique, au Luxembourg, au Canada, je ne sais où encore, il n’y a pas de limitation de mandat.

A suivre…

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Lundi 20 janvier 2020 à 12:03