Cellou Dalein : « On ne laissera pas Alpha Condé faire… »

Interview
Cellou Dalein Diallo, leader de l'UFDG
Cellou Dalein Diallo, leader de l'UFDG

CONAKRY- Entre Alpha Condé et ses opposants, qui aura le dernier mot ? Alors que le Président Condé a signé ce mercredi 15 janvier 2020 le décret annonçant l’ouverture officielle de la campagne électorale pour les élections législatives prévues le 16 février prochain, le Chef de file de l’opposition guinéenne promet d’accentuer la lutte pour empêcher ce qu’il a qualifié de « mascarade électorale ».

Le leader de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée revient ici sur le contenu de l’échange qu’il a eu avec l’Ambassadeur du Royaume-Uni à Conakry. Exclusif !

 

AFRICAGUINEE.COM : Vous avez rencontré ce mercredi 15 janvier 2020 l’Ambassadeur du Royaume-Uni en Guinée. Quel est le message que vous lui avez adressé ? 

CELLOU DALEIN DIALLO : D’abord je dois dire que c’est un nouvel ambassadeur. Donc il est venu pour prendre contact avec moi en tant que chef de file de l’opposition, ensuite essayer de savoir comment pourrait-on sortir de la crise dans laquelle le pays est empêtré depuis quelques mois. J’ai essayé de lui rappeler la genèse de cette crise qui est permanente pratiquement depuis que monsieur Alpha Condé est au pouvoir. En fait, c’est la violation de la loi et des droits fondamentaux des citoyens qui est à l’origine des tensions, qui est à l’origine des manifestations qui, hélas sont toujours réprimées dans le sang. Aujourd’hui il y a plus de 130 morts, tous abattus à bout portant lors des manifestations politiques, syndicales et récemment du FNDC. A cela, il faut ajouter la non-organisation à bonne date des élections ; mais aussi le fait qu’il n’y ait jamais eu d’élection libre et transparente. Cette fraude électorale vient aggraver cette crise permanente. 

J’ai expliqué que nous sommes en dehors du processus électoral en raison du fait que c’est plutôt une mascarade qui s’organise.  J’ai expliqué l’état du fichier électoral et les conditions dans lesquelles l’enrôlement des électeurs a eu lieu, le refus de la CENI (Commission électorale nationale indépendante, Ndlr) d’appliquer les recommandations de la mission d’audit. Finalement on a un corps électoral de 8 millions de personnes pour une population de 12 millions d’habitants. Ce qui donne un ratio d’électeurs de 68%. Ça n’existe nulle part. Cela montre que le fichier n’est pas propre. On a enrôlé des gens qui n’ont pas le droit d’être dans ce fichier. Il faut savoir qu’en Afrique de l’Ouest particulièrement, on a 60% de jeunes qui ont moins de 18 ans. Donc, le corps électoral ne peut être que 40% environs de la population. Tous les pays d’à côté, le Sénégal, la Sierra Léone, la Côte d’Ivoire en a même 31% des ivoiriens qui votent. Le  Benin, le Ghana, le Mali, tous ces pays là sont aux environs de 40%. On a expliqué tout ça pour faire savoir pourquoi on est dehors. 

On ne peut pas comprendre que dans un pays, on entame des élections, qu’on les suspende sans les achever et qu’on commence une autre élection. Donc, l’opposition a estimé que ce n’est pas juste de le faire. Il faut respecter la Loi. Non seulement le code électoral est clair à cet égard, mais il y a une décision de la Cour Suprême qui vient faire injonction au Gouvernement d’achever les élections locales avant d’aller à un autre scrutin. Mais M. Alpha Condé n’en veut pas, parce que comme on l’a toujours dit, les chefs des quartiers, des districts sont actuellement  tous nommés par le pouvoir. Ce sont des auxiliaires précieux de la fraude électorale en faveur du parti présidentiel. Donc, il ne veut pas se débarrasser de ces piliers par rapport aux prochaines échéances. Sinon, il n’y avait absolument rien qui empêchait que ces chefs de quartiers soient changés à la lumière des élections communales. 

Nous avons également expliqué les difficultés que nous avons avec le président de la CENI qui obéit aveuglement à la volonté de monsieur Alpha Condé, qui viole la loi, le code électoral en permanence et qui a montré vraiment un manque d’indépendance et de neutralité. Donc, l’opposition démocratique a demandé qu’il soit changé en donnant des preuves à l’appui. Si vous regardez aujourd’hui les délais qu’il a donné à l’enrôlement (25 jours alors que la loi a prévu 3 mois), mais également la date limite du dépôt des candidatures pour les législatives, c’était le 18 décembre, mais il est allé jusqu’au 31 décembre en violant la Loi. Donc, tous les dossiers qui ont été déposés au-delà du 18 sont forclos. Et il n’y a aucun dossier qui a été déposé avant dans le délai légal. Donc ces pratiques illégales devraient être sanctionnées si on avait des juridictions indépendantes. Malheureusement ici la séparation des institutions et l’indépendance  des institutions sont loin d’être une réalité.

Quelle est la réponse qu’il vous a donnée après cet exposé ? 

Il n’a pas donné de réponse. Il a juste dit qu’il avait besoin de comprendre. Il a dit qu’il a bien compris l’origine de la crise. 

Quel regard portez-vous sur les exactions policières enregistrées depuis lundi notamment sur l’axe ? 

Vous savez l’acharnement des forces de défense et de sécurité contre Ratoma et ses habitants est connu. On est à plus de 130 morts. Tous sont des enfants pratiquement de Ratoma. Lorsque les policiers abattent les enfants de cette commune, ils savent pertinemment que personne ne va les intimider. Ils ne vont pas écoper ni de sanctions administratives ni pénales. C’est l’impunité totale parce que monsieur Alpha Condé ne considère pas ces gens-là comme des citoyens.

Quel appel avez-vous à lancer ? 

Je demande au peuple de continuer la mobilisation et de montrer qu’on n’est pas content de la mascarade électorale en cours et qu’on n’est pas content du tout de l’obstination de monsieur Alpha Condé à changer la Constitution et qu’on ne le laissera pas faire. 

 

Entretien réalisé par Boubacar 1 Diallo

Pour Africaguinee.com

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Créé le Jeudi 16 janvier 2020 à 10:13