Beyla : immersion dans Karala, une localité "perdue" oubliée par l’Etat…

Reportage
Vue panoramique du centre de Karala
Vue panoramique du centre de Karala

BEYLA-Située à 130 kilomètres de la préfecture de Beyla, la sous-préfecture de Karala est l’une des plus enclavées du pays. Ses habitants qui vivent principalement de l’agriculture et de l’élevage font face à de nombreuses difficultés. Toutes les infrastructures sociales de bases sont déficitaires. Eau potable, centre de santé, écoles, routes, tout laisse à désirer. Dans cette localité, un seul lampadaire sert d’éclairage pendant que les autres ne s’allument plus. Cette autre sous-préfecture du pays située à la frontière ivoirienne semble être oubliée par l’Etat. Reportage.

Les villageois sont obligés de transporter les malades ou les femmes en état de famille sur des motos à des distances avoisinant les 100 km sur des sentiers tortueux pour leur accouchement.  Certaines femmes n’arrivent pas à destination en vie. Il n’y a pas d’agents de santé.

 « Le serpent vient de tuer un jeune autrefois. On l’a envoyé u centre de santé, mais il n’y avait pas de médicaments. L’enfant de mon grand frère a été mordu par un chien, il est mort par manque de soin. Même une femme est en travail tout de suite, on n’est obligé de la mettre à moto, aller très loin.  Il y a certaines femmes, à force de les secouer sur ces routes tortueuses, le bébé meurt dans le ventre de sa maman avant d’arriver à Sinko et le plus souvent. Ou encore pis c’est la maman et non bébé meurent en cours de route.  Demandez au chef de centre, il est là actuellement. Quand une femme est en état, on la met derrière la moto on l’attache au conducteur de taxi-moto », nous a confié un citoyens.

Les autorités de Karala, sont bel et bien conscientes de cet état de fait. Le maire que nous avons interrogé parle des difficultés sanitaires auxquelles ils sont confrontés. ‘’Il y a manque d’agents de santé. Il n’y a qu’une seule personne au centre de santé. S’il quitte, le centre est fermé, personne n’y ira. Chaque fois quand les femmes sont en travail, on les amène à moto à Sinko. Il n’ ya pas de moyen si ce n’est pas la moto’’, déplore Mory Condé, l’actuel maire de Karala. Le chef de  centre que nous avons interrogé a refusé de se prêter à nos questions.

Ce qui enclave de plus cette localité de nos jours, c’est l’état de la route. La sous-préfecture est totalement coupée du reste de la Guinée. Selon des témoignages, les citoyens ont la chance d’apercevoir une fois, un seul véhicule  chaque deux semaines. Zone agricole par excellence, les agriculteurs n’ont pas d’autres moyens pour pouvoir évacuer  leurs produit agricoles ou de bénéficier d’autres produits venant des autres localités du pays.

« Moi je veux dire au président de la république et à son ministre qui est chargé des travaux publics, c’est la route qui fait le développement d’un pays. Ils sont là à construire des marchés dans les différentes sous-préfectures de la Guinée, mais les gens ne vont pas venir par avion pour descendre dans le marché. C’est par la route ils vont venir. Donc la route d’abord avant le marché normalement. C’est la clé du développement d’un pays. On reçoit un seul véhicule après chaque deux semaines. Le véhicule qui est garé devant vous là, dès qu’il quitte ici, on a encore deux semaines pour le revoir. C’est l’unique véhicule qui vient chez nous. Même nos produits vivriers, pour les évacuer à Kankan, Sinko ou Beyla ce n’est pas possible’’, a relaté un autre habitant de Karala en colère.

‘’A un moment donné, nous avons eu une crise de carburant ici parce que la route est très mauvaise. Si l’Etat pouvait penser à nous par rapport à cette affaire de route, ça allait beaucoup nous aider. Notre jour  de marché, c’est le lundi mais aucun véhicule ne vient. On fait le marché entre nous ici c’est vraiment bizarre’’, confie un autre.

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Interrogé, le maire confie qu’ils ont interpellé le préfet de Beyla qui s’était déjà engagé à réparer la route. Mais cette promesse n’a jamais eu de suite.  « Même moi le maire, quand on m’appelle pour une réunion à Beyla, là j’ai peur. Comment arriver à Beyla ? Il faut que je perde deux ou trois jours avant d’y arriver. D’ici Kankan aussi, il y a un fleuve sur la route donc il n’ ya pas de route. Nous avons lancé l’appel au préfet de Beyla qui a pris le devant. Il avait pris des gens pour arranger la route mais ceux-ci sont venus avec une machine qui n’était pas bonne donc le travail n’a pas été achevé », confie monsieur Condé avant de s’attaquer aux problèmes  d’éducation.

‘’Nous avons 6 salles de classes pour le primaire, mais nous n’avons pas d’enseignants. Il n’y a que deux enseignants plus le DES (directeur sous-préfectoral de l’Education). Le reste maintenant, ce sont des contractuels que nous-mêmes nous partons chercher à Beyla et à Nzérékoré pour les prendre en charge’’, confie-t-il.

Ce responsable local ajoute que sa population est confrontée aussi à la problématique liée à l’eau potable. « Nous avons 4 pompes ici. Mais pendant la saison sèche, nos femmes souffrent amèrement. Et vous-même vous voyez, il n’y a même pas de marigot à côté, nous sommes en pleine difficultés », dit-il.

Certains citoyens  témoignent que si un fonctionnaire  est affecté à Karala, cela est considéré comme une sanction.  ‘’ Dès qu’on t’affecte à Karala, c’est une manière de te punir. Si on te dit que tu es affecté à Karala, c’est comme si tu as commis une faut grave, donc on veut te punir, on t’envoie ici. Ça veut dire que nous sommes les oubliés de la Guinée. C’est pourquoi on lance l’appel à l’autorité de nous venir   en aide. Arrangez nos routes parce que c’est ça le développement. Les marchés, nous même nous pouvons construire ça ‘’, lance ce citoyen.

Nous y reviendrons!

 

SAKOUVOGUI Paul Foromo, de retour de Karala

Pour Africaguinee.com

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Créé le Mercredi 11 décembre 2019 à 9:35

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