Cellou Dalein parle: "Ce que nous exigeons d’Alpha Condé…" (interview)

Crise politique en Guinée
Cellou Dalein Diallo, Chef de file de l'opposition
Cellou Dalein Diallo, Chef de file de l'opposition

CONAKRY- Comment sortir de la crise dans laquelle la Guinée est engluée ? Alors que le FNDC rejette la main tendue du président Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo vient de décliner les points qui permettraient de décrisper la situation. Dans cet entretien accordé à notre rédaction, le chef de file de l’opposition réagit aussi au communiqué de la communauté internationale sur la situation en Guinée. Exclusif !!!

AFRICAGUINEE.COM : Face aux violences meurtrières qui ont secoué la Guinée ces derniers jours, la communauté internationale a sorti mercredi un communiqué appelant le gouvernement et l’opposition au dialogue pour sortir de la crise dans laquelle le pays est plongé. Quelle est votre réaction ?

CELLOU DALEIN DIALLO : D’abord pour la condamnation des violences, je pense qu’ils avaient un peu tardé parce que, quand même ce qui se passe aujourd’hui dans la commune de Ratoma est insoutenable. Vous avez suivi le carnage auquel se sont livrés les gendarmes. On a près de 70 blessés qui ont des balles dans le corps. Des jeunes de 12 ans, 14 ans, 15 ans. On a une dizaine de morts qui sont tous aujourd’hui dans les morgues et dans les centres hospitaliers. On croirait à faire à des rebelles ou une armée d’occupation qui n’a aucun sentiment pour les citoyens qui sont là. Lorsqu’on suppose que c’est nos gendarmes et nos policiers qui sont en train de se livrer à ce carnage, on ne peut pas ne pas s’interroger.

Mais comme Bouréma Condé, Keira, Damaro avaient suffisamment menacé de sévir contre les manifestants, on comprend que non seulement ils savent qu’ils jouissent d’une impunité totale, comme ça été toujours le cas, mais ils ont sans doute reçu des instructions pour se comporter de la sorte avec leurs compatriotes. Donc je salue la condamnation de ces actes par la communauté internationale, mais la décrispation ne passera que par l’ouverture d’enquêtes pour identifier les auteurs et les commanditaires de ces crimes pour que la justice, pour une fois mette fin à cette impunité chronique dans notre pays, qui encourage la récidive.

En ce qui concerne le dialogue dans ce contexte. Nos collègues du FNDC sont en prison, il y a tous ces cadavres qui ne sont pas enterrés, aucune commission d’enquête n’a été mise en place. Je pense qu’il faut d’abord prendre des dispositions pour que le gouvernement puisse diligenter rapidement des enquêtes, sanctionner administrativement les responsables de la police, les ministres qui ont demandé de sévir contre les manifestants et diligenter des enquêtes pour identifier les auteurs des crimes. Ensuite libérer toutes les personnes qui sont arrêtées et qui croupissent dans les prisons illégalement, à commencer par la coordination du FNDC en passant par les manifestants qui ont été arrêtés un peu partout, à Boké, à Mamou, Gueckedou, Yomou, Labé etc.  

Le G5 a mentionné dans son communiqué qu’il est indispensable d’organiser dans les délais légaux des élections, législatives et présidentielles, libres, crédibles et transparentes, dans le respect du cadre constitutionnel et dans un environnement apaisé.  Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Vous savez très bien que monsieur Kébé (le président de la CENI, ndlr) a décliné un chronogramme qui ne respectait aucun délai légal. On s’est tous interrogé sur les motivations de monsieur Alpha Condé qui s’est subitement réveillé un bon matin pour dire qu’il faut organiser les élections législatives avant la fin de l’année, en 100 jours. Alors que tout le monde sait que le chronogramme non daté, élaboré par la CENI avec tous les commissaires demandaient 235 jours. Et Kébé n’avait pas manqué d’informer l’opinion nationale et internationale qu’il fallait 235 jours. Mais Alpha dit qu’il ne veut pas de ça, il faut cent jours. Or, il est impossible d’organiser un scrutin après cent jours si on veut que ce scrutin soit équitable, juste et transparent. La communauté internationale avait tardé à interpeller le gouvernement sur cette question, alors qu’elle a des experts électoraux  ici.

Tout le monde était naturellement indigné face à cette déclaration de Kébé disant qu’il est à même d’organiser les élections dans les 100 jours. Tout le monde sait que c’est impossible. Non seulement il a violé le code électoral qui prescrit de délais légaux pour certaines opérations et par expérience on sait aussi qu’il est impossible de réaliser certaines opérations dans ce délai-là. Aujourd’hui, dans le chronogramme de Kébé, le 20 septembre tous les kits devaient être dans les circonscriptions. Mais à l’heure qu’il est, on n’a pas fini d’installer le logiciel dans les kits qui sont toujours à Conakry. Donc c’est vraiment une excellente chose qu’ils (les chancelleries occidentales, l’ONU, la CEDEAO, ndlr) demandent que ces élections soient organisées dans le respect des délais prévus par la loi.

Par rapport au chronogramme comme vous venez de l’évoquer, on a suivi le communiqué de la présidence qui a appelé au dialogue. A l’analyser,  l’on comprend que le Président semble fléchir sur ce point puisqu’il demande à ce que les acteurs se réunissent pour établir un chronogramme qui permettrait d’organiser des élections apaisées de manière concertées. Qu’en dits-vous ?

Pourquoi il fait ça ? C’est la pression de la rue. Voilà l’irresponsabilité du Gouvernement. On sait qu’il y a une loi qui définit les conditions dans lesquelles on organise les élections, lui il demande de violer la loi. Lorsqu’on sort dans la rue, il dit non il faut trouver un chronogramme consensuel et respectueux de la loi. Mais on ne peut pas gouverner un pays comme ça. C’est lui qui a juré sur la Constitution  de respecter et de faire respecter la constitution. Mais de manière permanente il viole cette constitution. Pour obtenir des élections il faut que ce soit par la rue. Il ne peut pas penser qu’il doit respecter son serment, qu’il doit respecter la loi. Il faut que les citoyens marchent pour exiger le respect de la loi. On est mal barré avec des dirigeants comme ça qui n’ont aucun respect pour leur propre serment et pour les lois de la République dont ils sont chargés de l’application.

Vous avez rejeté la main tendue du chef d’Etat d’ouvrir un dialogue alors que les responsables du FNDC sont détenus. Selon vous comment sortir de cette impasse ?

Je l’ai dit. Il est bon que monsieur Alpha Condé renonce à son 3ème mandat. Il est bon qu’il engage la CENI et les autorités à organiser des élections libres, transparentes et équitables, il faut qu’il libère tous les prisonniers détenus illégalement aujourd’hui dans des prisons et dans les camps militaires.

Quelle va être la prochaine étape du FNDC ?

On va se retrouver nous concerter dans l’après-midi pour vous dire qu’elle sera le programme de demain et de la semaine avenir. La population sera informée.

Quel est votre dernier message ?

Il faut que les gens restent mobilisés pour exiger le respect de la loi. Avec ces autorités, on ne peut pas compter sur leur serment ni sur leur parole donnée pour obtenir le respect de la loi. Il faut qu’on se batte pour qu’enfin nous puissions construire une démocratie apaisée, un Etat de droit respectueux des libertés fondamentales dans ce pays.

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

Créé le Vendredi 18 octobre 2019 à 10:40