Révélations choc d’A.B : « comment j’ai été violée par un militaire au stade de Conakry… »

Massacres du 28 septembre à Conakry

CONAKRY- C’est un témoignage qui fait froid dans le dos ! A.B, une jeune femme guinéenne a été violée par un militaire en plein journée le 28 septembre 2009, lors de la répression sanglante de la manifestation de l’opposition qui protestait contre la candidature annoncée de Moussa Dadis Camara à l’élection présidentielle de 2010. La jeune femme mère de cinq enfants raconte qu’elle a été abandonnée par son mari après le mal qu’elle a subi. Dix ans après les faits, ses blessures mentales et physiques peinent à se cicatriser. Ses révélations témoignent de l’ampleur de l’horreur du massacre du 28 septembre 2009 dans le stade de Conakry. Interview exclusive !!!

AFRICAGUINEE.COM : Qu’est-ce qui vous est arrivé au stade le jour du massacre du 28 septembre ?

A.B : Je me suis levée le lundi matin pour prendre la route du stade où la manifestation était prévue. En partant stade nous étions nombreux sur la route. J’étais avec des amies, il y avait une grande ambiance de joie. Quand nous sommes arrivées à Dixinn Terrasse, le groupe de Thiegboro est venu nous trouver là-bas.  Ils nous ont dit de retourner à la maison. Dans la confusion,  ils ont tiré sur les portes du stade et ont ouvert les cadenas. Le groupe qui était dehors nous a dit de rentrer.  Nous sommes rentrées. Quelques temps après,  les leaders ont suivi. Quand Jean Marie Doré est rentré, ils ont commencé à tirer. C’est dans cela que j’ai été victime. J’étais en train de courir pour trouver une issue de sortie.  Arrivée derrière la pelouse, il y avait des trous  et les gens tombaient dedans. Ça tirait dans tous les sens.  Certains avaient des couteaux et blessaient ceux qui couraient. On a tout vécu. Je  suis  malade depuis ce jour.  Actuellement, je n’ose pas sortir par peur de rencontrer mes agresseurs. Ils n’ont qu’à nous aider à tenir le procès afin  que justice soit rendue dans cette affaire. Il ne faut pas qu’on meurt avant le procès. Il y a déjà des victimes qui  sont mortes. 

Comment avez-vous échappé à la mort ce jour-là ? 

Ce jour je n’ai pas pu échapper aux violences. Mon agresseur, quand je l’ai rencontré, il m’a frappé jusqu’à ce que je perde connaissance. C’est les gens qui m’ont aidé et la Croix Rouge est venue m’envoyer à Donka.  Là-bas aussi, ils nous ont poursuivi, ils ont saccagé la pharmacie et ils ont pris certains parmi nous, des blessés par balles qu’ils ont embarqué dans des voitures. Là-bas aussi c’est Dieu qui m’a sauvé, il y avait  un docteur qui me connaissait. Il  m’a pris rapidement  et m’a caché.    

Qui vous a agressé ce jour, des militaires ou des civils ? 

Je peux reconnaitre le militaire qui m’a fait cela. Mais je n’ose pas dire quelque chose à propos de lui. Parce que je suis une personne qui se cache par peur que les gens me reconnaissent.  

Expliquez-nous comment votre agresseur a abusé de vous ? 

Je me souviens qu’il  m’a frappé jusqu’à ce que je devienne inconsciente. Le reste je ne connais pas. Il m’a frappé  à la tête, sur les yeux, au niveau de mes côtes avec son fusil. J’ai perdu la vision au niveau de mon œil où il m’a cogné avec le fusil.  Après, il a pris son couteau, il a déchiré mes habits et en plus il a écrit un + sur mon dos.  Il m’a cogné avec le fusil sur l’une de mes côtes qui s’est déplacée. Il a fallu qu’on mette des gangs à l’hôpital pour la faire revenir à sa position normale et l’attacher pour qu’elle se redresse. Ce jour, le docteur qui m’a soigné m’a demandé de quitter l’hôpital en me disant qu’il n’y a pas de sécurité et que s’ils nous trouvent là-bas ils vont nous tuer. Je suis revenue difficilement à la maison c’était la nuit. C’est les gens qui transportaient l’eau des malades dans une camionnette qui m’ont déposé à Kenien.  Le reste je me suis débrouillée pour rentrer à la maison. 

Aujourd’hui, quel est votre état de santé physique et mental ? 

Je ne suis pas en bonne santé et j’ai des soucis. De fois je ne peux rien faire. Quand je repense à ce que j’ai vécu mon corps devient faible. 

Justement qu’est-ce que ça vous fait de repenser à tout cela ? 

Je n’arrive pas à oublier. Dès que je repense à ça, ma tête chauffe. Même au moment où je vous parle, ma tête chauffe et remonte  vers là haut.

Comment vous arrivez à subvenir à vos besoins actuellement ?

C’est grâce à l’assistance d’AVIPA que je vis aujourd’hui. Madame Asmaou, c’est elle qui est en train de nous aider à subvenir à nos besoins  sinon nous étions abandonnées. Actuellement, je n’ai plus la force pour travailler. Avant j’étais enseignante en langue anglaise dans une école. Aujourd’hui, je ne peux rien faire. Je ne peux pas écrire parce que je ne vois pas.  

Certaines victimes se plaignent de discrimination dans la société. Es-ce que c’est le cas chez vous ? 

Je suis victime de discrimination de la part de certains membres de ma famille.  J’ai divorcé avec mon mari à cause de cela. Il m’a abandonné avec mes cinq enfants.  Et personne n’a rien dit dans la famille pour nous réconcilier.

Avez-vous bénéficié d’une assistance de la part  de l’Etat ?

Le gouvernement ne fait rien pour nous  depuis que nous sommes dans cette situation.  Nous souffrons  parce qu’on n’a pas de moyens et on n’est pas en bonne santé. Avant j’étais à Kaporo rail mais on a détruit nos logements  là-bas. C’est AVIPA qui m’a aidé à trouver un abri et à avoir la dépense. La FIDH nous aide quand on tombe malade. Et AVIPA nous a aidés  à faire la saponification et la teinturerie. On fabrique du savon et le textile guinéen,  on se débrouille petit à petit.

Quelle est la situation actuelle de vos enfants ? 

Je me suis débrouillée pour aider mes enfants. J’ai un enfant qui a fini les études et un autre qui est mécanicien il se débrouille dans un garage. 

Bientôt 10 ans après le massacre, le procès peine à s’ouvrir. Avez-vous confiance à la justice guinéenne de faire la lumière dans cette affaire ? 

Nous portons confiance à la justice guinéenne. Si le procès s’ouvre cela va nous aider pour faire la lumière dans cette affaire. Si elle ne fait pas, nous en tout cas on a confiance en elle, parce que nous sommes des guinéens et nous sommes leurs familles. Aujourd’hui, on se demande  si le procès aura lieu en 2019 mais nous ne pouvons rien faire. 

Avez-vous un message au fond de vous à faire passer? 

Je dirais à tout le monde d’être prudent et que si tu es une mère d’éduquer tes enfants.  Ce que nous avons vécu au stade,  je ne le souhaite cela à personne même  à mon ennemi.  Que Dieu nous aide à tenir le procès  dans de bonnes conditions.  Jusqu’à  présent, j’ai peur pour ma sécurité. Je suis une personne qui se cache.  

 

Interview réalisée par Bah Aissatou

Pour Africaguinee.com

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Créé le Dimanche 22 septembre 2019 à 18:19