Guinée : pourquoi Alpha Condé devrait s'éloigner du "bourbier" somalien ?

Diplomatie
Alpha Condé, Président de la République de Guinée
Alpha Condé, Président de la République de Guinée

CONAKRY-La visite très discrète du leader de l’État autoproclamé du Somaliland à Conakry le 02 juillet dernier a irrité la colère de Mogadiscio. En représailles, la Somalie, pays fragile situé sur la Corne de l’Afrique et en proie à des violences chroniques dues aux attaques des islamistes Al Shabab, a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec la Guinée, sans avertir les autorités de Conakry. 

Muse Bihi Abdi en quête de reconnaissance internationale, a été reçu dans la discrétion la plus absolue  à Conakry par le Chef de la diplomatie guinéenne. Il a séjourné pendant deux jours dans un hôtel chic de la capitale. N’eût été, peut-être la réaction virulente de Mogadiscio, cette visite n’aurait pas été sue de sitôt. Le régime de Conakry a pris des précautions pour que cette visite non-officielle se passe dans l’omerta. Manifestement cela n’a pas suffi. 

Sans demander des explications, la Somalie a donc décidé unilatéralement de rompre ses relations diplomatiques avec la Guinée en représailles à la réception du leader du Somaliland par Conakry. Le Gouvernement guinéen a décidé de ne pas réagir à cette décision unilatérale de Mogadiscio. 

« On n’a pas réagi à cette annonce parce qu’il y a eu assez de maladresse qui a conduit à l’annonce de la rupture de ces relations diplomatiques. Officiellement on n’a pas été saisi jusqu’à date. Donc on ne pouvait pas répondre », tranche une source proche du chef de la diplomatie guinéenne. Selon elle, cette décision de Mogadiscio n’a pas d’effet. 

La Guinée n’a rien à perdre…

La visite du leader Somalilandais à Conakry suivie de la brouille diplomatique, a été très commentée dans la presse. Cette rupture est sans conséquences.  « On n’a pas d’ambassade ni de consulat en Somalie et inversement. Donc, cette décision de Mogadiscio n’a aucun enjeu majeur. La Guinée n’a pratiquement rien à y perdre », soutient ce cadre du département des affaires étrangères. . 

Muse Bihi Abdi n’a as été reçu par Alpha Condé lors de sa visite, précise notre source, qui confie que la Guinée ne reconnaît pas d’ailleurs le Somaliland comme Etat. 

 « Il a été reçu par le ministre des affaires étrangères à l’aéroport qui l’a conduit à l’hôtel Kaloum où il a passé deux jours. La Guinée ne reconnaît pas la Somaliland comme Etat », a précisé notre source. Panafricaniste, Alpha Condé a accepté la venue du leader du Somaliland à Conakry, à la demande de ce dernier, explique-t-elle. 

 « Ce n’est pas une invitation du président Alpha Condé. C’est le leader qui a émis le souhait de venir. Etant panafricaniste, le président a donné l’accord de le recevoir pour l’écouter. Le leader de la Somaliland  a dit qu’il ne vient pas pour demander une reconnaissance. Il se dit qu’ils sont un Etat et donc qu’il faut chercher des relations avec certains pays comme la Guinée », explique notre informateur. 

De l’avis de plusieurs observateurs, la Guinée devrait rester loin du « bourbier » somalien avec ses problèmes récurrents de terrorisme. Mêmes les grandes puissances de la région, notamment le Kenya, qui avaient « fourré leurs nez » dans les affaires internes de la Somalie le regrettent amèrement aujourd’hui. 

Qui ne se rappelle pas également des années 2000 lorsque Lansana Conté à l’époque avait voulu soutenir les rebelles donzos de Paul Koroma. Cette décision de Conakry avait amené Charles Taylor, le Président libérien d’alors, à « exporter » la guerre en Guinée. 

Alpha Condé a-t-il oublié que même les américains avec toute leur puissance militaire n’ont pas réussi à ramener le calme dans ce pays où des frères d’une même ethnie se livrent une bataille farouche ? Comme l’a rappelé le conseiller du Chef de la diplomatie guinéenne, Conakry n’a aucun intérêt direct avec la Somalie. 

 

Africaguinee.com

Créé le Vendredi 12 juillet 2019 à 11:27