Boubacar Sidighi Diallo : « Aucun guinéen ne s’attaque à la Constitution à part les malhonnêtes constipés »

Interview

CONAKRY- La Constitution de 2010 a-t-elle des insuffisances ? Alors des voix s’élèvent de plus en plus pour l’élaboration d’une nouvelle Constitution, des anciens membres du Conseil National de la Transition s’érigent en bouclier contre tout tripatouillage de cette Constitution promulguée en 2010 par l’ancien Président de la transition guinéenne, le Général Sékouba Konaté.

Boubacar Sidighi Diallo, ancien rapporteur de la commission des lois du Conseil National de la Transition a accepté de se prêter à nos questions…

 

AFRICAGUINEE.COM : Que répondez-vous à ceux qui critiquent l’actuelle Constitution qui a été adoptée en 2010 ?

BOUBACAR SIDIGHI DIALLO : Je crois qu’aujourd’hui le contexte impose qu’on fasse une certaine pédagogie pour permettre aux guinéens de connaitre c’est quoi la vérité, c’est quoi l’hérésie dans laquelle les gens sont en train de basculer sous fond de clientélisme et dans des manipulations politiques et mensongères. Le CNT (Conseil National de la Transition, Ndlr) je rappelle est né des accords de Ouaga, et les accords de Ouagadougou ont été enfantés par les crimes politiques qui ont eu lieu lors du début de la transition militaire, à savoir les événements du 28 septembre dont la conséquence première a été la tentative d’assassinat du Capitaine Dadis, et donc le pays était à terre et il y a eu beaucoup de velléités qui ont conduit monsieur Blaise Compaoré (ex Président du Burkina Faso, chassé au pouvoir par son peuple en octobre 2014 après avoir tenté de modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir, ndlr) a appelé tous les acteurs socio-professionnels de la Guinée pour venir au tour d’une table et essayer de discuter afin de sauver la Nation. Donc on a sorti ce qu’on appelle l’accord de Ouaga et dans l’accord de Ouaga il était convenu premièrement de sortir un exécutif intérimaire qui devait jouer le rôle du Président de la République par intérim, deuxièmement un Gouvernement d’union nationale pour pouvoir apaiser et faire participer toutes les couches socio-professionnelles, les sensibilités politiques, religieuses multidimensionnelles à la gestion du pouvoir exécutif, ce qui a été fait ; Et aussi un organe transitoire délibérant qui devait avoir l’ensemble des corporations socio-professionnelles de la Guinée qui comprenait les handicapés, les indigents, les artisans, les agriculteurs, les commerçants, les militaires, les professeurs d’universités, les magistrats, toutes les couches socio-professionnelles, les cadres de l’administration publique, les partis politiques, la société civile, il n’y a pas cette frange de la population guinéenne qui n’a pas participé à l’élaboration et à la composition du CNT. C’est d’ailleurs pourquoi les accords de Ouaga prévoyaient 101 membres et la réalité a montré qu’il fallait 159 membres pour que ce quorum soit atteint et que toute la société guinéenne se retrouve. Ce qui fut fait, à la lecture de ça il nous a été donné une feuille de route qui nous demandait premièrement la relecture des textes fondamentaux pouvant nous permettre à renouer avec l’ordre constitutionnel, deuxièmement de poursuivre les actions du Gouvernement dans la dimension d’une Assemblée qui fait le contre-pouvoir de l’Etat, troisièmement il nous a été demandé de suivre le processus électoral en particulier les activités de la CENI (Commission Électorale Nationale Indépendante, Ndlr) et quatrièmement il nous a été déposé les jalons de la réconciliation nationale, voilà la lettre de mission du CNT. Nous avons fait la Constitution, nous avons fait le code électoral et lorsque nous avons fini, nous avons dit bien que l’ensemble des couches socio-professionnelles du pays étant représentées dans ce CNT, mais il faut partir à la base appropriée, les autres citoyens de masse dans la compréhension des documents et des instruments que nous avons dotés la Guinée, avec l’appui technique et financier du PNUD nous avons été dans les 33 préfectures et les 5 communes de la capitale, nous avons formé les démembrements de toutes les organisations de la société civile, nous les avons informés et nous avons requis leur avale et leur adhésion quant à la parfaite harmonie du document, entre ce que le citoyen guinéen aspirait en ce moment et le travail que le CNT a fait. Il n’y a pas plus légitime que cette démarche. Il n’y a jamais eu une légitimité plus affirmée pour un instrument en république de Guinée, même le référendum du 28 septembre n’a pas acquis plus d’adhésions que la constitution de 2010. Nous sommes revenus, on a mis ces instruments au service des guinéens et le CNT a fini sa mission. 

Depuis 9 ans des guinéens constitués autour d’une équipe sont en train constamment, perpétuellement, incessamment de violer les dispositions de cette Constitution au point que le champion de cette violation d’abord, le Président de la République, et en suite ses différents Gouvernements, se sont mis au-dessus de l’instrument suprême de notre République à savoir la Constitution. Donc ils ont refusé d’installer l’institution, la seule capable de juger leurs délits et crimes, ce qui fait qu’aujourd’hui en République de Guinée, le Président de la République et ses ministres, on ne peut pas les poursuivre parce qu’il n’y a pas où les poursuivre. Si aujourd’hui une partie des citoyens manipulée par cette équipe-là se permet de dire que cette Constitution n’est pas bonne, que cette Constitution n’a pas fait l’objet de référendum, donc ce n’est pas l’adhésion du peuple que cette Constitution est validée par un putschiste, ils créent la confusion dans l’esprit du guinéen, mais cette confusion est malhonnête, elle cachait jusque-là l’intention de pérenniser le Président de la République. Donc on ne parle pas ici d’une teneur scientifique dans l’analyse du document, on parle ici d’une volonté malhonnête et illégale de maintenir un homme fatigué, qui a plus de 80 ans au pouvoir. Je pensais que le guinéen avait renoncé à ça en voyant combien de fois le Général Lansana Conté a été rongé par l’âge et par les maladies. Et notre Président n’est pas plus saint que l’était le Général Lansana Conté, il est d’ailleurs plus âgé que le Général Lansan Conté. Si aujourd’hui c’est lui-même qui s’était battu contre le mouvement de Lansana Conté qui prônait le « Koudaisme », on s’est tous érigés contre ça, si aujourd’hui c’est lui-même le professeur d’université qui se targue d’avoir étudié à la Sorbonne, qui a étudié le droit et qui vient dire qu’il a été démocratiquement élu, si c’est ce même encore dont l’entourage prône la perversion de nos instruments les plus fondamentaux pour le maintenir dans ce système qu’il a combattu hier, je ne comprends pas le sens de l’homme. Ce n’est pas une question de science, c’est une question de conscience, il faut que les gens fassent la différence ici entre les questions scientifiques et les questions de conscience. Premièrement, ils disent que cette Constitution n’a pas fait l’objet de référendum comme si le référendum était une condition de validité de la constitution. Aucune Constitution, aucune loi n’a pour préalable la condition irréfragable de passer au référendum pour qu’elle soit valable. En terme terre-à-terre, ce n’est pas le référendum qui peut valider la Constitution, dans le monde il y a plus de 200 pays, il y a combien qui connaissent le mot référendum ? Vous n’entendez pas parler de référendum aux Etats-Unis le plus grand référentiel. Alors ceux qui parlent de référendum créent une confusion malhonnête ; Deuxièmement ceux qui disent que cette Constitution est mauvaise, il faut la changer, elle est modifiable au terme de l’article 152 dont l’initiative appartient au Président de la République et aux députés, le Président il est le chef de l’exécutif et aussi le patron du parti majoritaire à l’Assemblée, donc que ça soit par voie exécutive ou voie législative le Président de la République et son équipe ont la faculté de pouvoir modifier la Constitution. Pourquoi ils se mettent à créer des émettes et de parler à tort et à travers, il faut modifier la Constitution, il faut la réviser ? Personne ne s’oppose à la révision. Lorsqu’ils vous disent que le peuple n’a pas été consulté, menteur qui dit ça, quelle que soit de la bouche dans laquelle c’est sorti, c’est du mensonge. Parce que toutes les couches socio-professionnelles étaient représentées à la rédaction et à la restitution à la base toutes couches socio-professionnelles ont été formées à l’appropriation de ça. C’est quoi le référendum ? C’est demander au peuple. Lorsque le peuple a travaillé et que le peuple a été formé et que le peuple a accepté, et la plus grande forme de légitimité d’expression de la légitimité c’est le silence populaire. Aujourd’hui le Président est décrié dans le pays, c’est un désaveu, mais il ne parle pas de ça. Aucun guinéen ne s’attaque à la Constitution à part les malhonnêtes constipés qui sont autour de lui et qui veulent le maintenir même quand les lois de son pays sur lesquelles il a juré disent qu’on ne peut pas le maintenir. Voilà le fond du problème.

La Constitution est un document qui est constituée de deux parties, la première partie renferme les dispositions qu’on peut modifier et la deuxième partie est verrouillée dans l’article 154 qui dit que toutes les dispositions contenues dans l’article 154 ne peuvent pas faire l’objet de modification. Parce que ce ne sont pas des phénomènes de mode qui sont dedans. Les dispositions contenues dans l’article 154 ce ne sont pas des dispositions qui peuvent au fil du temps être dépassées pour l’instant, pour les prochaines décennies, pour les prochains siècles ; ces dispositions seront d’actualité, donc on ne peut pas toucher ça. Et c’est quoi ces dispositions ? La forme républicaine de l’Etat, depuis des millénaires les gens se sont battus pour s’affranchir du joug des monarques et la Guinée est un pays potentiellement au départ monarchique. Nous avons vu le Foutah Théocratique, nous avons vu l’empire du Manding où dans leur plus célèbre document qu’on a appelé le pacte de Kourkanfouga, il y avait la division des classes socio-professionnelles où on vous dit qu’un griot n’a pas le droit d’être un chef. Au XXIèmecet acte ne peut pas tenir et c’était la même compréhension du pouvoir et de la société au Foutah Théocratique, on a vu le royaume de Dinah Salifou, de Zégbéla Togba, donc nous sommes dans un pays qui est reconstitué à travers plusieurs autres morceaux qui étaient des royaumes, des empires, on a vu le royaume de N’dama ou la grand waliou de Thierno Ibrahima N’dama était un célèbre qui a été déporté au Congo Pointe-Noire. 

Donc aujourd’hui si nous considérons la forme républicaine de l’Etat dans une intangibilité de révision constitutionnelle c’est pour sauver la Guinée de replonger dans les velléités où il fallait encore disséquer le pays. Le principe de l’unicité de l’Etat, il vous souviendra qu’il y a une partie de la Guinée au temps de la révolution qui avait demandé la sécession, Sékou Touré a dit ‘’la Guinée est une et indivisible’’. Donc depuis le premier législateur ils ont maintenu cette forme dans la dimension intangible. Le principe de séparation et d’équilibre des pouvoirs, nous sommes une république, si les pouvoirs ne sont pas séparés il y aura une interférence dommageable entre les pouvoirs bien que cela soit consacré dans la constitution, bien que cette disposition soit insusceptible de révision, aujourd’hui le Président de la République a pris en otage l’Assemblée et le pouvoir judiciaire. Donc la Guinée n’est toujours pas à l’abri de l’appétit démesuré des politiques à vouloir contrôler les institutions contenues dans la Constitution. L’Assemblée fonctionne au gré des blocs politiques, vous avez vu la révision du code électoral quand deux blocs se sont réunis pour dire nous voulons que ces points soient dans la loi, on a dit à leurs députés mettez ça dans la loi alors que la Constitution dit que le mandat impératif est nul, ça veut dire qu’aucun député n’est tenu d’obtempérer aux injonctions de sa base. La dernière loi de la CENI, même le secrétaire général de l’Assemblée ne l’a pas vu, le Président de la commission loi qui est la commission mère qui est même issue du RPG, n’a pas vu cette loi, aucune commission n’a discuté de cette loi, elle est venue de la présidence au bureau du Président de l’Assemblée et elle a été parachevée dans la salle de plénière et ils ont adopté parce que chaque bloc a dit à ses députés votez pour et on nous sort une loi sur la CENI comme ça. Aujourd’hui on était obligé de mettre ses principes dans des dispositions qui ne peuvent pas faire l’objet de révision y compris la durée et la limitation du nombre de mandat du Président de la République. C’est ce dernier point qui fait baver toutes ces personnes parce qu’elles veulent extraire ça, créer des rallonges et dire que le Président de la République peut éternellement se présenter. Alors c’est là où ils ont tout faux. Parce que c’est déjà logé dans une chambre qu’ils ne peuvent plus extraire. Alors en dernier ressort lorsqu’ils ont envoyé des consultants juridiques à travers le monde entier, ils se sont encombrés de beaucoup d’autres consultants juridiques qui ont vu et revu la Constitution pour dire que cella elle est verrouillée, elle ne peut pas bouger, ils se sont dit d’accord lorsqu’on ne peut pas changer on fait dégager. Donc c’est la théorie du stanping, c’est-à-dire il faut amputer la Constitution, il faut la liquider et envoyer une nouvelle. Déjà ils ont rédigé une nouvelle Constitution, ils ont tout fini, ils ne veulent juste qu’une chose, créer la confusion dans l’esprit du guinéen et pouvoir installer leur nouvelle Constitution et je crois que s’ils s’amusent à ça ils mettent leurs propres pouvoir et la vie de beaucoup de citoyens guinéens en danger, parce qu’ils prendront faits et causes de toutes les revendications, les révoltes qui auront lieu et comme ils savent faire qu’une seule chose, réprimer dans le sang et par les balles et le peuple n’a pas peur donc ils en tireront l’entière responsabilité de cette brutalité et de ce crime. Déjà il serait prémédité parce qu’ils savent qu’on ne peut pas toucher à ça. S’ils touchent à l’intouchable et qu’il y ait crime ce qu’ils ont prémédité le crime. 

Les membres du CNT réunis au tour d’un collectif dont j’ai appartenu, j’étais le rapporteur de la Commission constitutionnelle se sont dit il n’y a pas mieux que nous pour dire qu’est qui est de l’esprit de la Constitution, pour l’avoir rédigée, pour l’avoir réfléchie, pour l’avoir discutée, amendée et comprise. Voilà notre démarche. Il est donc de notre devoir historique de nous impliquer pour dire à ceux qui n’ont pas compris que la Constitution est un instrument pérenne, on le met une seule fois, il est révisable à l’infini. La Constitution américaine a plus de 300 ans, elle n’a été révisé même pas 50 fois. La CENI on l’a traumatisé à chaque fois après élection il y a des revendications des blocs politiques, on supprime la CENI, on envoie une nouvelle CENI, on supprime la loi de la CENI qui est une loi organique, donc en terme hiérarchique après la Constitution ce sont les lois organiques mais on les modifie, on les supprime, on les fait jaser à la volonté des grands blocs politiques. C’est vraiment lamentable dans ce pays-là, c’est-à-dire que quand une loi n’arrange pas un bloc politique fort il crée tellement de bruit qu’il oblige les autres à dire d’accord on va trouver un compromis, et ils prennent le compromis ils le mettent dans la loi comme une disposition normative. Le compromis ne peut pas être une loi, la loi dispose, la loi exige, la loi elle est à l’égard de tous mais le compromis c’est entre deux blocs qui ont des intérêts opposés et qui s’accordent à dire ok on accepte ça on laisse tomber l’autre. Mais si la loi est faite à la dimension de ces deux elle ne protège que l’intérêt de deux blocs. Et le peuple de Guinée où est son intérêt ? Il n’a pas son intérêt, aujourd’hui tout le monde s’accorde à dire on va siéger mais tout le monde est conscient que siéger au-delà de son mandat est illégal. Ceux qui crient ici pour dire le peuple n’a pas été consulté il faut respecter la voix du peuple, le peuple a voté pour une Assemblée de 5 ans, après les 5 ans on refuse de donner la parole au peuple pour réélire encore une nouvelle équipe et ce sont les mêmes gens qui vous disent il faut respecter le peuple. Mais c’est une foutaise.

Que comptez-vous faire pour défendre cette Constitution ? 

D’abord rappeler le guinéen de cette notion de constitution. Nous avons fait un petit sondage d’opinion qui nous a permis de constater que 70% des cadres qui se disent intellectuels avec des diplômes allant du BAC à l’infini, ne connaissent pas les dispositions qui sont contenues dans la Constitution. Comment on peut dire qu’on peut donner une opinion sur telle ou telle chose de la Constitution quand l’élite du pays à 70% ne maitrise pas l’instrument dont ils discutent aujourd’hui. Tout le débat de la Guinée tourne au tour de cette Constitution et 70% des intelligents ignorent le contenu dont on parle. Donc notre premier rôle pédagogique est d’abord de sensibiliser les guinéens, leur apprendre c’est quoi la Constitution, c’est quoi le référendum, c’est quoi la souveraineté, c’est quoi la légitimité, quand ils vont comprendre, je pense qu’ils verront ceux qui animent ce débat comme des piètres petites personnes qui ne se sont mis que par l’intérêt du gain. Deuxièmement, on va prendre l’opinion nationale et internationale à témoin, donc nous allons partir au niveau des universités apporter l’enseignement, nous allons partir au niveau des chancelleries qui sont accréditées ici leur expliquer notre démarche et leur faire comprendre qu’ils n’ont pas intérêt à soutenir des tendances qui sont prohibées chez eux. Lorsque la chancellerie de l’ambassade de France soutient cet esprit de 3èmemandat, c’est en violation des droits universels de l’Homme et du citoyen. En France ça ne se fait pas, aucun homme politique n’ose soulever un débat comme ça, changer la Constitution en France même les fous n’osent pas faire ça ni aux Etats-Unis ni en Allemagne ni en Chine. La Guinée est située où dans l’hémisphère des pôles si nous on ose le faire ici ? Alors la démarche du CNT c’est de ramener tous les acteurs d’abord nationaux mais aussi les amis de la Guinée à une même compréhension harmonisée du contenu de la Constitution. Au-delà on va demander au peuple de défendre ces acquis. C’est le pourquoi de notre slogan ‘’Ne touche pas à ma Constitution’’.

Parmi les détracteurs de cette Constitution il y en a qui sont les anciens membres du CNT qui ont pris part à toutes ces activités que vous venez d’énumérer. Comment vous comprenez leur agissement ?

C’est malheureux. J’ai vraiment très honte pour eux. Je peux comprendre les politiques, vous savez la démarche des membres du CNT lorsque c’était que des politiciens qui piaillaient les membres du CNT n’ont pas à répondre à ça. Mais lorsque certains membres du CNT, pour donner cutis à ce mensonge, à cette affabulation, on a mis à contribution certains membres du CNT, c’est à ce moment que nous autres on s’est dit que nous sommes interpelés. Alors moi j’ai enlevé mon manteau d’homme politique, de leader du parti UMP, j’ai arboré mon manteau d’ancien rapporteur de la Commission Constitutionnelle. Cette Constitution je l’ai lue dans toutes ses dimensions, chaque mot je l’ai répété au moins une cinquantaine des fois en commission, en inter-commission et en plénière. Donc si un autre qui se dit être membre de la même chose, qui est passé par la même procédure vient soutenir une thèse contraire, alors si on se tait, c’est qu’on aurait démissionné. C’est une question de conscience, donc on s’est levé à ce moment-là pour dire que nous invitons nos autres confrères qui sont anciens membres du CNT et qui animent ce débat contraire à un débat télévisé, on invite tous les médias, on vient, on sort la Constitution qu’ils nous lisent la disposition qui n’est pas bonne et qu’il nous disent pourquoi eux ils sont à l’Assemblé depuis 5 ans et le Président en majorité dans leur majorité présidentielle, ils refusent de faire les modifications de ce qu’ils pensent être non conformes et aujourd’hui ils parlent de supprimer cette Constitution pour mettre une nouvelle. Nous invitons tous les anciens membres du CNT à un débat télévisé contradictoire, où ils viendront défendre que la Constitution actuelle est mauvaise, qu’elle nécessite d’être enlevée et on va parler de la notion de souveraineté, de référendum et toutes les notions qu’ils veulent. Donc qu’ils soient politiques ou de la société civile, tout constipé qui pense que cette Constitution doit être changé, modifié ou supprimé, il n’a qu’à venir à un débat scientifique. Il y a encore pire, la suppression de l’une des dispositions fondamentales consacrée à l’article 2 de la Constitution au préambule qui réaffirme que le crime économique est imprescriptible. Cette disposition les dérange parce qu’aujourd’hui c’est la course au nantissement, tout le monde vole, tout le monde pille, tout le monde gaspille et le pouvoir est en train de finir, il leur reste au rythme de l’horloge quelques semaines de survie légale alors ils sont dérangés, il faut trouver le mécanisme de supprimer dans la Constitution tous qui pourrait les rattraper parce que tout ce qu’ils ont amassé comme fortune, il n’y a plus de domaine maritime, tous les domaines du territoire maritime derrière les corniches, les plage et autres ils ont tous vendu. En 9 ans d’exercice du pouvoir nous sommes à 103 morts des militants de l’opposition, pas de justice, pas de recours rien de tout. Et ce sont les mêmes gens qui vous disent cette Constitution n’est pas bonne il faut la changer alors que même la mauvaise ils n’ont pas pu respecter. Alors la bonne qu’est-ce qu’elle fera ? C’est pire, moi je ne vois ni l’opportunité ni la pertinence de changer ce que vous pouvez modifier.

 

Entretien réalisé par Oumar Bady Diallo et Boubacar 1 Diallo

Pour Africaguinee.com

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Créé le Dimanche 07 avril 2019 à 13:38