Baydi Aribot parle : « Ce que je conseille à l’opposition… » (Interview exclusive)

Interview
Baidy Aribot
Baidy Aribot

CONAKRY- L’émission de nouveaux billets de 20.000 par la BCRG est-elle une ruse visant à faire la planche à billet dans le but de financer la campagne pour un troisième mandat ? Alpha Condé doit-il briguer un troisième mandat ? Baydi Aribot, 2èmevice-gouverneur de la Banque Centrale vient de briser le silence. Dans un entretien exclusif accordé à notre rédaction, l’ancien député uninominal de Kaloum parle également de son avenir au sein de l’UFR. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : la BCRG vient de mettre en circulation de nouveaux billets de 20000. Dites-nous quelle est l’opportunité de cette mesure ? 

BAYDI ARIBOT :Nous sommes l’institution d’émission de la monnaie guinéenne conformément à la Loi. A ce titre, nous avons l’obligation d’émettre de la monnaie fiduciaire dans le but d’assainir la circulation fiduciaire.  Comme vous le savez, la circulation fiduciaire est une facette importante d’une économie. Donc, la Banque Centrale étant l’institution qui a reçu mandat pour le compte de l’Etat de promouvoir la politique monétaire, a le pouvoir d’émettre de la monnaie fiduciaire pour permettre surtout aux agents économiques, que sont les ménages, les entreprises, les banques de disposer d’instruments monétaires fiables, crédibles et qui a cour légal dans notre pays. 

A cet effet, nous travaillons en permanence pour renforcer la monnaie guinéenne et lutter contre les contrefaçons monétaires. C’est pour cela, nous sommes amenés souvent à émettre des billets de banque de valeurs faciales différentes pour améliorer la circulation fiduciaire. Les billets de banque de 20000 de 2015 et de 2018 s’inscrivent dans cette logique. Notre objectif majeur étant de renforcer la confiance des agents économiques dans leurs transactions courantes dans le circuit économique.  

Voulez-vous dire que la mesure est beaucoup plus motivée par la sécurité ? 

Tout à fait ! Mais aussi la confiance et la crédibilité. Pour des raisons stratégiques, nous ne pouvons pas donner les dispositifs de sécurité que contiennent les billets de banque. Mais sachez simplement que des éléments de sécurité incorporés dans ces billets de banque pendant leur fabrication obéissent à beaucoup d’éléments technologiques très avancés. Toute chose qui nous permet de contrecarrer aujourd’hui les velléités de contrefaçon et de fabrication de fausses monnaies. Si vous regardez bien, il y a beaucoup de monnaies qui sont attaquées à travers le monde. Les plus attaquées c’est le Dollar et l’Euro. Les économies moins évoluées comme la nôtre, nous avons affaire à des contrefaçons de faible degré, mais qui a tendance à prendre de l’ampleur. C’est pourquoi, à chaque fois vous voyez des arrestations au niveau de la brigade de répression du grand banditisme dirigée par le Colonel  Thiegboro. C’est dire que c’est un phénomène qui devient récurrent. En tant que Banque Centrale, nous devons nous adapter à l’évolution de la technologie dans la fabrication de la monnaie fiduciaire pour lutter efficacement contre ces fossoyeurs de monnaie qui mettent les économies en danger. 

Pourquoi ce sont uniquement les billets de grandes valeurs qui sont concernés ? 

C’est parce que ce sont souvent des billets assez consommés, mais aussi ils sont les plus visés par les attaques des faux monnayeurs. Souvent aussi, la fabrication des billets à petite coupure et à petite valeur faciale n’intéresse peu les fossoyeurs.  Parce que ça demande beaucoup plus de moyens, de temps de leur part, en termes de volume, c’est beaucoup plus de billets. Par contre avec les monnaies à grande valeur comme les billets de 20000 et de 10000, c’est moins lourd. 

Les anciennes coupures de billets de 20 000 vont-elles être retirées ? 

Non ! Les deux peuvent circuler ensemble pour le moment. La circulation fiduciaire obéit à un circuit bien déterminé. Une fois que la Banque centrale émet, ça transite par les banques primaires, ou les institutions financières en général, ensuite ça va chez les agents économiques en amont. Et après une rotation dans le même circuit, ces billets reviennent à la Banque Central en transitant par le même le système bancaire. Pour résumé, c’est comme un serpent qui mord sa queue. C’est pourquoi on aime souvent appeler une Banque Centrale la Banque des banques. 

Il faut reconnaitre qu’en Guinée, la manipulation de la monnaie fiduciaire prend une part importante dans les transactions économiques due à la forte présence de l’Economie informelle et du faible taux de bancarisation du pays. Ce qui fait qu’il y a un risque important de la contrefaçon monétaire. 

C’est pourquoi la Banque Centrale est obligée d’assainir périodiquement la circulation fiduciaire en procédant à l’élimination des billets gâtés et des billets contrefaits, et la remise en circulation de nouveaux billets valides. Donc c’est une logique en matière de circulation fiduciaire. Tout obéit à un circuit bien déterminé. 

Certains observateurs voient cette mesure de la BCRG comme étant une ruse pour faire de la planche à billet massive en vue de financer la campagne pour le troisième mandat. Que répondez-vous ? 

(Rires), Ce pays est vraiment spécifique. On a besoin d’éducation, on a besoin d’informer les gens surtout vous au niveau de la presse. On aime politiser tout dans ce pays. Ce n’est pas une bonne chose. Il suffit aujourd’hui que vous souriez, certains vont penser que c’est un sourire de troisième mandat. Tout est devenu un problème de troisième mandat. Or, il faut dire à ces gens que la BCRG est la Banque de l’Etat. L’Etat guinéen est une institution publique qui est pérenne. Ceci étant, la BCRG n’agit pas en fonction des aléas de la politique politicienne du moment. Elle agit plutôt pour répondre aux besoins de la politique économique et monétaire. Nous travaillons pour rendre sain l’environnement économique du pays avec des actions concrètes dans la consolidation des fondamentaux de notre économie, en ayant comme objectif la lutter contre l’inflation et la stabilisation de notre monnaie par rapport aux monnaies étrangères, entre autres.

Souvent les gens confondent les fabrications de billets de banque à la notion de planche à billet. Certes, il y a lien, mais ce lien est insignifiant. La fabrication des billets de banque est plutôt liée à l’assainissement de la circulation fiduciaire. Quant à la planche, c’est une notion qui se rapporte plus aux conséquences néfastes d’une politique budgétaire mal maitrisée. Elle s’explique par une création monétaire excessive sans contrepartie dans l’Economie du pays. 

 L’un dans l’autre, le cas présent de l’émission des 20 000 en 2018 ne rentre pas dans cette optique. Puisque l’Economie guinéenne est bien tenue. Tous ses fondamentaux sont équilibrés. Certes, avec des insuffisances à certains niveaux. A titre d’exemple, la non-maitrise de nos recettes. 

Nous émettons toute la monnaie fiduciaire guinéenne en fonction des besoins de l’Economie. Non pas pour gérer la susceptibilité des politiciens qui ont peur d’un mandat supplémentaire en faveur du Président Alpha Condé. 

Est-ce que la Banque Centrale aujourd’hui a suffisamment de réserves de changes pour les importations ? 

Bien sûr ! D’ailleurs le critère de nos réserves de change est l’un des critères le plus appréciés par les institutions de Breton Woods (FMI-BM).  Avant nos réserves de change oscillaient entre trois semaines et deux mois d’importations. De nos jours, on dépasse largement les trois mois consacrés. Mieux, pour la première fois, dans l’histoire de notre économie, le dernier trimestre 2017 a vu notre balance de paiement excédentaire. Notre économie est en train de voir le bout du tunnel. Honnêtement. Cette stabilité va en graphique croissant. Certes les gens disent que ça n’a pas d’incident sur le quotidien du guinéen lambda. C’est une vérité. Mais, c’est parce que la demande est toujours forte et la population est croissante avec ses besoins. Ce qui fait qu’on ne peut pas avoir d’effets immédiats sur la vie de la majorité de nos compatriotes. 

Mais honnêtement, depuis cinq à six ans, l’économie guinéenne se stabilise positivement et évolue dans le sens des réformes souhaitées. Certes il y a un Yo-yo par an en termes de croissance et d’inflation, mais elle est relativement stable, et suit un graphique qui montre que le processus de croissance va à un rythme normal.  C’est ce qui fait que la Guinée a bénéficié tout récemment du renouvellement de la confiance de l’ensemble des bailleurs de fonds par rapport aux réformes économiques engagées depuis 2010.  

Par rapport au troisième mandat qui est de plus en plus présent dans les débats politiques. Quel est votre avis là-dessus ?  

Je ne voulais pas parler des sujets politiques parce que mon statut de vice-gouverneur de la BCRG me l’interdit, mais comme vous insistez, je suis à vous. 

Alors donnez-nous votre avis sur le troisième mandat… 

Pourquoi donner mon avis sur un sujet qui n’existe que dans le fantasme et l’imaginaire de ceux qui veulent en faire un débat ?  Pour moi ce débat ne se pose pas. En tant que membre d’une force politique, le jour où ce débat va se poser dans les instances de notre parti, je me prononcerais là-dessus. 

Le parlement auquel vous avez appartenu est aujourd’hui dans l’illégalité. Comment vous observez cette situation ?

Elle n’est pas dans l’illégalité.

Son mandat a expiré quand même…

Oui mais ce n’est pas parce que son mandat a expiré qu’on est dans l’illégalité, non pas du tout. Il y a beaucoup de pays aujourd’hui dits démocratiques qui sont dans la même la situation de prolongement de mandat des députés que la Guinée. Certes il faut un nouveau parlement, mais personne ne vous a dit qu’il n’y aura pas d’élections législatives dans les mois à venir. En attendant, la République doit fonctionner avec ses institutions, y compris l’institution parlementaire. Il faut qu’on sorte des débats de caniveaux à ce niveau qui ont toujours tendance à voir des complots partout. La Guinée est une République. 

Les députés sont élus pour un mandat de 5 ans, vous êtes d’accord ? 

Oui, ils sont élus pour 5 ans mais ça veut dire qu’après 5 ans il n’y aura pas d’élections. Est-ce qu’on vous a dit qu’ils seront là-bas en permanence ? Est-ce qu’on vous a dit que l’Etat ou le Gouvernement refuse d’organiser les élections ? On vous a dit en attendant que les élections arrivent nous allons proroger le mandat des députés. Alors je ne sais pas pourquoi les gens se mettent à crier de gauche à droite en faisant des liaisons avec un éventuel glissement du mandat présidentiel. 

A vrai dire, les discours des politiques guinéens sont devenus ni constructifs, ni instructifs encore moins éducatifs. Ils sont redondants et inaudibles. Aujourd’hui, les gens ont oublié ce pourquoi on entre en politique, à savoir servir son pays dans la loyauté et ne prendre en considération que l’aspiration profonde des populations. C’est pourquoi ces derniers temps je me suis un peu éloigné de ce débat. Et le danger c’est l’absence d’une opinion publique crédible qui a été remplacée par une opinion publique ethno-stratégique en la propension où chacun ne pense qu’à servir l’intérêt de sa communauté par rapport à l’intérêt général. 

A votre avis l’opposition doit-elle continuer de siéger ou pas au parlement ?

Pourquoi pas ? Moi j’encourage l’opposition à aller siéger parce que je ne vois pas d’autres inconvénients à cela. Qu’on me donne un seul élément objectif pour dire pourquoi l’opposition ne doit pas siéger. 

On vous a suivi sur les réseaux sociaux sur le cas de Matoto. Lorsqu’il y a eu la première élection vous vous étiez précipité à féliciter Toss, alors que Kélémodou réclamait la victoire. Quelle lecture avez-vous sur ce dénouement ? 

Mais il y a eu une élection. Qui a gagné ? Toss a gagné et l’opposition a le droit de boycotter. Il faut lui concéder ça. 

Vous êtes toujours secrétaire exécutif de l’UFR sauf que quelquefois on a l’impression que vous prenez des positions contradictoires à celles de votre formation politique. Explique-nous ça ! 

Est-ce que dans un parti politique il doit y avoir un débat à sens unique ? Non je ne le pense pas. Il doit y avoir des courants de pensées et de positions dans les partis politiques. C’est ça aussi la démocratie et le libre arbitre. Un parti politique n’est pas une secte ou une société privée à responsabilité limitée. Et à l’UFR c’est ce qui prévaut. 

Certes mon statut de vice-gouverneur de la Banque Centrale ne me permet pas de descendre dans les débats politiques politiciens, mais je garde jusqu’à nouvel ordre mon appartenance à l’UFR. Et mieux j’ai mon opinion à dire sur la vie de mon parti et sur les positions que le pari peut prendre. Même si on ne met pas la contradiction en public, mais le débat est à cours légal à l’intérieur des instances du parti. 

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Mercredi 13 Février 2019 à 12:20