Présidentielle en RDC : les Etats d’Afrique australe mettent la pression en demandant un recomptage

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Contre toute attente, la victoire de Félix Tshisekedi sur Martin Fayulu, l’autre opposant qui faisait figure de favori du scrutin, a été annoncée le 10 janvier.

La Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), une organisation régionale d’Afrique australe, a accentué dimanche 13 janvier la pression sur la Cour constitutionnelle de la République démocratique du Congo en demandant un recomptage des voix de l’élection présidentielle du 30 décembre, contestées par une partie de l’opposition.

Le président zambien, Edgar Lungu, président en exercice de la SADC, a annoncé que l’organisation avait pris note des « sérieux doutes » portant sur les résultats provisoires et estime « qu’un recomptage permettrait de rassurer à la fois les vainqueurs et les perdants ».

Contre toute attente, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la République démocratique du Congo a annoncé jeudi 10 janvier la victoire de Félix Tshisekedi, 55 ans, fils de l’opposant historique Etienne Tshisekedi, sur l’autre opposant qui faisait figure de favori du scrutin : Martin Fayulu, afin de succéder à Joseph Kabila, 47 ans, au pouvoir depuis l’assassinat de son père, en 2001.

Selon les résultats provisoires, M. Tshisekedi a obtenu 38,57 % des voix, contre 34,8 % pour M. Fayulu. Mais ce dernier a immédiatement dénoncé un « putsch électoral » du président sortant avec la « complicité » de M. Tshisekedi, et a revendiqué la victoire avec 61 % des voix. Il a déposé vendredi un recours devant la Cour constitutionnelle, qui a huit jours pour l’examiner.

« Enlever les doutes »

En demandant un recomptage, la SADC, qui a aussi appelé les dirigeants congolais à « considérer un accord politique négocié en vue d’un gouvernement inclusif », va plus loin que le reste de la communauté internationale. La SADC comprend notamment l’Afrique du Sud et l’Angola, qui ont des intérêts économiques en République démocratique du Congo (RDC), autre membre de l’organisation. Elle avait envoyé une mission d’observation le 30 décembre en RDC et avait estimé que le « processus électoral s’est relativement bien déroulé ».

L’Union européenne a demandé « la publication des procès-verbaux de chaque centre local de compilation des résultats ». Les Etats-Unis ont réclamé une « clarification » et exhorté toutes les parties au calme, comme l’Union africaine ou les Nations unies (ONU).

La prudence internationale à l’égard des résultats fournis par la CENI tient aux objections de la toute-puissante Eglise catholique, qui a elle aussi demandé à l’ONU la publication des procès-verbaux du scrutin « pour enlever les doutes ». Selon la Conférence nationale épiscopale du Congo (Cenco), les résultats de la CENI « ne correspondent pas » aux données recueillies par les 40 000 observateurs qu’elle affirme avoir déployés le jour du vote.

« Comme tous les dimanches », M. Fayulu s’est rendu dans la matinée à l’église protestante Philadelphie. « Notre foi est intacte, inébranlable. Parce que le peuple a décidé et la volonté du peuple sera réalisée », a-t-il confié à la sortie, les autres paroissiens saluant ses mots d’un amen.

Devenus au cours de la campagne de farouches rivaux, MM. Fayulu et Tshisekedi ont la particularité de fréquenter tous deux cette même église. Mais ce dernier, très discret depuis la publication des résultats, ne s’y est pas déplacé dimanche.

« M. Tshisekedi sera le faire-valoir de M. Kabila »

M. Tshisekedi doit lentement prendre la mesure du défi qui l’attend s’il est confirmé président du plus grand pays d’Afrique subsaharienne, aux énormes ressources naturelles mais marqué par de nombreux conflits internes et deux guerres entre 1996 et 2003.

A l’Assemblée nationale, les forces favorables au président sortant, Joseph Kabila, au sein de la coalition Front commun pour le Congo (FCC) ont largement obtenu la majorité (250 + 1), en empochant plus de 350 sièges, selon le gouvernement. La RDC est un régime semi-présidentiel où le premier ministre doit sortir des rangs du groupe majoritaire à l’Assemblée. M. Tshisekedi, qui obtiendrait une cinquantaine d’élus à la tête de la coalition Cap pour le changement (CACH), devrait ainsi être contraint à une cohabitation avec les partisans de M. Kabila.

M. Fayulu, dont la coalition, Lamuka, obtiendrait 80 députés, estime donc que « si M. Tshisekedi devient le président, c’est sur un strapontin qu’il va s’asseoir. Il sera le faire-valoir de M. Kabila, qui continuera à tirer les ficelles ».

Aux termes de la Constitution, M. Kabila ne peut prétendre à plus de deux mandats d’affilée. Mais, déjà assuré de devenir sénateur à vie, il envisage de revenir pour le prochain cycle électoral prévu en 2023. D’ici là, un accord aurait été passé avec M. Tshisekedi lui garantissant un droit de regard sur des postes stratégiques (défense, finances, gouverneur de la banque centrale), selon une source congolaise.

L’investiture du nouveau président est annoncée pour le 22 janvier, après la proclamation définitive des résultats.

AFP

Créé le Lundi 14 janvier 2019 à 9:11