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Mariage forcé : « J’ai vécu l’enfer avec mon mari… », raconte Aminata Chérif

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Polygamie

CONAKRY- Son histoire est un cas d’école ! Forcée d’épouser un sexagénaire polygame, Aminata Cherif âgée seulement de 21 ans a vécu « l’enfer » dans sa vie de couple. Entre violences sexuelles, sévices corporels et psychologiques l’histoire de cette fille frise l’insoutenable et relance de plus belle la question liée au mariage forcé. 

Pour avoir été amoureuse d’un jeune chrétien avec lequel elle a eu un enfant, son père adoptif l’a obligée à abandonner l’école et d’épouser de force un sexagénaire polygame. Le mariage a été célébré en 2017 à Kankan. C’est là que tout a basculé pour cette jeune fille. La vie de couple d’Aminata Cherif et son mari Mamady Keita a viré au cauchemar. Elle nous a confié son histoire. Selon elle, tout a commencé en 2010…

« Je sortais avec un jeune chrétien.  5 ans après je suis tombée enceinte. Quand les parents se sont rendus compte et ont su que c’est un jeune chrétien, ils se sont opposés à notre relation. Tous les jours c’était des disputes en disant que j’ai honni la famille en tombant enceinte d’une personne de religion différente à la nôtre. Ma maman aussi était également victime parce que le mari de ma mère c’est mon oncle. Elle s’était remariée à ce dernier après le décès de mon père. Je le considérais comme mon papa. Il m’avait d’ailleurs demandé d’avorter, j’ai refusé. Après mon accouchement, j’ai accepté de donner l’enfant à son père. Comme c’était la condition qu’avait posée mon papa pour pouvoir intégrer ma famille à Conakry. Je suis partie à Kankan pour le mariage d’une de mes cousines, entre-temps, mon papa avait déjà négocié et planifié mon mariage avec un vieux de 60 ans sans m’informer.  Quand j’ai appris, je me suis opposée en leur expliquant que je compte finir mes études d’abord. Il m’a répondu que c’était non négociable, que je veuille ou pas je vais me marier avec ce polygame. Le mariage a eu lieu sans mon consentement. Mais après, ça n’allait pas avec mon mari », a expliqué Aminata.

Cette jeune femme se souvient des violences verbales et sexuelles qu’elle a subies à Kankan, orchestrées par  son mari et ses deux  coépouses. Ce n’est pas tout. Elle subissait des menaces venant de sa famille biologique. 

 « Il me forçait à faire l’amour avec lui, des fois il me frappait. Ses deux femmes aussi criaient contre moi. Un jour il y a une qui m’a versé de l’eau chaude. Ma Maman était informée de tout cela mais elle ne pouvait rien faire. Son mari qui a organisé le mariage la menaçait. Mon papa quand il prend une décision, personne ne peut lui faire changer d’avis. La famille s’en foutait de moi et personne ne venait me voir. C’était l’enfer, on me frappait. Je l’ai vécu pendant trois à quatre mois.  Ça n’allait pas du tout », se souvient Fatoumata Cherif.

Suite à ces sévices corporels et psychologiques, elle a décidé de s’en fuir. Elle a quitté Kankan tard la nuit pour revenir à Conakry.

« Après quelques mois, la dame dont on m’a confié m’a aidé à m’en fuir parce qu’elle ne pouvait plus supporter tout ce qu’on me faisait.  J’ai quitté la maison à 2 heures du matin pour venir à Conakry », a-t-elle expliqué.  

Aujourd’hui, recherchée par son père qui souhaite la ramener chez son mari, elle dénonce le mariage forcé et la déscolarisation de la jeune fille. Aminata Chérif refuse de rejoindre sa famille de crainte d’être ramenée à Kankan où elle a vécu l’enfer.  

« Pour le moment, je ne peux pas intégrer la famille, parce qu’ils sont à ma recherche, je suis obligée de me cacher quelque part où personne ne peut me retrouver. Je veux avoir le bonheur et la paix. Ce n’est pas facile d’être éloigné de sa famille et se sentir abandonné par tes parents», a regretté Aminata Cherif qui considère ce problème comme un cas de famille. Pour le moment, la jeune fille dit ne pas vouloir transférer son problème au niveau de la justice.

 

Bah Aissatou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 31 11 14

Créé le Vendredi 04 janvier 2019 à 13:09

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