Bah Oury prévient : « Il faut faire très attention dans l’utilisation des forces armées… »

Réquisition de l'armée dans le cadre du maintien d'ordre à Conakry
Bah Oury
Bah Oury

CONAKRY- Bah Oury n’est pas content ! L’ancien Ministre de la Réconciliation nationale n’approuve pas la décision du Gouvernement de réquisitionner l’armée dans le cadre des opérations de maintien d’ordre à Conakry. 

Au micro d’un journaliste de notre rédaction, Bah Oury propose ses solutions pour renforcer la sécurité à Conakry, notamment lors des manifestations politiques.

 

AFRICAGUINEE.COM : M. Bah Oury quelle appréciation faites-vous de cette décision du Gouvernement d’impliquer l’armée dans le rétablissement de l’ordre à Conakry ?

BAH OURY :Personnellement, j’estime qu’il ne faudrait pas utiliser l’artillerie lourde pour écraser une mouche. En d’autres termes, la présence de l’armée n’est pas opportune dans le cadre du maintien d’ordre. Les forces de police et de gendarmerie sont suffisantes pour assurer le maintien de l’ordre dans la capitale. Mais là où le bas blesse, c’est parce qu’en réalité la loi n’est pas appliquée. Lorsque des gens organisent une manifestation, la loi prescrit qu’il faut donner les noms des organisateurs. Ils sont responsables au regard de la puissance publique des dérapages qui surviendraient par la faute des manifestants. Ça c’est un élément extrêmement important.  Dans le même ordre d’idée, les forces de défense et de sécurité sont chargées de veiller à la sécurité sans exclusion de tous les citoyens et assurer aussi la sécurité de leurs biens. 

Mais à chaque fois qu’on a vu des dérapages, des meurtres, du banditisme, en aucune fois les organisateurs et les commanditaires n’ont été interpellés. Donc, cela veut dire il y a un laisser-aller coupable qui permet de cultiver l’impunité. Parce que dans le cas d’une manifestation, s’il y a des dérapages, des morts aussi bien les forces de l’ordre impliquées que les organisateurs et les commanditaires doivent être entendus par la justice, par la manière la plus équitable, la plus transparente. Malheureusement cela ne s’est jamais fait.  Je considère qu’n réalité, dans le cadre du maintien d’ordre, rien n’a été fait de manière systématique et de manière rigoureuse pour assurer la sérénité au niveau des populations.

Parallèlement à ses patrouilles il y a des PA qui ont été installés tout au long de l’axe Hamdallaye- Kagbelen, ne craignez-vous pas des bavures ? 

La seule chose dans le cas d’espèce c’est implication de l’armée. Les forces de police et de gendarmerie peuvent coopérer pour assurer le maintien d’ordre dans la capitale. Personne n’aura à redire par rapport à cette disposition qui est tout à fait normal. Mais l’implication de l’armée ouvre une montée en escalade. Dans un contexte où il y a des organisateurs, des manifestants qui sont des provocateurs qui veulent que le pays s’embrase, si vous impliquez l’armée dans ce cadre qui n’a pas été formée pour assurer le maintien d’ordre, vous leur donner le prétexte d’obtenir ce qu’ils veulent,  à partir de ce moment-là c’est la stabilité de la Guinée qui risque d’être complétement anéantie. 

Donc, il faut faire très attention dans l’utilisation des forces armées dans le cadre des maintiens d’ordre qui peuvent être assurés dans le contexte actuel par la gendarmerie et la police.  Mais il faut que de part et d’autres qu’il y ait une implication effective et rigoureuse de la justice pour que les organisateurs des manifestations et leurs commanditaires soient  interpellés  lorsque les manifestants dérapent par rapport à la violation du caractère pacifique de cette manifestation.  Si on fait cela, l’ordre sera rétabli à Conakry et on préservera la vie et la sécurité des citoyens.

Vous suggéreriez donc aux autorités de revoir cette décision et mettre l’accent sur l’aspect judiciaire ?

L’aspect judiciaire de manière équitable et sans partialité c’est l’élément de base. Mais si on n’utilise pas la première disposition légale, on veut utiliser une disposition maximale. Cela veut dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Donc appliquons les choses correctement en commençant par le commencement et à partir de ce moment, on tirera les leçons des expériences pour voir  si cela suffit ou pas. Mais en ce qui me concerne, c’est largement suffisant. 

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 112

Créé le Jeudi 22 novembre 2018 à 10:31