O.B, victime de viol au stade de Conakry : "C’est un jeune béret rouge de teint clair, il m’a tout fait…" (Interview)

Massacre du 28 septembre 2009
O.B, victime de viol au stade de Conakry en septembre 2009
O.B, victime de viol au stade de Conakry en septembre 2009

CONAKRY-Agée de 50 ans au moment des faits et mère de 5 enfants, madame O.B est l’une des victimes de viol le 28 septembre au stade du même nom en 2009 à Conakry. 9 ans après ces douloureux événements qui ont endeuillé plusieurs familles guinéennes, cette survivante est revenue sur cette journée noire au cours de laquelle plusieurs femmes ont été violées en pleine journée dans la capitale guinéenne. Rencontrée par un journaliste d’Africaguinée.com, Madame Barry explique que c’est un « enfant de rien du tout », un béret rouge de tint clair qui l’a violé. Et elle ajoute qu’elle est restée couché sur des cadavres jusqu’à 18h jusqu’à ce qu’elle soit retrouvée par les agents de la Croix-Rouge.

 

AFRICAGUINEE.COM : Neuf ans après ces douloureux évènements, est-ce que vous vous souvenez encore de ce qui s’est passé ce jour du 28 septembre 2009 au stade de Conakry ?

O.B : Les mots me manquent. Tout ce que je vais dire, de 2009 jusqu’à présent on se demande pourquoi il n’y a pas eu de justice, de réparation, de reconnaissance des victimes. De 2009 à 2018 ça va faire bientôt les 10 ans, donc vraiment nous souffrons, nous souffrons, nous avons fait des plaidoiries, on a fait des sit-in, on a fait tout pour que justice soit faite, jusqu’à présent moi qui vous parle j’ai des problèmes. A chaque fois que je dénonce, on me menace, on me demande même s’il y a eu les évènements du 28 septembre. Moi je ne peux pas me déshabiller devant vous aujourd’hui mais, moi je suis la vraie victime parce que je suis tombée sur les morts, les cadavres, de 7h à 18h 45 minutes j’étais dans l’enceinte du stade. Moi c’est la Croix-Rouge qui m’a mis dans le brancard et m’a amené à Donka. J’étais blessée, tabassée, molestée, mon corps était blessé par tout, tout est cousu. Donc aujourd’hui, on a des problèmes, il y a le manque de moyens, il y a beaucoup d’entre nous qui sont morts sans justice. Donc on se demande avec l’âge que j’ai, lors du 28 septembre j’avais 50 ans, aujourd’hui j’ai 59 ans, comment je serais demain (…). Aujourd’hui je soufre, donc il faut que justice soit faite, parce que nous nous souffrons. Je ne peux même pas dire parce que mon mari c’est tout dernièrement qu’il a eu confiance à cause des enfants. Ils (les enfants ndlr) ont dit que comme il veut se marier à deux femmes, c’est pourquoi il m’a laissé partir au stade et qu’il voulait me tuer ; Donc c’est à cause de ça qu’il a eu peur et il m’a approché à cause des enfants. Aujourd’hui je lance un appel à tous les niveaux pour que justice soit faite et pour nous aider de prêt ou de loin pour que les personnes morales arrivent à nous défendre sinon aujourd’hui nous souffrons.  Je ne sais même pas quoi dire (pleure)… J’ai des problèmes aujourd’hui je ne sais pas que faire. Aidez-nous !

Revenez sur ce que vous avez vécu ce jour…

J’ai même honte, j’ai peur avec les enfants aujourd’hui. C’est un enfant de rien de tout qui m’a tabassé, m’a molesté, j’ai les habits avec moi, j’ai la preuve avec moi. Je peux témoigner partout où besoin sera pour que justice soit faite. Moi j’ai été tabassée, molestée, regardez mon bras, l’épaule-là aussi est cassée, je ne peux pas travailler avec ça aujourd’hui.

On sait que vous avez été victime de viol. Vous vous rappelez combien d’hommes vous ont violé ?

C’est un gendarme, un béret rouge, qui m’a tout fait. Un rien du tout, de teint clair, je ne peux pas le reconnaitre mais je sais qu’il est de teint clair. C’est grâce à un jeune qui est venu le tabasser, il lui a dit on ne tape pas les femmes, cella c’est une vieille, il a répondu que ce sont les vieilles femmes-là qui sont en train de gâter la Guinée. Et ça, je n’oublierai jamais.

Comment est votre moral aujourd’hui ?

Moralement je suis touchée. Aujourd’hui les mots me manquent. Le moral est très bas parce que l’âge que j’ai aujourd’hui s’il n’y a pas justice je ne sais pas qu’est-ce que nous allons devenir demain.

Sur le plan social est-ce que vous êtes victime de stigmatisation ?

Sur le plan social même mes parents n’osent pas m’aborder aujourd’hui. C’est grâce à l’association AVIPA qui fait des sensibilisations, qui approche les parents pour les sensibiliser pour que nous soyons ensemble. Donc c’est à cause de ça sinon, ce n’est pas du tout facile parce qu’ils ont peur même de dire que je suis victime, ils ont peur d’avoir des problèmes. C’est grâce à la sensibilisation de cette association qu’on a un peu (…,) ; les mots me manquent, je ne peux rien dire (pleure).

Le 28 septembre reste pour vous et pour de nombreux guinéens une date inoubliable. Comment vous faites pour vivre avec de tels mauvais souvenirs ?

Ce n’est pas facile d’oublier ça parce que jusqu’à présent quand je pense à ce qui m’a été fait, des fois je n’arrive pas à dormir. C’est pourquoi l’AVIPA a cherché des médecins psychologues pour nous sensibiliser et faire les traitements. Aujourd’hui je suis prise en change par cette association, je suis les traitements. A chaque deux mois, il faut qu’on m’appelle parce que des fois je n’arrive pas à me souvenir, je suis traumatisée moralement.

Est-ce que ces évènements ont eu des conséquences sur votre vie de couple ?

Oui ! Parce que c’est grâce aux enfants, quand mon mari m’a rejeté pendant des années (…) ; Et les enfants ont dit comme il veut se marier eux ils vont récupérer leur maman. J’étais avec ma première fille pendant trois à quatre ans et à la cinquième année, en 2012 ils ont fait revenir leur papa sur les raisons et comme je suis vieille ils ne peuvent pas rejeter leur maman à cause de tout ce qui s’est passé c’est indépendamment de sa volonté. Déjà c’est les leaders qui ont dit d’aller. Et aujourd’hui même ces leaders-là ne pensent pas à nous pour nous aider. Donc quand je pense à tout ça je regrette parce qu’il ne fallait pas. Mais moi je crois que comme on a fait ça, de dire non à la candidature des militaires, pour moi ça allait s’arranger. Mais aujourd’hui grâce aux enfants le calme revient et le mari n’est même pas là et j’ai 5 enfants.

Avez-vous eu des troubles sanitaires ?

Oui ! Parce que avec les traumatismes que j’ai eus, aujourd’hui j’ai une paralysie faciale. Mon œil gauche je vois avec mais c’est flou. Ma bouche était penchée mais ça commence à aller avec les massages qu’AVIPA nous a donnés. Donc nous faisons des traitements thérapeutiques et la neurologie. Mon épaule-là (l’épaule gauche ndlr) il y a des bruits qui se font à l’intérieur, donc difficilement je travaille avec le bras-là.

Qu’exigez-vous de l’Etat guinéen ?

Nous demandons à l’Etat, comme le dossier est en avance, ils n’ont qu’à avoir le courage d’aider et de reconnaitre les victimes. Parce que partout dans les pays, regardez la Côte d’Ivoire aujourd’hui a eu la reconnaissance de leurs victimes, les fautifs ont demandé pardon. Donc l’Etat aussi n’a qu’à avoir le courage d’aider et de reconnaitre les victimes-là pour que justice soit faite et l’indemnisation de ces victimes soit faite aussi.

 

Entretien réalisé par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le Dimanche 23 septembre 2018 à 14:05

TAGS