Aboubacar Soumah : « Ce qu’El hadj Sékhouna Soumah a dit est tout à fait logique… »

Interview
Aboubacar Soumah, député uninominal de Dixinn
Aboubacar Soumah, député uninominal de Dixinn

CONAKRY- Le député uninominal de Dixinn vient à nouveau d’ouvrir la boîte à pandore. Aboubacar Soumah a qualifié la position exprimée par El hadj Sékhouna Soumah au sujet du contrôle de la mairie de Kindia de « logique ». L’ancien allié de Cellou Dalein Diallo évoque également dans cette interview le bicéphalisme qu’il y a en basse côte pour le poste de Kountigui. Il révèle également ses stratégies pour contrôler la mairie de Dixinn. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Vous courtisez Elhadj Mamadou Sylla pour le contrôle de la mairie de Dixinn. Dites-nous où en êtes-vous dans les négociations ?

ABOUBACAR SOUMAH : Si c’était une question à dévoiler, on l’aurait fait. Mais il faut dire que tous ceux qui ont eu un certain nombre de conseillers sont en train de courir derrière le faiseur de roi à Dixinn qui n’est autre qu’Elhadj Mamadou Sylla. Que ce soit l’UFDG, la coalition RPG arc-en-ciel ou même Mamadou Sylla qui pense qu’il peut être soutenu pour élire sa liste comme maire. Donc, comme rien n’est conclu à travers un accord politique définitif, on ne peut pas en dire plus.

Est-ce que votre combat n’est pas perdu d’avance quand on sait qu’Elhadj Mamadou Sylla et Cellou Dalein Diallo ont une alliance politique ?

S’ils avaient une alliance politique, ils auraient présenté une liste commune à Dixinn. Mais chacun a évolué sur sa liste. Ça veut dire qu’ils n’avaient pas une alliance électorale, peut-être qu’ils ont une alliance politique liée à d’autres questions. Si c’était une alliance électorale, ils auraient présenté une liste commune.  Dire que le combat est d’avance perdu est une terminologie politique qui n’existe pas dans notre vocabulaire. Sur le terrain, c’est tout à fait le contraire, parce que Mamadou Sylla est libre d’aller avec qui il veut selon ses intérêts politiques.

Qu’est-ce que vous avez comme avantages à votre avis ?

Premièrement, nous avons 14 conseillers sur 37. Nous avons gagné 14 quartiers sur 22. En fait, ma liste est première pour les élections communales à Dixinn. Deuxièmement, il n’y a pas un seul de ces candidats qui peut prétendre connaître la commune de Dixinn mieux que moi et qui a engagé de véritables actions de développement économiques à Dixinn plus que moi. Donc, si ce n’était pas des considérations irrationnelles ethno-politiques, je pense que personne, parmi tous les candidats, ne peut prétendre, sur le plan de l’efficacité, l’utilité économique, sociale, me dépasser. Parce que tout ce qui a été fait dans la commune de Dixinn dans les dix dernières années (…), ce sont les œuvres de l’équipe que je dirigeais.

Vous vous insurgez contre ce que vous qualifiez de « considérations ethno-stratégiques ». Que pensez-vous alors de l’implication des certains chefs coutumiers de la Basse Guinée dans le jeu politique ?

C’est aujourd’hui qu’on parle de l’implication des sages de la Basse Guinée dans le jeu politique, mais d’autres sages se sont impliqués dans les affaires politiques, il y a de cela longtemps. On a entendu à Conakry ici que c’est le tour du Foutah, de ceci ou cela. Des gens ont tenu ces propos, on a vu ici, lorsque deux fils (du foutah) à la tête d’un parti politique (UFDG) ne s’entendaient pas, c’est la coordination haali poular qui a pris l’avion à Conakry pour aller les réconcilier à Dakar. Pourquoi les gens ne l’ont pas critiqué ? Est-ce que la coordination haali poular qui est allée rencontrer Elhadj Cellou Dalein Diallo et Bah Oury n’a pas réglé des questions politiques ? Celui qui règle les questions politiques n’est-il pas politique ?

Pensez-vous donc qu’on fait un mauvais procès à Elhadj Sékhouna et Elhadj Mamoudou ?

C’est un mauvais procès parce que j’ai l’impression que les gens pensent qu’ils peuvent endormir tout le monde pendant que ce qu’ils font, dès que vous le faites, ils se mettent à crier. On le sait, la base même de l’UFDG est assise sur l’ethnie. Il faut être intellectuellement malhonnête pour ne pas le reconnaître. Tout le monde le sait.

Elhadj Sékhouna Soumah jure qu’un allogène ne peut pas diriger la mairie de Kindia qui est selon lui la capitale de la Basse Guinée. N’est-ce pas trop dire ?

Mais c’est tout à fait logique. Je l’ai dit dans mes communications. Si nous voulons être efficaces, les responsabilités locales doivent être confiées aux gens qui connaissent les coutumes des localités. Allez-y dans les dix préfectures du Foutah, constatez toutes les listes que l’UFDG a présentées au Foutah, est-ce que vous trouverez à la tête de ces listes un Soumah, un Bangoura, un Kaba, un Mansaré, un Traoré, un Sovogui à part Bah Diallo, Baldé ? Pourquoi chez nous alors ? Il faut qu’on ait le courage de le dire. Pourquoi chez nous ? Si nous voulons unir les guinéens, il faudrait qu’on regarde cet aspect.

 La basse Guinée est tout de même l’une des régions les plus cosmopolites du pays…

Avant d’être cosmopolite, il a bien fallu que les côtiers acceptent de recevoir les gens de partout. Alors qu’elle soit cosmopolite ou pas, les gens qui t’ont reçu ou qui ont reçu ton grand père ou ton arrière grand-père doivent être respectés. Parce que quoique tu fasses, même si tu es né là-bas tu ne peux pas maitriser les mœurs, les coutumes, les us de ces gens plus qu’eux-mêmes. C’est quand même clair ça. Tout pour moi, rien pour les autres, ça ne fonctionnera pas.

Le contrôle du trône du Kountigui fait objet d’une guéguerre entre Elhadj Mamoudou et Elhadj Sékhouna Soumah. Comment observez-vous ce bicéphalisme ?

Il n’y a pas de bicéphalisme. Elhadj Mamoudou Soumah, c’est mon grand frère, Elhadj Sékhouna Soumah, c’est mon oncle paternel. Cette incompréhension existe dans toutes les communautés en Guinée. Ceux-là ou celles qui mettront ces incompréhensions au grand jour, ce sont eux qui seront critiqués. Vous ne direz pas que cela n’existait pas au foutah, en haute Guinée ou en forêt. On finira toujours par trouver une solution fraternelle à ce pareil problème. Ce qui est sûr, nous essaierons de les réconcilier, nous les mettrons ensemble pour que nous partions ensemble.

Est-ce que des démarches sont en cours dans ce sens ?

Naturellement ! Depuis une semaine, nous sommes en train de démarcher. Même s’il faut mettre Elhadj Mamoudou Soumah en place demain, c’est tout à fait normal. Lorsqu’il sera mis en place par ce groupe de fils et filles de la Basse Guinée, nous essayerons de rapprocher les deux sages pour réconcilier et les mettre ensemble. Même dans une famille, entre le papa, la maman et les enfants, il peut y avoir de petits problèmes, mais cela ne veut pas dire que la famille est détruite.

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Vendredi 21 septembre 2018 à 13:25