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El hadj Moussa Diallo : « Comment j’ai réussi à m’intégrer en Belgique… » (Interview)

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Interview
El hadj Moussa Diallo
El hadj Moussa Diallo

BRUXELLES- El hadj Moussa Diallo est candidat aux prochaines élections communales belges. Au delà de la politique, El hadj Moussa Diallo qui est originaire de la préfecture de Gaoual, en Guinée, mène plusieurs autres activités. Dans cette interview, il parle de son intégration en Belgique, son combat politique, mais aussi son regard sur l’immigration qui touche de milliers de guinéens qui souhaitent rejoindre l’Europe, notamment la Belgique. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Vous êtes candidat aux élections communales du 14 octobre en Belgique, dites-nous sur quoi fondez-vous votre programme ? 

ELHADJ MOUSSA DIALLO : Merci pour l’opportunité que vous nous offrez à travers votre média  en ligne, qui est quand-même une référence en Guinée et au-delà. Nous remercions le directeur de publication et  toute l’équipe d’Africaguinee.com.

Effectivement, je suis belge d’origine guinéenne né à Gaoual. Je vis et travaille en Belgique depuis une quinzaine d’années. Mon engagement politique en Belgique remonte en 2012 et depuis , je me bats à l’intérieur du CDH pour essayer de faire avancer les convictions qui sont les miennes à savoir le vivre ensemble, le rapprochement des communautés, des cultures et des peuples issus d’horizons différents. Mais aussi pour impulser une coopération nouvelle entre mon pays d’origine et mon pays d’adoption basée sur le respect, le partenariat gagnant-gagnant et surtout sur la réciprocité des intérêts.

Actuellement je suis certes candidat pour une élection communale à Uccle avec un projet qui est le mien et un programme bien articulé. En 2014, j’ai été candidat pour le parlement fédéral sur la liste du CDH, ce fut un grand honneur mais surtout de l’expérience acquise que nous mettrons maintenant à profit dans cette nouvelle bataille électorale,  pour essayer de faire avancer les valeurs de l’humain. Mon projet s’articule autour de quatre axes majeurs :

 Le premier axe, c’est celui de l’éducation. Une éducation de qualité pour tous avec des écoles de devoirs  adapter aux besoins réels des jeunes. Si je prends l’exemple ici des enfants issus des regroupements familiaux, vous comprendrez aisément que ces enfants viennent avec un niveau assez faible. Donc il faut que nous prenions la relève pour faire le nécessaire afin que ces enfants aient un niveau conséquent et appréciable pour pouvoir suivre tout le cursus scolaire. Mon combat à ce niveau-là, est de faire en sorte que tous les enfants, quel qu’en soit leurs origines, leur milieu ou la profession de leurs parents, soient soumis aux mêmes règles et qu’ils bénéficient de la même chance. C’est-à-dire qu’un enfant issu d’un processus de regroupement  puisse demain être avocat ou médecin tout comme un enfant né ici (Belgique, ndlr). Voilà le sens de mon combat  qui connait une adhésion large,  parce que ce problème-là touche pratiquement toutes les couches de la société.

Deuxième axe de campagne que je revendique, c’est cette diversité dont je suis fondamentalement représentant. Je suis d’origine guinéenne, avec les particularités africaines dont je suis fier. J’évolue dans un milieu occidental avec ses valeurs, je n’ai pas à renoncer à ce que je suis pour  m’accaparer intégralement  de la culture  de mon milieu d’accueil. J’ai à trouver le juste milieu,  en conciliant ces deux cultures, ces deux horizons.  En m’inspirant de Ma propre expérience, je voudrais établir un pont de coopération utile et nécessaire entre les collectivités locales africaines et celles de la Belgique. D’ailleurs depuis 2014, je pilote un projet  avec notre association ADG,  dans ma ville d’origine qui est Gaoual, la réalisation de latrines publiques dans les sous-préfectures. Il y a aussi le volet du projet qu’on a dénommé « un puits par village », où est-ce qu’il y a la nécessité. Actuellement ce projet pilote tourne autour de Gaoual et dans les sous-préfectures. Si Dieu m’en donne les moyens j’élargirais  à d’autres régions d’Afrique.  

 Le troisième axe de mon combat communal est pour la dignité humaine :  Je pense fondamentalement qu’un logement décent pour des familles, qui parfois ont des revenus assez limités est une priorité. Je ferais de telle sorte que chaque citoyen de cette commune puisse disposer d’un logement qui lui garantit la protection de sa dignité. Les personnes âgées ont  droit au repos dans des homes où ils se sentent valorisées et respectées pour tout le service rendu à la collectivité.

Le quatrième axe et non des moindres, est la culture. L’aspect culturel est très important dans sa vulgarisation. La culture doit être un outil d’échange, de rassemblement. Elle doit être un outil de rapprochement en lieu et place des clivages. Partant donc de là, je m’engage si les électeurs d’Uccle m’entendent et me donnent leur confiance, de faire  en sorte que chaque enfant dispose « d’un pass culture et sport gratuit », qui sera sous forme d’abonnement pour le théâtre,   pour d’autres activités culturelles et sportives. Voilà les quatre axes majeurs de ma campagne.

Quelles sont vos chances de gagner à ce scrutin ?

J’ai autant de chance pratiquement que tout autre candidat. Lorsqu’un Homme va à une élection, il part avec la conviction qu’il a un plus à apporter pour l’amélioration des conditions de vie des gens. Il faudra les convaincre, certes notre commune n’abrite pas une forte diaspora africaine, cependant ma conviction me porte au-delà de ma base naturelle ;  ma conviction me porte justement dans ce rapprochement entre les différentes cultures. J’y crois et je pense que j’ai une chance d’être élu et prions tous pour que cela soit une réalité au soir du 14octobre 2018.

Est-ce que l’intégration a été facile pour vous en Belgique ?

L’intégration est un schéma qu’il faut voir sur un angle personnel, chacun a pratiquement sa propre expérience. Cependant il n’est jamais facile de s’intégrer, c’est un combat permanent. En ce qui me concerne, j’ai choisi le juste milieu.  Je suis arrivé en Europe, j’avais quand-même plus de 20 ans, avec un bagage culturel et éducationnel. J’ai choisi comme je vous l’ai dit le juste milieu, alliant  justement le meilleur de ce que j’ai appris en Afrique et  ce qui est meilleur ici.

Ceux qui se perdent généralement, sont ceux qui ont renoncé à ce qu’ils avaient, c’est vraiment une erreur. Il y a du bien dans notre éducation et notre culture comme il y a du bien dans celle des autres. L’intégration est un combat du quotidien.

La question d’immigration occupe une place de choix dans le débat politique notamment en Europe actuellement. Est-ce que cette question a une place dans votre programme et comment résoudre définitivement ce problème de l’immigration clandestine ?

Il faut d’abord replacer le sujet dans un contexte. Dans le cadre d’une élection communale, les dispositions en matière de droit de séjour, d’asile ou d’entrée ou de sorite du territoire sont des dispositions fédérales. Donc au niveau des élections du 14 Octobre 2018, le débat sur l’immigration en tant que tel ne se pose pas. C’est une élection où son champ d’application est la réalité de chaque citoyen de la  Commune. Cependant, nous CANDIDATS issus de l’immigration, sommes  confrontés à cette question de façon récurrente.

Pour moi, l’immigration clandestine massive peut être combattue (…), depuis l’aube des temps, l’Homme va à la recherche du meilleur, cela ne va pas s’arrêter demain. Il faudrait aussi qu’on dédramatise certaines choses, il y a des idées préconçues et des préjugés assez rependus. Il faut se dire que l’immigration n’est pas UNIQUEMENT, cette image de ces africains qui débarquent sur les côtes de Lampedusa et ailleurs.  Il y a aussi l’immigration  réussie, qui participe au développement de leur pays d’accueil. Il est important de souligner cela.

Nous avons ici en Belgique des gens qui issus de cette diaspora africaine, qui sont des avocats, professeurs, hommes politiques ou des médecins. Il faut que cela soit signalé pour qu’on ne résume pas seulement à l’immigration comme des gens qui s’échouent à Lampedusa ou ailleurs.

Fondamentalement, si les Etats africains s’organisent en mettant l’accent essentiel sur la formation et la mise à l’emploi, nous arriverons progressivement à résorber le problème. C’est un cri de désespoir quand vous voyez un adolescent qui, au risque de sa vie prend une embarcation de fortune pour vouloir atteindre un eldorado qui n’en est pas un. Ce qu’il a  en réalité, perdu tout espoir dans son pays de départ.

Nos Etats, en lieu et place de certains budgets que nous connaissons faramineux pour des secteurs non essentiels, devraient revoir leur politique pour essayer de former les gens et de créer des conditions de travail. Je m’en vais vous dire que l’exil n’est pas une chose facile.

En Belgique il y a une explosion du nombre des demandeurs d’asile et parmi eux des compatriotes guinéens. Que pensez-vous de la politique d’immigration de ce pays ?

Si vous dites que ce taux explose en Belgique, relativisons. Ce pays reçoit en effet beaucoup de demandeurs d’asile d’origine guinéenne et bien d’autres pays ; Actuellement nous avons un gouvernement de droite qui est assez dur sur les Lois et règlements en matière d’immigration. Cependant, humaniste que je suis, je ne peux prôner un durcissement d’une politique qui va à l’encontre du respect de la dignité humaine. L’individu, dans sa nature est amené à chercher le meilleur, si ce meilleur est ailleurs il est tout naturellement tenté d’y aller.

Les gouvernements occidentaux doivent se mettre ensemble,  pour essayer de définir de meilleurs politiques de coopération et de partenariat avec les pays d’où viennent massivement les immigrés. Il est impératif que nous mettions tous l’accent sur la formation qualifiante et la mise à l’emploi à travers un soutien renforcé et sérieux de l’Europe.

Il ne faut pas non plus voir ces quotas de représentation de l’immigration comme étant un envahissement. D’ailleurs ceux qui viennent d’Afrique et d’ailleurs représentent très peu par rapport à la population nationale. Nous devons aussi avoir en mémoire que les pays de l’Europe à un moment donné ont connu des difficultés liés soit à des guerres ou liés à une dictature. Il a fallu donc à ce continent un plan Marshall pour pouvoir permettre à ces pays de se remettre en ordre de marche.

Pour ces élections, vous êtes sur quelle liste ?

Je suis 18ème  candidat sur la liste N°1 du CDH  (Le Centre Démocratique Humaniste) dans la commune d’UCLE. Cette liste est emmenée par Madame Céline Fremault, Ministre Bruxelloise, une dame humaniste qui se bat pour les valeurs de liberté et d’équité.

Merci Monsieur !

C’est à moi de vous dire Merci et je sollicite les douas et  prières de la part de tous mes compatriotes guinéens!

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655311 112

Créé le Dimanche 16 septembre 2018 à 11:30