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Un accord in extremis (Par Habib Yembering Diallo)

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Libre opinion
Habib Yembering Diallo
Habib Yembering Diallo

Dans un contexte marqué par une contestation tous azimuts, le gouvernement a finalement lâché du lest dans son bras de fer avec l’opposition. Cette dernière était déterminée à braver l’interdiction de manifester ce jeudi. Les propos tenus de son porte-parole en disaient long. Le président du Bloc Libéral, et nouveau porte-parole de cette opposition, avait appelé les militants à « résister contre la tyrannie ».

Devant la détermination de l’opposition à défier le pouvoir, le  ministre de l’Industrie, Tibou Camara et le président du groupe parlementaire de la majorité, Amadou Damaro Camara, se rendent au quartier général de l’UFDG pour faire part au chef de l’opposition de la volonté du pouvoir d’accéder à leurs revendications. Joignant l’acte à la parole,le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation et son homologue de l’Industrie et des PME ont paraphé le nouvel accord.

Cet accord stipule entre autres, le partage des communes qui font l’objet de contentieux électoral comme Durbréka et Kindia. La première revenant au parti au pouvoir et la seconde à l’opposition. Il y a aussi l’indemnisation des victimes des différentes manifestations ou la libération des prisonnierspolitiques.

Si les Guinéens se félicitent de cet accord, qui annule de facto la marche prévue ce jeudi, nombreux sont ceux qui déplorent le fait que, désormais, le consensus devienne la règle et la loi l’exception. Mais au-delà de cette polémique, il y a une réalité : celle qui atteste que la seule entité que le pouvoir craint dans ce pays c’est l’opposition. En particulier l’UFDG dont les militants, en dépit de tout, continuent à répondre favorablement à l’appel du principal opposant au régime en place.

Le pouvoir est parvenu à étouffer la dynamique enclenchée par les forces sociales. Le syndicat ne parvient pas non plus à mobiliser les travailleurs. Du coup, l’opposition peut de nouveau estimer qu’elle reste et demeure la seule capable de faire bouger les lignes dans ce pays. D’autant plus qu’il y a une espèce d’hypocrisie dans le combat politique et social. Avec en particulier la société civile qui rejette et décline tout soutient de ses mouvements par l’opposition. Craignant sans doute d’être taxée de rouler pour cette dernière.

Comme dit le proverbe, « c’est le fin connaisseur de la grenouille qui connait celle qui boite ». C’est l’opposition qui connait le pouvoir. C’est elle qui peut lui arracher une parcelle de concession. Pour le moment si le syndicat avait ébranlé ce pouvoir au début de cette année, cette fois il fait preuve d’impuissance. Quant aux forces sociales, elles ont d’autres grains à moudre que la baisse du prix du carburant à la pompe. Emoussées par la répression, l’interdiction et désormais la corruption, elles semblent avoir capitulé.

Dès lors, seule l’opposition tire son épingle du jeu. Du moins l’UFDG. Car ce parti est le grand gagnant du nouvel accord politique. Confirmant ainsison hégémonie. Mais aussi la bipolarisation de la vie politique en Guinée. Désormais le parti du chef de l’Etat et celui du chef de file de l’opposition se partagent la gestion du pays au grand dam des partis qui, parfois, sont opposants le matin et partisans le soir.

Habib Yembering Diallo

Créé le Samedi 11 août 2018 à 13:08

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