Conakry : Pr Rafiou Diallo frôle la mort dans une attaque armée…

Insécurité

CONAKRY- L’insécurité bat son plein dans la capitale guinéenne, Conakry. Dans la nuit du lundi à mardi 25 octobre 2016, Professeur Rafiou Diallo agrégé en traumatologie et en chirurgie maxillo-faciale en service au CHU Donka, a été attaqué à son domicile sis à Yataya Centre dans la commune de Ratoma, par une bande de bandits armés.

Ce Professeur à la faculté de médecine de l’Université Gamal Abdel Nasser, a frôlé la mort de justesse avec sa famille. Les malfrats qui ont débarqué chez lui aux environs d’1 heure du matin, l’ont dépouillé de tout et l’on administré des sévices énormes. Outre le traumatisme qu’il traverse actuellement avec sa famille, ce chirurgien ressent des douleurs sur différente parties du corps. Pis, il ne sait encore s’il va retrouver l’usage de sa main droite avec laquelle il a l’habitude d’opérer pour sauver des vies, venir en aide à de pauvres gens. Et quand on lui tend le micro, il fond larmes…

Nous vous proposons ce témoignage troublant de ce médecin qui est encore sous le choc et qui craint pour sa sécurité. Pour des raisons de sécurité, nous avons flouter sa photo.

Racontez-nous dans quelles circonstances vous avez été attaqués ?  

Une bande de malfrats est venue dans deux Pick-up à mon domicile. Ils ont cassé les portes, ils sont rentrés avec des armes dans la maison. Ils nous ont tous mis par terre, les armes pointés sur les tempes, la poitrine.  Y compris les enfants. Ils dépouillé la maison et pris tout.

Quand ils sont rentrés, un d’entre eux disait que je viens de l’Europe, et que je suis là avec des Européens, j’ai de l’argent. Ils demandaient que je sorte cet argent pour leur remettre. Je leur ai dit que le Projet est initié par des guinéens mais nous n’avons aucun franc. Au contraire, c’est nous-mêmes qui sommes en train de nous battre pour acheter tous les médicaments pour faire réussir ce projet de prise en charge gratuite.

Ils sont tous pris. Ils ont commencé par les téléphones pour n’avoir accès à personne. Puis les chemises, culottes, télés, valises,  ils n’ont rien épargné. Ils ont tout chargé dans leurs véhicules… Je leur ai dit de prendre tout ce qu’ils veulent, mais de nous laisser en vie. Mon jeune-frère qui était à côté, ils ont pris Madame (son épouse, ndlr), ils sont sortis avec elle pour qu’elle dise à mon jeune-frère aussi d’ouvrir son appartement. Ils sont rentrés là-bas aussi. Ils ont dit à mon jeune-frère qu’ils m’ont déjà assassiné que s’il n’ouvrait pas la porte, qu’ils allaient tués les enfants. Ma femme qui avait l’arme braquée sur sa tempe a insisté pour que mon jeune-frère ouvre. Il a ouvert. Ils sont rentrés dans son appartement, ils ont pris ce qu’ils pouvaient prendre en violentant tout le monde.

En partant, ils ont dit qu’il faut kidnapper mon épouse pour que je paie une rançon, comme ils n’ont pas eu suffisamment d’argent. Puisque nous n’avions que la dépense à la maison. Ils se sont discutés longtemps entre eux. Certains voulaient retourner à la maison violer les filles, les bonnes qui étaient là, Dieu merci, ils ne sont pas entendus autour de ça. Ils ont finalement laissé madame rentrer à la maison.

Pensez-vous que cette attaque soit liée au Projet de la prise en charge gratuite que vous venez de lancer ?

Oui parce que ceux qui sont venus mêmes disaient que je viens de l’Europe et que je suis avec des Européens pour aider la pauvre population. Cela m’a bien étonné. Mais je leur ai dit que je suis médecin, je n’ai pas d’argents. Nous ne vivons pas de l’humanitaire, mais grâce à notre crédibilité, nous aidons les autres à être pris en charge gratuitement. C’est dommage. Parce qu’on a beaucoup de projets pour venir en aide aux populations dans le cadre de la prise en charge de la fente labio-palatine, mais aussi d’autres malformations. Lors de la cérémonie de lancement du projet, il y a eu des promesses de la part de certains que je ne vais pas citer maintenant, qui avaient dit que tous les malades qui ne pouvaient pas être traités en Guinée, ils allaient financer par le biais de leur ONG, les envoyer en Italie pour subir les interventions. S’ils nous laissent en vie, l’autre problème qu’on cherchera à résoudre, c’est le domaine de la chirurgie générale, l’ORL, la cancérologie…

Dans quel état vous vous trouvez aujourd’hui avec votre famille ?

On est très choqué. Parce qu’on n’a jamais vu une telle violence. On est une famille très modeste, paisible. C’est cette philosophie que nos parents nous ont inculqués depuis l’enfance. Dieu merci, on a pu garder le sang-froid. Quand ils sont venus, ils proféraient des injures, violentaient. Mais je leur ai dit de ne pas insulter, de ne pas s’énerver, parce qu’ils n’avaient que des enfants devant eux avec leurs parents. Je leur ai dit de se calmer et de prendre tout ce dont ils ont besoin et ne violenter personne.

Toute ma vie, je n’ai fait du mal à personne. Je passe mon temps à opérer des gens, je fais de mon maximum pour le pays, pour moi-même et pour ma progéniture. Je sais que tout se paiera après, mais pas sur cette terre-là. C’est ça ma philosophie. Je sais aussi que c’est la Philosophie de beaucoup d’autres cadres guinéens qui se battent matin et soir pour juste survivre, mais qui ne regrettent absolument rien. Parce qu’ils auraient pu passer toute leur vie en Europe ou ailleurs, mais on aime bien le pays, on aime aider les pauvres gens, mais faudrait-il qu’on soit sain et sauf pour le faire. Parce que, nous on a frôlé la mort. Les bandits ont fait 3 heures de temps à la maison.

Vous avez une bande autour de votre cou. C’est dû aux coups que vous avez reçus ?

Oui c’est dû aux coups que j’ai reçus. Ils ont voulu aussi m’étrangler. A plusieurs reprises, comme je disais de ne pas tirer sur quelqu’un, ils venaient pour me prendre au cou en menaçant de m’étrangler, devant les enfants. Aujourd’hui, les enfants font d’énormes cauchemars. Ils ne peuvent même aller à l’école, alors qu’ils tiennent beaucoup à leurs études. Ils sont traumatisés, ils passent le temps à pleurer, à sursauter. C’est indescriptible.

Avez-vous saisi la justice ?

Oui on a quand même porté plainte. J’espère que les autorités mettront une lumière autour de ça. Pour le moment nous sommes en train de gérer ce volet purement médical. Moi qui avais reçu beaucoup de coups, j’ai d’énormes douleurs. L’un des bras me fait très mal. Les douleurs quittent la région cervicale jusqu’à la main droite. C’est avec cette main que j’opère depuis toujours, mais aujourd’hui je ne sais pas quel va être son avenir.

Hier nuit, on ne pouvait pas rester à la maison. Parce que les enfants faisaient énormément de cauchemars. On était obligé d’aller ailleurs passer le reste de la nuit.

Seriez-vous favorables qu’on vous détache un agent pour assurer votre sécurité ?

Si ça peut résoudre le problème, c’est la meilleure des choses. C’est la sécurité avant tout. Même quand on n’a rien, tant qu’on est en vie, on peut apporter quelque chose.

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 31 11 12

 

Créé le Mardi 25 octobre 2016 à 20:19