Violences et mort d'homme à Bambéto (Conakry): le Colonel Ansoumane Camara « Baffoé » s’explique… (Interview exclusive)

Interview

CONAKRY- Qui est le Capitaine Kaly Diallo, l’auteur présumé de la mort par balles du jeune Thierno Hamidou Diallo ce Mardi 16 Août 2016 à Bambéto ? Cet officier de la police nationale guinéenne aurait-il agi sur instruction de sa hiérarchie ? Le Chef des unités d’intervention de la police nationale, le Colonel Ansoumane Camara dit « Baffoé », revient ici sur les circonstances de ces violences. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Colonel Ansoumane Camara bonjour !

COLONEL ANSOUMANE CAMARA : Oui bonjour !

Un policier de vos unités soupçonné d’avoir tiré sur le jeune Thierno Hamidou Diallo a été interpelé pour des enquêtes. Dites-nous dans quelles circonstances les faits se sont-ils déroulés ce Mardi 16 Août 2016 ?  

Selon l’information qu’on a reçue, hier aux environs de 17 heures 30 pendant que les marcheurs quittaient l’esplanade du stade, les taxis et muni-bus avaient repris la circulation, aux alentours du rond-point de Bambéto, des jeunes avaient barricadé la route et bloqué le passage. Les policiers sont venus pour libérer la route. Dans les échauffourées des coups de feu seraient partis et qu’un jeune qui serait au 3ème étage a pris une balle au niveau de la gorge.

Aussitôt informé, puisque la planification est faite de façon que chaque zone soit dirigée par un officier, l’unité est identifiée, pour des mesures conservatoires, j’ai interpelé toute la brigade qui était à ce niveau et dirigé par le capitaine Kaly Diallo. Après vérification, il s’est trouvé que le capitaine Kaly Diallo était porteur de PMAK. Je ne dis pas que c’est lui qui a tiré parce qu’on n’a pas la preuve, mais puisque les consignes n’ont pas été respectées, il a été interpelé. Les consignes étaient formelles, elles ont été verbales et écrites. Elles ont été distribuées à tout officier de maintien de l’ordre en disant que les armes de guerre sont interdites.

Toute arme non conventionnelle en maintien d’ordre était interdite. On est même allé jusqu’à dire aux responsables, aux chefs de brigades, aux chefs de sections, aux commandant de compagnie, de palper les éléments par véhicule et vérifier les véhicules. Si lui-même, en tant que chef d’un dispositif sort avec son PMAK, que le tir provienne de lui ou pas, jusqu’à preuve de contraire, il n’a pas respecté les consignes.Il été donc arrêté et déposé à la DPJ (Direction de la police judiciaire, Ndlr) pour des enquêtes. Il est en train d’être entendu sur PV (procès-verbal, ndlr) et il se peut que dans les heures ou jours qui suivent, qu’il comparaisse devant le juge. C’est malheureusement ce qui est arrivé, sinon toute la journée, de 8 heures jusqu’à 15 heures, 17 heures tout allait bien, les gens retournaient tranquillement.

A l’inverse, l’opposition accuse pourtant les policiers d’avoir bloqué le passage vers Bambéto pendant que certains manifestants cherchaient à regagner leurs domiciles. Que répondez-vous ?

Vous savez, en pareil cas, tout peut se dire. L’un dans l’autre, on ne peut donner raison qu’à l’opposition parce qu’à partir du moment où il y a déjà un mort par balles, on ne peut dire que ça. Mais à tous les niveaux, il s'agit des cas isolés. Si des policiers ont fait ça, ce n’étaient pas ça les consignes qu’ils ont reçues. Au contraire, on leur dit dans leur mission, quand les forces sont excessives sur vous, il faut décrocher. C’est-à-dire, replier, quitter les lieux. Parce que quelque soit « P », nous sommes là pour la sécurité des mêmes populations. Si les mêmes populations exercent des forces sur nous qui ne nous permettent pas d’assurer leur sécurité ou notre propre sécurité, il vaut mieux quitter les lieux. Moi je préfère un policier qui prend la fuite devant la foule pour éviter des affrontements qui peuvent amener des pertes en vie humaine comme ce qui vient de se passer. J’insiste que ce sont des consignes fermes verbales et écrites qui ont été données. Il ne devait pas se retrouver sur le terrain de maintien d’ordre avec des armes.

Pour une fois qu’on arrête un policier soupçonné d’être l’auteur d’un meurtre, quelles sont les sanctions qu’il pourrait encourir ?

Puisqu’on parle de meurtre, c’est pénal. Pour le moment, il est présumé, mais s’il est inculpé, la sanction est prévue par le code pénal. Ce qui reste clair, il n’est plus de nos rangs. Il est à la disposition de la Justice jusqu’à ce qu’il soit blanchi, il n’est plus des unités d’intervention.

Vous être le Premier responsable de cette unité, parlez-nous un peu du capitaine Kaly Diallo qui est accusé dans cette affaire…

Sincèrement, c’est un officier très calme, disponible, qui ne crée pas de problèmes. Je ne connais pas d’antécédent de lui, sincèrement. Mais notre métier, la partie difficile c’est ça. Tu as 40 ans de service, à la quarantième année, tu commets une seule bavure, ça fout tes autres trente-neuf années de carrière en l’air. Quand tu fais du bien, personne ne fait attention à toi. Mais le jour où tu feras du mauvais, c’est le monde entier qui va parler de toi. Sinon ce capitaine, de par le passé, je ne lui reproche de rien. C’est son bon comportement qui lui a valut le poste de chef de section et il venait de passer au grade de capitaine. C’est le bon comportement qui l’a amené à tout ça. Mais avec le non-respect des consignes, il se retrouve dans une affaire compliquée. Je prie Dieu de le sauver, mais sincèrement, je n’ai pas d’antécédents contre lui.

Merci beaucoup colonel !

Merci à vous !

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 31 11 12

Créé le Mercredi 17 août 2016 à 14:32