La Centrafrique va-t-elle être coupée en deux ?

Centrafrique

Victimes de violences interreligieuses et de représailles, après le départ du pouvoir de l'ex-rébellion séléka, les civils musulmans sont obligés de fuir le sud de la Centrafrique. L'ONU redoute une partition du pays.

En Centrafrique, les rebelles sont venus du nord. Des régions abandonnées par le pouvoir central, à des centaines de kilomètres de pistes difficiles de la capitale (Bangui) et écumées par des bandits. Après avoir déferlé sur la capitale en mars 2013 et pillé le pays, les ex-rebelles de la Séléka, majoritairement musulmans, ont été contraints au cantonnement ou au départ.

Petit à petit, ils se replient vers le nord-est. Mais, cette fois, pour le voyage retour, ils entraînent dans leur sillage des civils musulmans persécutés par ceux-là même qui étaient martyrisés hier. Et la menace d'une partition plane sur le pays.

D'immenses convois de civils musulmans

"Impossible de capturer la taille de ce convoi de musulmans fuyant Bangui cet après-midi en une seule photo. Il a fallu 30 minutes pour qu'il nous dépasse".

Où fuient les musulmans ? Vers le nord, au Tchad et au Cameroun. Des pays où ils n'ont jamais mis les pieds, pour certains, mais où ils ne seront pas traqués, menacés par les exécutions sommaires, les lynchages et les pillages.

Pour ces musulmans, qui vivaient paisiblement depuis des générations, la situation est devenue trop dangereuse. Depuis le départ de l'ex-Séléka, ils sont persécutés par une partie de la population et plus particulièrement par les anti-balaka (anti-machettes, en sango, une des deux langues nationales). Ces milices d'auto-défense chrétiennes – qui maintiennent des contacts avec le président renversé par la Séléka François Bozizé – se sont étoffées d'anciens soldats vaincus des Forces centrafricaines (Faca). Elles sont entrées en lutte contre la Séléka, qui a pillé et incendié des villages entiers. Mais, par extension, ces milices hétéroclites conduisent des représailles contre les civils musulmans, assimilés aux anciens rebelles pour leur religion.

Aujourd'hui, 1,3 million des 4,5 millions de Centrafricains sont des déplacés. C'est plus du quart de la population. La fuite des commerçants musulmans et des éleveurs peuls islamisés crée une situation de pénurie, signale RFI. Sans compter que la guerre a parfois obligé les paysans à se réfugier en brousse, abandonnant leurs plantations. Une grave crise alimentaire menace.

Nettoyage ethnique ?

A quoi s'apparentent ces mouvements de population ? Un "nettoyage ethnique", répond Amnesty International dans un rapport. En clair, certains chercheraient à transformer le peuplement de la Centrafrique en tuant ou provoquant le départ des musulmans. L'ONG dit avoir recueilli "plus d'une centaine de témoignages" durant les dernières semaines pour documenter des attaques "de grande ampleur menées par les milices anti-balaka contre des civils musulmans", dans l'ouest du pays. Selon Amnesty International, "les milices anti-balaka mènent des attaques violentes dans le but de procéder au nettoyage ethnique des musulmans en République centrafricaine". L'une de ces attaques, à Bossemptélé, a fait 100 morts.

L'ONG affirme encore que "les troupes internationales de maintien de la paix se montrent réticentes à faire face aux milices anti-balaka et ne sont pas assez réactives pour protéger la minorité musulmane menacée". Quant aux convois de fuyards, ils "sont fréquemment pris pour cibles par les milices anti-balaka". Ces milices auraient profité du départ forcé des ex-Séléka pour "prendre le contrôle du pays, ville après ville".

Un "haut responsable d'ONG", contacté par Le Figaro, refuse, lui, de parler de "nettoyage ethnique", car "cela a des implications juridiques précises". Peter Bouckaert, qui n'a pas hésité à critiquer l'immobilisme des troupes françaises et qui documente aussi le fonctionnement et les exactions des anti-balakas, remarque sur Twitter "que les anti-balaka mènent un nettoyage ethnique ou une punition collective contre les musulmans, le résultat est le même : la disparition de communautés musulmanes depuis longtemps installées".

Source: France tv

Créé le Jeudi 13 Février 2014 à 11:27