Immigration en France: Manuel Valls annonce une baisse des expulsions

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Manuek Valls
Manuek Valls

PARIS-Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a annoncé vendredi une baisse des expulsions de sans-papiers, liées à une chute des retours aidés de Roms, tout en accusant ses prédécesseurs d'avoir affiché une "fermeté de papier" et des "contre-vérités".
 

"Au lieu d'accuser ses prédécesseurs, il devrait assumer cet échec qui conduit à une baisse des expulsions et à une explosion des régularisations", a immédiatement réagi la secrétaire générale de l'UMP, Michèle Tabarot.

Entre 2006 et 2011, "le Gouvernement précédent a affiché une hausse factice de 50% des éloignements. En fait, (...) la seule chose qui a augmenté pendant cette période, ce sont les retours aidés", avait déclaré peu avant le ministre de l'Intérieur lors de sa première conférence de presse sur le thème de l'immigration.

Ces retours, volontaires en échange d'un pécule, ont surtout profité à des Roms pour repartir en Bulgarie et Roumanie, mais la plupart revenaient ensuite. Ces aides ont été fortement réduites au 1er février et les départs dans ce cadre ont chuté de 80% en 2013 par rapport à 2012. Plus de 11 millions d'euros ont par ailleurs été économisés, selon le ministre.

En conséquence, le nombre des éloignements, qui avait battu un record de 36.000 en 2012, a été de 27.051 pour 2013, a indiqué Manuel Valls, en relevant que ce chiffre comportait encore des ambiguïtés.

En effet, il inclut 15.469 "vrais éloignements" (selon ses termes), c'est-à-dire sous la contrainte, et près de 5.500 "départs spontanés" (comptablisés aux frontières quand un étranger en situation irrégulière quitte le pays de lui-même avec un visa qui a expiré, par exemple).

Et, au sein des éloignements forcés, 10.793 sans-papiers ont été renvoyés vers un pays de l'Union européenne (UE), soit en tant que ressortissants (encore environ 3.000 Roms) ou parce qu'ils avaient transité par ce pays. Or, de nombreux étrangers expulsés dans l'UE reviennent en France en raison de l'absence de frontières.

Seuls 4.676 ont été renvoyés sous la contrainte vers un pays extra-européen. Selon Manuel Valls, ce chiffre, le plus significatif de la lutte contre l'immigration irrégulière, est en hausse après deux années historiquement basses (4.000 en 2011 et 4.152 en 2012).

"Mirages statistiques"

Pour lui, le gouvernement de Nicolas Sarkozy avait donc "mis en place une politique du chiffre unique" et des "mirages statistiques" pour "masquer la réalité", mais son bilan, juge M. Valls, est "simplement très mauvais".

La ministre assure avoir fait, lui, le choix "de la transparence" et assume, par ailleurs, une hausse des naturalisations par décret (non automatique), de 14% en 2013 (52.207 contre 46.003 en 2012). Cette augmentation déjà annoncée correspond à sa volonté de relancer un processus d'intégration que des consignes "opaques", dit-il, avaient fait chuter de moitié depuis 2010.

Sur le sujet des régularisations de sans-papiers, autre sujet polémique, il a toutefois renvoyé le bilan statistique à avril, après les élections municipales.

"Il y aura environ 10.000 régularisations supplémentaires en 2013", en vertu d'une circulaire de novembre 2012 qui a notamment ouvert la régularisation aux familles ayant des enfants scolarisés depuis trois ans, a-t-il redit, mais "les données définitives ne sont pas encore disponibles".

Ses services avaient annoncé en juin, en se basant sur des visas de régularisations créés au 1er janvier 2012, qu'il y avait eu 36.000 régularisations en 2012, livrant pour la première fois un chiffre officiel à ce sujet. Le nombre des visas payés en 2013 n'a pas été communiqué vendredi.

Très soucieux d'éviter tout procès en laxisme, le ministre a assuré que la hausse anticipée (environ 27%) des régularisations en 2013 était "conjoncturelle": "elle est liée à l'afflux de dossiers en début de période mais depuis septembre, les files d'attente sont plus normales", a-t-il assuré.

Soulignant la "difficulté" et la "complexité" des sujets liés à l'immigration, Manuel Valls a estimé qu'il fallait "une base honnête sur le plan intellectuel" pour permettre un débat "serein" et assuré qu'il allait confier la comptabilité des statistiques à des services ministériels sous le contrôle de l'Insee, alors qu'elles sont aujourd'hui compilées par la Police aux frontières (PAF).

AFP

Créé le Vendredi 31 janvier 2014 à 15:20