Arnaque QNet et mirage australien : Comment Kpitili Pricemou a été piégé par ses propres cousins…
BEYLA – Jeune diplômé en Sciences Juridiques et Politiques de l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, Kpitili Pricemou réside à Boola, une sous-préfecture de Beyla, au sud de la Guinée. Aîné d’une famille de sept enfants orphelins de père, son histoire est celle d’un espoir brisé, d’une trahison familiale et d’un système d’escroquerie transfrontalier impitoyable.
Nourrissant l’espoir de rejoindre ses cousins qui prétendaient vivre en Australie, Kpitili s’est retrouvé piégé dans les filets du réseau de vente multiniveau QNet à Lagos (Nigeria). Séquestré, menacé et dépouillé, il livre aujourd’hui un récit sans tabou sur sa désillusion, à l’image de nombreux jeunes Guinéens victimes de fausses promesses d’émigration.
Le piège familial caché derrière un mirage
Tout commence par un mensonge savamment orchestré. Deux cousins de Kpitili (une fille et un garçon), enfants du frère aîné de son défunt père, font croire à toute la famille qu’ils ont réussi leur vie en Australie.
« Mes cousins directs sont allés faire croire à leur famille qu’ils étaient installés en Australie, alors qu’ils étaient en réalité retranchés au Nigeria. Étant des proches parents, ils ont insisté pour qu’un membre de la famille les rejoigne, évoquant de nombreuses opportunités de travail et de bons salaires », explique la victime chez Africaguinee.com.
Après concertation familiale, le choix se porte initialement sur le frère cadet de Kpitili. Mais les « Australiens » suggèrent finalement que Kpitili vienne à sa place, arguant que son niveau d’études et son profil d’enseignant lui garantiraient une meilleure réussite pour aider le reste de la fratrie.
Le coût du voyage est fixé à 3 600 dollars US. Kpitili raconte : « Mon cousin m’a expliqué qu’il passait par une compagnie basée au Nigeria qui facilite les opportunités de voyage. Il m’a mis en contact avec un soi-disant correspondant sur place. Ce dernier a tout précipité, affirmant qu’un groupe devait partir le 15 octobre et que je devais impérativement arriver au Nigeria avant le 10. »
Le périple vers l’enfer, de N’Zérékoré à Lagos
En octobre 2025, Kpitili rassemble les maigres économies de la famille et prend la route. Il traverse successivement la frontière ivoirienne, passe par Abidjan, traverse le Bénin et franchit les frontières pour atteindre le Nigeria.
« Poussé par l’urgence, je suis parti de N’Zérékoré. Arrivé à Sèmè-Kpodji, la dernière ville béninoise, un envoyé du correspondant m’a accueilli pour me conduire dans un petit hôtel au quartier d’Ikorodu, à Lagos. J’y ai rencontré un autre jeune de N’Zérékoré, venu pour le même objectif. Cela m’a un peu rassuré, même si le doute persistait. Mais comme la promesse venait de mes cousins, je ne pouvais pas imaginer une telle trahison », confie-t-il.
Séquestration et révélation brutale
Dès son installation, le piège se referme. On lui retire sa carte d’identité, ses diplômes et sa puce téléphonique, officiellement pour des raisons de sécurité liées à la police nigériane. En réalité, il s’agit d’une stratégie d’isolement.
Quelques jours plus tard, après que son frère cadet a transféré la somme de 3 620 dollars via une agence, le masque tombe.
« Le lendemain du paiement, lors d’une séance qu’ils appelaient « formation », mes cousins ont soudainement fait irruption dans la salle. Ils ont avoué qu’ils n’avaient jamais mis les pieds en Australie. Ils nous avaient attirés au Nigeria pour intégrer leur réseau QNet, qu’ils présentaient comme un « business » lucratif avec un contrat de 90 ans », relate Kpitili avec amertume.
Leurs méthodes sont cyniques : ils montrent à Kpitili les montages photos qu’ils envoient aux parents pour simuler leur vie en Occident et lui demandent de faire de même. Kpitili refuse catégoriquement de mentir à sa famille. En représailles, il est privé de toute communication pendant 10 jours.
L’intervention inespérée et le retour
Le salut de Kpitili viendra d’une rencontre fortuite lors d’un grand rassemblement de QNet à Lagos, le 18 octobre 2025. Des leaders venus de toute l’Afrique de l’Ouest sont présents.
« Un leader, considéré comme un « VPN » (haut gradé dans le système), a pris la parole pour dénoncer les pratiques s’apparentant à la traite humaine, affirmant que cela ternissait l’image de la compagnie. À la pause, je l’ai abordé discrètement pour lui exposer ma situation », explique-t-il.
Le leader convoque alors le responsable du bureau d’Ikorodu. Sous la menace de sanctions internes, les responsables locaux acceptent de laisser partir Kpitili, devenu un témoin gênant. Après avoir fouillé son téléphone et l’avoir menacé de représailles s’il parlait, ils financent son transport retour.
Un bilan lourd et un appel à la jeunesse
Kpitili Pricemou est rentré en Guinée le 25 octobre 2025, sauf, mais ruiné. La perte financière est estimée à plus de 40 millions de francs guinéens.
« Ce n’est qu’arrivé au Togo que j’ai pu racheter une puce et dire la vérité à mes frères. Le plus douloureux reste la trahison de personnes si proches. Là-bas, j’ai vu des drames : des jeunes qui ont vendu tous leurs biens, même leur kiosque et leur moto, et qui n’osent plus rentrer par honte », déplore-t-il.
Aujourd’hui, le jeune diplômé lance un cri du cœur aux autorités et à la jeunesse guinéenne. Un appel qu’il étend aux dirigeants de tout l’espace Cedeao sur les méfaits dévastateurs de ce vaste réseau d’arnaque.
« Le manque d’emploi pousse les jeunes à prendre des risques extrêmes. Si j’avais eu un travail, je ne serais jamais tombé dans ce piège. Aux jeunes : voyagez uniquement par des voies légales et méfiez-vous des promesses trop belles, même venant de vos proches. »
Kpitili Pricemou confie avoir rencontré des jeunes guinéens issues de toutes les communautés ethniques qui sont piégés à Lagos. Ce témoignage s’ajoute à ceux d’autres victimes de ce réseau Qnet. À Bamako, un réseau similaire a été démantelé par les autorités.
Paul Foromo SAKOUVOGUI
Correspondant Régional d’Africaguinee.com en Guinée Forestière
Tél: (00224) 628 80 17 43
Créé le 24 novembre 2025 16:37Nous vous proposons aussi
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