Après plusieurs années d’absence, Daddy Cool signe son com-back : « Je viens révolutionner le reggae guinéen »

Après plusieurs années d’absence, l’artiste guinéen de reggae Daddy Cool signe son grand retour sur la scène musicale. Connu pour avoir marqué la fin des années 90 avec des titres emblématiques comme Dyenti Nana, Walou, Produit ça ou encore Daddy Cool Nara, il promet aujourd’hui d’apporter une nouvelle dimension au reggae guinéen.

Dans un entretien exclusif accordé à Africaguinée.com, l’artiste — de son vrai nom Aboubacar Doumbouya — revient sur son parcours, les raisons de sa longue absence, son troisième album actuellement en préparation, ainsi que son ambition affirmée de « révolutionner le reggae guinéen »

AFRICAGUINÉE.COM : Qui est Daddy Cool ?

DADDY COOL : Je m’appelle Aboubacar Doumbouya, alias Daddy Cool. Je suis un reggaeman guinéen qui a toujours œuvré pour la promotion et la valorisation du reggae dans mon pays.

D’où vient votre surnom ?

C’est ma mère qui m’appelait « Daddy » depuis ma naissance. Plus tard, le journaliste culturel feu Abedé a ajouté « Cool ». C’est ainsi qu’est né mon surnom Daddy Cool, qui signifie « quelqu’un de bien ».

Comment avez-vous débuté votre carrière musicale ?

J’ai commencé très jeune, à 10 ans, dans les ghettos de Sierra Leone. C’est là que j’ai appris à jouer des instruments et à chanter. J’ai monté mes premiers groupes, d’abord Frank Brothers, puis, de retour en Guinée, African Rasta Daddy Cool. Nous répétions à l’Institut Franco-Guinéen avec mes amis : Bill Sam, Alpha Wes, Kembo, Dranny, Yalas, Black Juraldo, Rasta Savane, Jean-Marc, Djelly Mory, Alphadjo Dara… C’est là que j’ai forgé mon identité artistique.

Comment êtes-vous arrivé à votre premier album ?

En 1997, je suis parti en Allemagne, invité par un ami. C’est là que j’ai réalisé mon premier album. Mais avant cela, j’avais déjà joué dans le groupe Standard, dirigé par Petit Condé Ansoumane. J’ai aussi accompagné de nombreux artistes guinéens comme Sékouba Kandia, Sona Tata, Ibro Diabaté, Yaya Bangoura, feu Kerfalla Kanté et feu Lasso Doumbouya. J’étais leur claviériste principal.

Pourquoi le choix du reggae ?

Le reggae est dans mon sang. Je suis né rasta. C’est une musique spirituelle, riche et engagée. Elle dénonce, elle éduque, elle conseille. Le reggae est une musique de vérité.

Vos chansons dénonçaient beaucoup les problèmes du pays. Avez-vous eu le sentiment d’avoir contribué au changement ?

Oui, parce que mes chansons sont éducatives. Je n’attaque pas les personnes, je dénonce les faits. Je chante la vie quotidienne. J’éduque le peuple, les jeunes, les enfants, même les dirigeants. Ma musique s’adresse à tout le monde.

Vous avez connu du succès à vos débuts. Comment l’avez-vous vécu ?

C’était super. Le succès, je l’ai connu, et je vis toujours avec. Aujourd’hui, je veux partager mon expérience et accompagner les jeunes qui veulent aller plus loin que moi.

Après le titre Mayama, vous avez disparu de la scène. Pourquoi ?

Tu sais, le serpent qui veut grandir se cache. J’avais beaucoup travaillé en Guinée, et j’avais besoin de recul pour me ressourcer. Maintenant, je reviens plus fort.

Vous avez pris position contre le troisième mandat d’Alpha Condé. Pourquoi cet engagement ?

Je n’aime pas trop parler de politique, mais quand ça ne va pas, nous les artistes, on chante. Et quand ça va, on chante aussi.

Pendant votre séjour à l’étranger, comment s’est portée votre carrière ?

Très bien. J’ai touché plusieurs pays africains où le reggae n’était pas encore bien implanté. C’est une musique universelle, qui éduque et qui conseille. Certains politiciens ne l’aiment pas, parce que le reggae met en lumière les vérités. Moi, je dis que je reviens avec une « deuxième leçon de reggae » pour la Guinée, différente de la première. J’ai même prévu jusqu’à dix leçons.

La musique vous a-t-elle permis de réaliser certains projets personnels ?

Oui. J’ai une école des tout-petits à Freetown, des maisons en construction. Je prévois aussi d’ouvrir une école en Guinée pour accompagner mon retour et enseigner la « deuxième leçon » du reggae guinéen.

Vous avez récemment remixé Dyenti Nana avec One Time. Pourquoi ce choix ?

C’était une initiative de Dimo Records et de son producteur Amlo. Ils m’ont mis à disposition une équipe professionnelle pour travailler avec moi. Ce featuring avec One Time est un pont entre la nouvelle génération et les anciens. Les jeunes connaissaient mes chansons, mais pas toujours l’artiste. Ce projet m’a permis de revenir et de recréer ce lien.

Quelles sont vos relations avec les autres artistes de votre génération ?

Super ! Ça clique bien avec tout le monde. Je fréquente encore mes frères rastas. Je m’entends très bien avec Takana Zion, par exemple. Nous passons beaucoup de temps ensemble.

Que pensez-vous du reggae de la jeune génération ?

Ça se passe bien. Ils chantent avec leur style. Mais je suis convaincu que ma « deuxième leçon de reggae » va encore les inspirer. J’ai déjà travaillé avec des musiciens professionnels qui ont l’expérience des grands festivals, comme ceux du Japon. Je veux que le reggae guinéen prenne une autre dimension, même sur la scène internationale.

Combien d’albums avez-vous sortis ?

J’ai sorti deux albums, et un troisième qui avait été bloqué pour des raisons de contrat, pas d’argent. Je travaille actuellement à le finaliser.

Quels sont vos projets d’avenir ?

Je prépare mon grand retour avec mes collaborateurs, notamment Amlo. Je veux imposer la « deuxième leçon » du reggae guinéen et former les jeunes. J’avais aussi pris une pause pour m’occuper de ma mère malade. Aujourd’hui, elle va mieux, et je suis prêt à repartir.

Si vous aviez un message pour le ministre de la Culture ?

Je lui dirais que le reggae peut beaucoup aider la Guinée. Pas seulement pour critiquer la politique, mais aussi pour sensibiliser sur des problèmes comme la drogue « kush », qui détruit nos jeunes. Le reggae, c’est une révolution pacifique et éducative. Il faut que l’État soutienne cette musique pour que nos artistes puissent s’exporter et représenter dignement la Guinée dans les grands festivals internationaux.

Quel conseil adressez-vous à la nouvelle génération ?

Le reggae n’est pas une musique qu’on chante à la légère. C’est une mission. Celui qui veut chanter du reggae doit être prêt spirituellement, laisser de côté la haine, la jalousie, la méchanceté. Le reggae, c’est une musique de vérité, une musique divine.

Un message à vos fans ?

Je les aime tous. Que Dieu les bénisse. Respect. One Love.

Un acapella pour finir ?

(rires) Le public aime toujours le morceau Produit ça. Mais cette fois, je reviens avec un remix dans la « deuxième leçon ». Parce que de nouveaux produits de dépigmentation sont encore sur le marché… Une nouvelle couleur, une nouvelle création.

 

Interview réalisée par Yayé Aïcha Barry

(Africaguinée.com)

Créé le 5 octobre 2025 11:07

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