Aliou Bah plaide non coupable : « Je n’ai fait du tort à personne… »
CONAKRY – Condamné à deux ans de prison, en première instance pour « diffamation et offense » au chef de l’État, le leader du MoDeL a plaidé non coupable à la barre ce matin, lors de l’ouverture de son procès en appel.
« Je ne reconnais pas les faits… », a-t-il déclaré devant la Cour avant de revenir sur les conditions dans lesquelles il a été interpelé.
« Lorsque j’ai été arrêté, comme mes avocats l’ont expliqué, c’était à la frontière de Pamelap. Je me rendais à Freetown avec mon chef de protocole et mon chauffeur à titre privé. Rien ne m’a été notifié, il a simplement été dit que nous devions attendre. Nous avons été retenus pendant un peu plus de quatre heures à la frontière avant d’être embarqués.
Jusqu’à Conakry, rien ne m’a été notifié. Nous avons été pris en charge par des pick-ups de la gendarmerie, avec à bord des hommes cagoulés et lourdement armés. De Maférinyah jusqu’à Conakry, je n’ai reçu aucune explication. À Conakry, j’ai été détenu pendant cinq nuits dans une cellule insalubre, où j’étais contraint de dormir à même le sol, partageant l’espace avec plusieurs inconnus. J’ai rapidement compris que je n’étais pas dans un lieu approprié.
Bien sûr, j’ai enduré cette situation. J’y étais préparé psychologiquement, car je connais l’histoire de mon pays : je l’ai étudiée et je l’ai toujours vécue.Je sais que je ne suis pas le premier à subir cela, et je souhaite être parmi les derniers. C’est justement pour contribuer à changer cet ordre que je me suis engagé en politique. J’estime ne pas mériter un tel traitement. Mais si cela doit être un sacrifice à consentir pour que, demain, les guinéens puissent vivre dans de meilleures conditions, alors je ne le regrette pas.
Je n’ai fait du tort à personne, et ces épreuves, je les ai acceptées. Ainsi, j’ai été inculpé et déféré à la maison centrale. Lors de mon procès, aucun des arguments avancés n’était de nature à prouver une quelconque offense ou diffamation à l’encontre de qui que ce soit. Chaque fois que je me suis exprimé -et vous aurez peut-être l’occasion de voir les vidéos -cela s’est fait dans un cadre légal : lors de meetings, au siège du parti, ou encore à travers mes prises de position dans les médias, notamment lors d’interviews.
Évidemment, toutes ces interventions ont été sélectionnées et exploitées par ceux qui cherchent à me nuire, ceux dont l’objectif est de me faire taire et qui continuent d’œuvrer en ce sens. Ils estiment que mon discours dérange, car il va à l’encontre d’intérêts particuliers qu’ils tentent de préserver », a-t-il expliqué à la barre.
Entouré de ses avocats, Aliou Bah comparaît après trois mois de détention à la maison centrale de Conakry. Son procès en appel s’annonce décisif. Plusieurs représentations diplomatiques sont présentes dans la salle d’audience pour assister au procès.
Aliou Bah dit avoir rappelé dans ses interventions, que les autorités de la transition actuelle ont pris des engagements devant le peuple de Guinée par le biais du président de la Transition.
« J’ai eu à rappeler, dès les premières heures, et devant les autorités de la transition, y compris le président de la transition, le 14 septembre 2021, neuf jours après la prise du pouvoir : voici des leçons de l’histoire, ne les cherchez pas ailleurs, elles sont autour de nous. Tirez des enseignements de ce qui est arrivé à vos prédécesseurs. Le coup d’état a été justifié par le non-respect des engagements et le non-respect de la loi. Vous avez fait des promesses, ce discours, nous le souscrivons mais cela ne fait pas de nous, des naïfs. Nous regardons de très près, nous allons vous juger aux actes. Faites attention à ceci, faites attention à cela », a-t-il rappelé dans sa déposition face aux juges de la Cour d’Appel.
Au moment où nous mettions cette dépêche en ligne, le procès se poursuivait…
Nous y reviendrons !
Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
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