“Aidez-nous à avoir des dortoirs” : Les étudiants orientés à l’Université de Nzérékoré interpellent l’Etat

N’ZÉRÉKORÉ -Trouver un logement à proximité de l’Université de Nzérékoré relève désormais du parcours du combattant pour plusieurs nouveaux étudiants orientés dans cette institution d’enseignement supérieur. Entre difficultés d’hébergement, longues distances à parcourir et dépenses exorbitantes de transport, ces nouveaux universitaires disent vivre un début d’année académique particulièrement éprouvant.

Au total, 3 228 nouveaux étudiants ont été orientés cette année dans les différents départements de l’Université de Nzérékoré, située au quartier Nakoyakpala, dans la commune urbaine de Nzérékoré. Mais pour nombre d’entre eux, l’intégration dans leur nouvel environnement universitaire est loin d’être facile. La principale difficulté reste l’accès au logement, notamment dans les quartiers environnants de l’institution.

Rencontrés ce jeudi 29 octobre 2026 dans l’enceinte de l’université, plusieurs étudiants de première année ont exprimé leurs inquiétudes face à cette situation. Certains, venus d’autres localités du pays et parfois pour la première fois à Nzérékoré, peinent à trouver un hébergement décent à proximité de leur lieu d’études.

C’est le cas de Sylla Abdoul Salam, étudiant en licence 1 au département d’hydrologie. Âgé de 24 ans, il affirme être arrivé à Nzérékoré sans connaître quelqu’un dans la ville. Grâce à l’aide d’une connaissance de son entourage, il a finalement pu trouver un hébergement provisoire, en attendant de découvrir une solution plus stable.

« Je ne connaissais personne ici. Quand je suis arrivé à la gare routière, je ne savais même pas où aller. J’ai appelé un ami qui est venu me chercher. En attendant de trouver une maison, il m’a proposé de rester avec lui », explique-t-il.

Au-delà du logement, cet étudiant dit être confronté à plusieurs difficultés, notamment la nourriture et le transport. Depuis son lieu d’hébergement jusqu’à l’université, il affirme débourser parfois jusqu’à 20 000 francs guinéens pour un aller-retour.

« Là où je suis logé, pour venir à l’université, je dois payer 10 000 francs guinéens. L’aller-retour me revient donc à 20 000 francs. Pour un étudiant qui vient d’arriver et qui n’a pas de famille ici, ce n’est vraiment pas facile », déplore-t-il.

Face à cette situation, il lance un appel aux autorités guinéennes pour la construction de dortoirs universitaires à Nzérékoré. Pour lui, disposer d’un hébergement sur le campus permettrait de réduire considérablement les difficultés rencontrées par les nouveaux étudiants.

« Le message que j’ai à lancer au gouvernement, c’est de nous aider à avoir des dortoirs ici aussi. Quand on quitte un endroit pour venir dans une autre ville, la première chose, c’est de savoir où dormir. Si nous avons des dortoirs ici, nous n’aurons plus à faire face à ces dépenses de déplacement », plaide-t-il.

Même s’il dispose déjà d’un toit, Gamy Pierre, étudiant en licence 1 au département d’anglais, n’échappe pas à cette réalité. Arrivé de Coyah, il est hébergé à Kpama 2. Une situation qui l’oblige à effectuer quotidiennement de longs déplacements pour rejoindre l’université.

« Le problème de logement ne me concerne pas directement parce que j’ai déjà un endroit où rester. Mais c’est le transport qui me fatigue. Pour quitter Kpama jusqu’ici, je paie 20 000 francs guinéens par jour, soit 10 000 francs à l’aller et 10 000 francs au retour », témoigne-t-il.

Cette dépense devient encore plus préoccupante lorsque les cours se prolongent jusqu’en soirée. Selon lui, certains enseignements sont programmés entre 16 heures et 20 heures, ce qui complique davantage ses déplacements et son retour à domicile.

« Imaginez que je termine les cours à 20 heures. Nous entendons aussi dire que la ville de Nzérékoré n’est pas toujours sûre à certaines heures. Cela m’inquiète. Si je pouvais trouver un logement à proximité de l’université, cela m’arrangerait énormément », confie-t-il.

Pour Jean-Claude Honomou, également étudiant en licence 1 au département d’anglais, les difficultés sont encore plus contraignantes. Orienté à Nzérékoré après avoir obtenu son BAC en Basse Guinée, ce jeune étudiant explique avoir multiplié les démarches pour trouver une maison aux alentours de l’université, sans succès.

Actuellement hébergé à Bellevue, derrière le collège Amara Noké, il est obligé de parcourir plusieurs kilomètres pour rejoindre son établissement. Entre les déplacements à moto et les trajets effectués à pied, son quotidien est particulièrement difficile.

« Depuis la publication des résultats d’orientation, nous avons effectué beaucoup de démarches avec les parents et les jeunes pour trouver des maisons proches de l’université. Mais jusqu’à présent, nous n’avons pas réussi. Nous sommes donc obligés de parcourir de longues distances avant d’arriver à l’université », raconte-t-il.

La situation devient davantage préoccupante avec les cours du soir, programmés de 16 heures à 20 heures. Un horaire qui, selon lui, ne facilite pas le retour des étudiants vivant dans des quartiers éloignés.

« Quand nous finissons les cours à 20 heures, nous prenons encore un peu de temps dans la cour de l’université. Parfois, vers 21h30, nous sommes encore en train de marcher pour rentrer à la maison. Ce n’est vraiment pas facile », regrette-t-il.

À l’image de ses camarades, Jean-Claude Honomou interpelle les autorités sur la nécessité de construire des infrastructures d’hébergement pour les étudiants.

« L’appel que je lance aux autorités du pays, c’est de nous aider à construire des campus pour les étudiants. Beaucoup d’entre nous viennent de Conakry et d’autres localités. Avoir des dortoirs ici pourrait véritablement nous soulager », insiste-t-il.

Avec 3 228 nouveaux étudiants orientés cette année, la question de l’hébergement apparaît comme un véritable défi pour l’Université de Nzérékoré. Pour ces nouveaux universitaires, au-delà des salles de cours et des infrastructures pédagogiques, l’accès à un logement abordable et sécurisé constitue une condition essentielle pour poursuivre sereinement leurs études.

En attendant une éventuelle réponse des autorités, plusieurs de ces étudiants restent confrontés à une équation difficile : trouver un toit à proximité de l’université ou continuer à consacrer une part importante de leurs maigres ressources aux déplacements quotidiens.

Paul Foromo SAKOUVOGUI,

Correspondant Régional d’Africaguinee.com

En Guinée Forestière.

Tél : (00224) 628 80 17 43 

Créé le 30 octobre 2026 11:05

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