Agression rebelle des années 2000 : A la rencontre du capitaine Colombo, un des combattants de l’ombre

GUECKÉDOU- Fin 1999, certaines villes de la Guinée forestière avaient été le théâtre d’agressions rebelles venus du Liberia et de la Sierra Leone. Les préfectures de Macenta, Kissidougou et Guéckédou avaient été les principales cibles. Guéckédou étant un centre commercial assez fréquenté à l’époque s’était vu complètement endeuillé, dévasté et dénaturé par cette agression rebelle. 25 ans après, des rescapés établis à Guékédou et à Yendé Millimou , dans la préfecture de Kissidougou gardent toujours le triste souvenir de ces douloureux évènements.

À Guéckédou, certains jeunes et pères de familles étaient obligés de se reconvertir en volontaires pour défendre la patrie. C’est le cas de Saa Ibrahima Koundouno, dit capitaine Colombo. Il avait combattu les rebelles à Guéckédou.

Vue panoramique de la ville de Gueckedou

A l’époque, il était âgé de 35 ans. Un quart de siècle après cette histoire sombre, il raconte comment il avait vécu l’arrivée des rebelles dans sa ville.

« Je suis hôtelier de formation. N’ayant pas trouvé un emploi, j’ai ouvert un salon de coiffure. A l’époque, Guékédou était plein de monde y compris des réfugiés. Un moment on a appris que les rebelles ont décidé de rentrer à Guéckédou. Donc la ville honnêtement était paniquée. La mairie a autorisé de sélectionner des gens dans les quartiers pour faire la patrouille. Dans mon quartier Hermakono, j’ai été sélectionné. On était 20 éléments par quartier. Nous sommes allés à la mairie, ils nous ont fait des cartes de brigadiers. Donc, dans chaque quartier, on faisait la patrouille la nuit pour dénicher les malfrats. Avec un autre ami, nommé Raphaël qui est malheureusement décédé, on a pu capturer deux rebelles à Hermakono, dans une maison.

 Ils nous ont dit qu’ils étaient envoyés pour superviser la rentrée d’autres. On les a envoyés à la gendarmerie, ils ont confirmé qu’effectivement les rebelles vont rentrer même si on les prend. C’est ainsi que les autorités ont commencé à prendre au sérieux l’arrivée imminente des rebelles dans la ville. Donc la patrouille continue. Un jour, j’étais posté à Plan Guinée, j’ai mis un barrage. A 1heure du matin, c’était un mardi, on a entendu un tir différent d’un tir guinéen. C’était une alerte. C’est comme ça qu’ils se signalent. Quelques minutes après un ami m’a rejoint. Lui et d’autres étaient postés au fleuve. Il me dit que les gens sont rentrés et ont brûlé Kendou. Effectivement, j’ai vu des flammes à Kendou », raconte le capitaine Colombo.

Ce père de famille soutient que les rebelles avaient déjà pris d’assaut la ville bien avant l’attaque proprement dite. ‘’Ils se promenaient parmi nous, les armes cachées sous les habits’’, se souvient-il.

‘’Quand ils sont rentrés à Guéckédou, ils n’ont pas tiré. Ils se sont confondus aux civils. Un jour, j’étais à côté du chef de secteur, je me suis frotté à un monsieur, qui avait l’arme sous son boubou, un grand boubou. Je l’ai alerté que les rebelles étaient là. C’était à Hermakono au carrefour de Plan Guinée. Le chef de secteur m’a dit de quitter. Effectivement on a quitté. On est parti à la maison, on n’a même pas fait une minute, ils ont commencé à tirer partout. On est resté calme parce qu’on n’avait pas d’arme. Jusqu’au matin, ils étaient au centre-ville. Le problème, ils ne nous connaissaient pas. Parce que les brigadiers n’avaient pas de tenue mais nous on se connaissait entre nous. Un jour je les ai trouvés au carrefour Hermakono, ils m’ont dit qu’ils veulent de la cigarette. Je les ai conduits à un bars café, ils ont acheté.

J’ai parlé à mon ami en langue Kissi, on s’est échappé, parce qu’on ne voulait pas collaborer avec eux. Ils avaient des armes sur eux, mais tu ne peux pas savoir c’était caché. Certains parlaient la langue Kissi. Quand ils ont su que je leur échappais, ils m’ont poursuivi, dans l’intention de me capturer. En ce moment, ils cherchaient des jeunes pour les renforcer. Mais comme je connaissais mon quartier, il y a un monsieur de Plan Guinée qui m’a sauvé. Dès qu’il m’a vu, il a ouvert la porte, dès que je suis rentré il l’a refermé. Donc ils ne m’ont plus retrouvé ’’, ajoute Saa Ibrahima Koundouno, dit capitaine Colombo avant de conclure :  « L’armée ne peut pas combattre une guérilla parce que les éléments d’une guérilla ne sont pas en uniforme. Ce sont des personnes en civil, elles ont leurs armes sous les habits. Les rebelles étaient pieds nus, tu pouvais avoir pitié de certains et vouloir leur donner à manger. Tu vois un enfant, un bol sur la tête, tu penses qu’il part pour revendre tu as même pitié de lui, alors qu’il a une arme dans le bol. Nous, ce qui nous a aidé, on était en civil, ils ne pouvaient nous connaître mais nous on se connaissait entre nous ».

Si la ville de Guéckédou a été attaquée mardi par des rebelles venus du Liberia, c’est tout à fait le contraire à Yende Millimou, cette commune rurale a été assiégée par des rebelles durant une dizaine de jours. Dans cette localité, c’est le lundi 20 Décembre 1999, en plein mois de ramadan que des rebelles sont entrés de la Sierra Léone, via Kassadou, un village guinéen, situé à la frontière. Selon l’ex-commandant du P.A, actuel président du district que nous avons rencontré sur place, les rebelles venaient séjourner en Guinée, puis retournaient en Sierra Léone bien avant l’attaque.

« En 1999, c’était le mois du ramadan, nous avons eu des échos qu’il y avait 4 camps aux alentours de Yendé pour les réfugiés puisqu’il y avait la guerre en Sierra Leone. Un à Gbingbin, à Bodou, à Baladou et à Katcama. Quand le ravitaillement arrivait, le HCR venait vers nous, on détachait des militaires pour aller distribuer ces ravitaillements. Nous sommes restés dans ça, pendant un petit temps, nous avons appris que les rebelles commençaient à venir au campement. Un jour, leur président de camp est venu m’informer qu’il y a quelques jeunes là-bas, que ce sont des rebelles. Ils viennent séjourner parmi eux après ils retournent puisque Yendé est à la frontière, ce n’est pas tellement distant.

Quand vous dépassez Kassadou seulement, vous êtes en Sierra Léone. Paraît-il, qu’il y avait leur camp là-bas. Des jeunes rebelles venaient à Yendé ici. Nous y avons pris quelques-uns indexés par leur président. Quand on les envoie en prison à Kissidougou, on les libère, Ils reviennent ici pour nous dire, comme vous nous avez arrêtés en disant que nous sommes des rebelles, mais nous ne sommes pas des rebelles, on nous a libérés. Ils reviennent. Nous sommes restés dans ça, un jour nous avons appris que les rebelles sont rentrés à Foumandou, qu’ils ont traversé le fleuve, qu’ils sont déjà à Kassadou », témoigne Moussa Sanoh, actuel président du district de Yende, ex commandant du P.A de Yende.

Il précise que des rebelles s’étaient confondus aux citoyens de Kassadou pour faire le plein de Yende, à la veille de l’attaque.

« Mais on a vu des gens de Kassadou qui venaient en grand nombre. On voyait des jeunes avec des sacs à dos en groupe. Yende était rempli ce jour. Moi je me suis dit est-ce que ces gens-là viennent seulement de Kassadou. D’aucuns disent que ce sont des enfants de Kassadou.  Les rebelles étaient encore parmi ces groupes. Ils ont rempli Yende avant même que les autres ne dépassent Kassadou. Quand ils ont dépassé un peu Kassadou, ils nous ont informés. À notre tour, nous avons informé l’autorité de Kissidougou et de Guéckédou.

Les autorités de Guéckédou ont envoyé un véhicule de 40 bouches, ils m’ont demandé où on peut aller dans Kassadou pour tirer. Je les ai pris, nous sommes allés sur la colline où ils ont tiré 3 coups en direction de Kassadou qui était déjà complètement vide. Les gens de là-bas, certains sont venus nous dépasser. Les gens de Yende croyaient que c’était de la blague », se souvient-il.

Selon les informations recueillies sur place, les rebelles parlaient les langues Kissi, Poular, soussous, malinkés et créole. Il s’agissait d’enfants dont l’âge variait entre 14 et 20 ans.  « On a continué la patrouille en ville ici. On va à Madina 2 mais ce sont des enfants de 14 à 20 ans. Quelques fois ils portaient des armes au dos qui trainent par terre », précise le doyen Moussa Sanoh, président du district de Yende.

Nous y reviendrons !

 

De retour de Guéckédou/Yende Millimou

SAKOUVOGUI Paul Foromo

Correspondant Régional d’Africaguinee.com

A Nzérékoré

Tél : (00224) 628 80 17 43

Créé le 18 août 2024 10:30

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