Absence de Cellou, Élections…cas Général Doumbouya : Cellou Baldé parle… « Interview »

CONAKRY- « Cellou Dalein Diallo prendra part aux élections et il sera élu président de la république de Guinée…». Déclaration Cellou Baldé, coordinateur des Fédérations de l’intérieur de l’UFDG (Union des Forces Démocratiques de Guinée). Dans cette dernière partie de la grande interview qu’il a accordée à Africaguinee.com, ce proche collaborateur de Cellou Dalein Diallo parle des préparatifs des prochaines échéances électorales. Alors que des faisceaux d’indices sur une éventuelle candidature du Général Doumbouya sont de plus en plus apparents, l’ancien député ne perd pas espoir sur un retournement de situation. Dans cet entretien, il évoque également le dialogue et d’autres sujets….Entretien exclusif !!!

AFRICAGUINEE.COM : Comment l’UFDG prépare-t-elle la prochaine présidentielle ?

CELLOU BALDÉ : Pour les élections et la mobilisation, on ne peut pas se comparer à l’UFDG qui a une machine électorale forte et une expérience solide. De 2007 à nos jours, nous avons participé à beaucoup d’élections, nous avons affronté l’appareil d’Etat, nous avons affronté des CENI inféodées à l’exécutif mais nous avons un appareil électoral performant. C’est cet appareil qui a réussi à mettre en évidence notre victoire la nuit du 18 octobre 2020 parce qu’on avait gagné les élections avec plus de 52%. Donc d’ici le 31 décembre 2024, si les élections sont organisées dans ce pays, l’UFDG raflera les communales, les législatives et la présidentielle haut les mains. On est prêt pour des élections dans ce pays.

L’UFDG n’est pas une branche armée, c’est un parti de paix, de démocratie et d’Etat de droit qui défend des valeurs et des principes. Des militants disent souvent que ‘’vous êtes trop pacifiques, prenez les armes, faites ceci’’ mais on a toujours dit non, nous ne sommes pas des militaires, nous ne sommes pas des rebelles, nous sommes un parti politique qui croit en la démocratie et à l’Etat de droit, ça prendra le temps que ça prendra, les élections seront organisées et nous allons les gagner. Notre pistolet ce sont les urnes, les enveloppes et les bulletins de vote, c’est ça nos PMAK. Les élections seront organisées, Cellou Dalein Diallo rentrera, Cellou Dalein Diallo prendra part aux élections et il sera élu président de la république de Guinée parce qu’il a la confiance de la majorité des Guinéens. C’est de cela qu’il s’agit. Nous sommes totalement prêts pour des élections.

L’absence prolongée de votre leader Cellou Dalein Diallo n’affecte-t-elle pas le parti ?

Si on dit que son absence n’affecte pas on aurait menti. Nous aurions aimé voir notre président, être avec lui de temps à autre. Dans la vie d’un parti politique comme dans la vie d’une nation comme dans la vie d’une famille, ce sont des épreuves qui arrivent. Aujourd’hui nous savons tous, que la Guinée où nous sommes, on est tous en insécurité totale, moi qui vous parle, je me sens menacé tous les jours ainsi que ma famille. J’ai fait de la prison en 2020, j’ai été placé sous contrôle judiciaire, on m’a accusé de ‘’fabrication, de détention et de stockage d’armes de guerre’’, tout cela était du faux. En 2022 on m’a placé sous contrôle judiciaire pendant 9 mois pour ‘’réunion illégale’’ alors que c’est un parti agréé qui est l’UFDG qui a pris part à une réunion chez Mamadou Sylla président du parti UDG pour parler de l’agenda dynamique que la junte a signé avec la CEDEAO, mais on dit ‘’réunion illégale’’.

S’exprimant sur la VOA, il a laissé planer l’incertitude quant à son retour en Guinée en déclarant que « ceux qui sont rentrés certains sont en prison d’autres sont portés disparus ». Est-ce par « peur » d’affronter la Justice dans l’affaire Air Guinée où il est cité ou pourrait-on dire véritablement que sa sécurité est menacée en Guinée ?

Aujourd’hui le Guinéen qui vit en Guinée est mieux placé pour parler de ça. En parlant de Cellou Dalein Diallo, on ne peut pas parler de peur. Qui est ce leader politique qui de 2007 jusqu’en 2022 à la date de son départ a tout affronté dans ce pays ? Cellou Dalein Diallo a été victime, il a été blessé, donné pour mort au stade du 28 septembre en 2009, le véhicule de Cellou Dalein Diallo a été visé ici à la Bellevue, la balle a traversé les pares brise et c’est Dieu qui l’a sauvé, Cellou Dalein Diallo a été attaqué, gazé à son domicile parfois 72h d’affilé. N’oubliez pas les journées noires quand les ‘’chevaliers de la république’’ appuyés par les forces de défense et de sécurité ont assiégé son domicile vers 2014-2015, on a été gazé combien de fois mais Cellou Dalein Diallo a toujours continué le combat.

Mais quand sa maison où il a passé plus de 20 ans avec sa famille a été rasée, il est parti parce que sa vie était en danger. Nous sommes en politique, Cellou Dalein Diallo va rentrer à Conakry mais il va coordonner cela avec le Conseil politique de son parti. Aujourd’hui il est en train de faire un travail de plaidoyer et de lobbying au niveau des institutions internationales parce que la Guinée ne peut pas évoluer à vase clos. Nous avons souscrit à des accords et à des conventions donc les garants de ces accords et de ces conventions doivent écouter le cri de cœur des Guinéens. Aujourd’hui il est l’un des rares leaders politiques qui est en train de faire ce lobbying à l’extérieur du pays.

Nous savons pertinemment que Cellou Dalein Diallo va rentrer, c’est une communication politique qu’il a faite. Mais tous les Guinéens savent que et Cellou Dalein Diallo, vous et moi et tous les autres Guinéens sommes en insécurité totale dans ce pays, nous sommes dans une incertitude totale. Nous continuons à rester là, à vivre ici parce que nous sommes des croyants, nous savons que la vie appartient à Allah. Donc c’est certain Cellou Dalein Diallo rentrera en Guinée, il a fait une communication, nous, nous l’avons compris et je pense que beaucoup de Guinéens l’ont compris aussi mais nier que sa vie est en danger en Guinée, nier qu’il y a l’insécurité en Guinée, c’est nier l’évidence.

Comment arrive-t-il à gérer le parti en étant si longtemps en dehors du pays et sevré de la chaleur de ses militants ?

Justement c’est ce qui fait la différence entre une institution politique et les ‘’cabines téléphoniques’’, c’est ce qui fait la différence entre un parti légalement institué, qui a des statuts, un règlement intérieur, des mécanismes de fonctionnement, des organes légitimes et légaux qui fonctionnent. A l’UFDG, on a un Conseil politique avec environ 60 membres, un Conseil politique issu du congrès, un Conseil politique élargi à tous les anciens députés, des Maires parce que ce sont des cadres d’un certain niveau, on a un Bureau exécutif d’environ 412 membres, on a un Comité national des jeunes d’environ 30 membres, on a un Comité national des femmes avec la même taille, on a plus de 60 Fédérations à l’intérieur du pays et on a plus de 40 Fédérations à l’extérieur du pays donc plus de 100 Fédérations. Nous avons plus de 500 Sections et plus de 5000 Comités de base en Guinée. C’est une institution.

Vous pouvez aujourd’hui aller dans un pays, dans un Etat ou dans une région d’un pays où vous ne rencontrez pas un représentant de l’Etat guinéen mais vous trouverez un responsable de l’UFDG. Quand j’ai accompagné le Président Cellou Dalein Diallo à Madagascar j’ai été agréablement surpris parce que plus de 3000 Guinéens militants de l’UFDG étaient mobilisés, il y a une Fédération UFDG qui est installée à Antananarivo. Antananarivo c’est à 15h de vol de Conakry, deux fois la France.

Donc aujourd’hui nous avons des Vice-présidents, un Coordinateur de l’ensemble des Fédérations de l’intérieur du pays avec ses collaborateurs, un Coordinateurs des Fédérations de l’extérieur avec ses collaborateurs, une Cellule de communication qui vit avec ses responsables, une multitude de mouvements qui soutiennent l’UFDG et son Président Cellou Dalein Diallo. Au sein de l’UFDG, on n’a pas un mouvement qui soutient un cadre du parti mais on a des mouvements qui soutiennent l’UFDG et son président Cellou Dalein Diallo parce que c’est lui le président du parti et c’est le candidat du parti.

Donc pour un parti organisé comme l’UFDG, que son président soit présent ou absent, il y a les règles, nous fonctionnons sur la base des règles et procédures. C’est ce qui fait bientôt près de 3 ans que le président Cellou Dalein Diallo n’est pas là mais il n’y a pas une crise de fonctionnement au sein de l’UFDG. C’est l’un des rares partis politiques qui tient ses Assemblés générales tous les samedis, même pendant la période des fortes pluies les gens viennent parce que les militants de l’UFDG sont motivés, chez nous à l’UFDG ce n’est pas 50 mille gnf et un t-shirt mais c’est la forte conviction.

« Il n’y a aucun doute, Mamadi Doumbouya veut être candidat », a déclaré votre leader. Si cela se confirme, qu’allez-vous faire ?

Cellou Dalein Diallo, leader de l’UFDG

Je crois que le président Cellou Dalein Diallo a raison de l’affirmer parce que tous les indicateurs à savoir les tournois de football qui sont organisés çà et là, la réception lors de son retour de la Chine et du Rwanda alors que le Général Mamadi Doumbouya lui-même et le CNRD avaient interdits ces mouvements de soutien, ils avaient dit devant l’opinion national et international qu’ils n’en ont pas besoin parce qu’ils sont des autorités d’une transition qui ne sont candidats à rien. Mais quand on voit un avant-projet de constitution taillé sur mesure dans lequel avant-projet on a occulté de reconduire les dispositions transitoires, les articles 45, 55 et 65 disant ‘’ni lui général Mamadi Doumbouya ni les membres du gouvernement ni les membres du CNRD ni les membres du CNT, de tous les membres des organes de la transition ne seront candidats’’, ça veut dire qu’il y a quelque chose que les Guinéens ignorent, il y a un projet quelque part qui est agrémenté par les mouvements de soutien de gauche à droite, les mamayas, les tournois et beaucoup d’autres activités qui sont organisées. Le président a raison d’alerter.

Mais moi Cellou Baldé, je ne dis pas l’UFDG, je reste persuadé que d’ici le 31 décembre le Général va s’adresser au peuple de Guinée en tant que soldat, il prendra la mesure de la responsabilité, il mettra la Guinée au-dessus de lui, il mettra la Guinée et les Guinéens au-dessus de lui, il se rappellera de l’avant 5 septembre 2021, des motivations qu’il avait invoquées pour la prise du pouvoir le 5 septembre 2021, il se rappellera de pourquoi le massacre du 28 septembre a eu lieu en 2009, de pourquoi le procès du 28 septembre a eu lieu, de tous les discours qui ont été tenus par la communauté internationale et du fait que des gens ont été condamnés pour avoir porté entorse à la démocratie, à l’Etat de droit et à l’alternance démocratique. Donc je pense qu’il ne succombera pas aux mélodies des sirènes qui veulent qu’il candidate alors qu’il n’a pas le droit de candidater comme disait l’ancien président de la Cour Constitutionnelle, Kéléfa Sall.

Le dialogue est rompu actuellement avec le Gouvernement. Êtes-vous prêts à amoindrir vos préalables pour rejoindre la table ? 

Nous nous considérons qu’il n’y a jamais eu de dialogue parce qu’on n’a jamais pris part à un dialogue. Donc dire qu’un dialogue est rompu, je me demande de quel dialogue s’agit-il ? Il n’y a pas de dialogue mais je sais qu’au mois de mars dernier sur l’invitation du nouveau premier ministre à l’époque monsieur Bah Oury, avec Thierno Saïdou Bayo secrétaire général du Parti Socialiste, nous avions représenté l’ANAD. Au cours de cette rencontre avec le premier ministre, il y avait eu des promesses comme quoi dans les prochaines heures ou jours qu’on allait être invité pour discuter des conditions d’organisation du véritable dialogue. Mais depuis 7 mois maintenant il n’y a eu absolument rien. Donc je considère qu’il n’y a jamais eu de dialogue rompu parce qu’il n’y a jamais eu de dialogue.

Sept mois après l’arrivée de Bah Oury à la Primature comment jugez-vous son action ?

Je juge le CNRD et les autorités de la transition par rapport à l’agenda des élections, pas sur une autre chose parce qu’ils n’ont pas mandat de faire autre chose. Ils ont mandat d’organiser le retour à l’ordre constitutionnel et retourner dans les casernes.

Bah Oury, Premier Ministre

Est-il sur la ligne qu’il avait tracée au début ou bien il a dévié selon vous ?

Depuis le mois de mars dernier nous attendons monsieur Bah Oury pour le véritable dialogue, jusqu’à présent ça n’a pas eu lieu. Donc je ne vois aucune action.

Que lui diriez-vous en termes de conseil ?

Maintenant là je n’ai pas de conseil à lui donner. Je lui avais donné des conseils, le jours où on s’est rencontré au mois de mars dernier. Je lui avais dit ‘’vous avez l’opportunité et la chance d’avoir deux prédécesseurs, Mohamed Béavogui et Bernard Goumou, vous avez l’opportunité de capitaliser les acquis s’il y en a eu et de tirer les leçons des faiblesses et des manquements parce que ça je suis convaincu qu’il y en eu’’. J’ai dit aussi que ‘’pour moi c’est une erreur, une mauvaise perception et une mauvaise analyse de dire que la transition va d’abord s’occuper des questions économiques, des questions sociales et enfin des questions politiques’’. Pour régler la crise économique et la crise sociale il faut résoudre rapidement la crise politique, c’est elle qui est à l’origine des autres crises. Donc la priorité c’est la crise politique’’. Voilà les conseils que je lui avais donnés mais après 7 mois je pense que les conseils n’ont pas porté fruits et aujourd’hui je n’ai pas de conseils à lui donner.

Vous venez de sortir d’une évaluation organisée par le MATD. Quel résultat avez-vous obtenu ? 

Notre parti se porte très bien. D’abord nous avons déploré qu’il y ait un manque de compétences et de performances de la part de beaucoup des cadres qui ont procédé à la saisie et tout ça, des données ont été occultées parce qu’on a affirmé dans un des documents qui avaient été livrés au cours de la rencontre que le représentant légal de l’UFDG c’est notre fédéral de Forécariah alors que ce n’était pas le cas. Quand le MATD vous pose la question de savoir si vous avez l’agrément, qu’est-ce que vous allez répondre ? Ce n’est pas eux qui donnent les agréments ? Quand le MATD vous demande ‘’vous avez participé à combien d’élections ?’’ et curieusement ils avaient dit dans ce document que l’UFDG a eu zéro député tout le temps. Donc moi je me demande c’est quoi l’objectif de cette évaluation sincèrement ?

Êtes-vous sûr que le référendum se tiendra avant la fin de l’année ?

Je ne suis sûr de rien.

Un message à l’endroit des militants de l’UFDG ?

Je salue davantage les militants de l’UFDG, je les félicite, je les remercie pour la résilience, pour la persévérance et pour la constance. Ça été difficile mais nous allons y arriver. Que les militants et les sympathisants de l’UFDG soient convaincus que nous allons y arriver. Qu’ils se mobilisent dans un élan de paix, de militantisme, d’engagement, qu’ils comptent sur la Direction nationale de l’UFDG et que nous comptons sur eux et c’est sûr que nous allons y arriver.

A l’endroit des autorités de la transition, c’est de tirer les leçons du passé récent de notre pays, de penser aux pauvres populations guinéennes. Les motifs qu’ils avaient invoqués pour la prise du pouvoir, ça n’a fait que 3 ans et même les enfants n’ont pas oublié, les Guinéens qui étaient mobilisés spontanément ce jour-là, le 5 septembre 2021 n’avaient pas reçu 50 mille gnf et il n’y avait même pas de t-shirt dont il ne faut pas trahir ces populations, il ne faut pas trahir les attentes de ces populations.

Les routes de notre pays sont dans un état de dégradation inacceptable alors pourquoi continuer à faire la mamaya, à confisquer les droits et libertés, d’empêcher l’organisation des élections libres et transparentes, l’alternance démocratique garant du développement socio-économique et durable à travers des autorités civiles légalement et légitimement établies. Ils n’ont qu’à organiser les élections pour que les militaires rentrent dans les casernes et pour les autres la vie va continuer après les élections. Nous sommes tous des Guinéens. Donc ils n’ont qu’à favoriser l’éclosion de l’alternance dans notre pays pour qu’enfin ce pays puisse amorcer le développement socio-économique.

Au peuple de Guinée, c’est d’être conscient, c’est de prendre conscience de la situation dans laquelle se trouve notre pays aujourd’hui. Nous sommes à la croisée des chemins, nous devons tout faire pour éviter à notre pays des lendemains incertains. Nous devons coûte que coûte maintenir la paix et la stabilité dans notre pays et le travail pour maintenir la paix c’est dans la vérité et non dans le mensonge.

Interview réalisée par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 666 134 023

Créé le 30 septembre 2024 12:12

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