Abdourahmane Sano : « C’est le moment où jamais pour tous les acteurs de se ressaisir…»

CONAKRY-Resté silencieux depuis le début de l’année, Abdourahmane Sano a brisé le silence. Dans cette interview qu’il a accordée à Africaguinee.com, l’ancien coordinateur national du FNDC dissous évoque l’arrestation de deux de ses anciens collaborateurs. L’ex ministre évoque aussi la crise d’électricité et d’autres défis auxquels la Guinée est confrontée. Alors que les forces vives de Guinée appelle à la mobilisation des guinéens pour le retour à l’ordre constitutionnel, M. Sano appelle au calme, à la sérénité et au dialogue pour permettre au pays de passer ce cap préoccupant. Entretien exclusif!

 

AFRICAGUINEE.COM : Comment réagissez-vous à l’arrestation de vos anciens collaborateurs Oumar Sylla et Billo Bah ?

ABDOURAHMANE SANO : Je suis inquiet en même temps solidaire avec ces deux anciens collaborateurs, Oumar Sylla et Mamadou Billo Bah. Je suis assez préoccupé. A ce stade, je ne peux qu’être profondément touché par la situation qu’ils vivent actuellement. 

Ce sont des pratiques que vous avez aussi combattues sous le régime d’Alpha Condé, renversé par ceux qui dirigent la Guinée actuellement…

Ce qu’il faut souhaiter, c’est le respect de la loi dans le pays. Je pense qu’ils (Foniké et Billo Bah) ont beaucoup plus leur place actuellement, dans la situation où on est, auprès d’un parquet pour qu’on puisse savoir exactement qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce qu’on leur reproche.

En tout cas, le défi c’est de respecter la procédure légale. Je pense et j’espère que ça va être le cas le plus rapidement possible pour qu’on ne sorte jamais de la légalité dans les actes que nous posons.

Qu’est-ce que cela vous fait de revoir les mêmes pratiques revenir sous l’ère CNRD ?

Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une culture de gouvernance qui (se trouve), dans le contexte d’une opposition entre les gouvernants et les activistes d’une manière générale que ce soit les politiciens, la société civile ou d’autres acteurs. Et lorsque cette opposition est perçue comme étant quelque chose de politique, effectivement nous avons l’habitude d’être confrontés à ce genre de situations. Donc, ce n’est pas quelque chose qui a disparu, il n’y a rien de nouveau. Mais il est tout simplement regrettable que cela se poursuive.

A votre avis, qu’est-ce qui aurait été mieux dans un tel contexte ?

En janvier 2023, j’ai fait une alerte dans une communication que j’ai eue à faire à travers une déclaration. J’ai alors tiré la sonnette d’alarme. On est dans une situation extrêmement difficile et très malheureusement qui continue à se détériorer de jour en jour. C’est le moment où jamais pour tous les acteurs de se ressaisir et de mettre l’intérêt de la Nation au-dessus de tout pour calmer le jeu. Il faut mettre la balle à terre, faire en sorte qu’on puisse créer les conditions d’un échange fructueux, sincère permettant de mettre le pays dans une meilleure posture parce que la situation est extrêmement préoccupante, et c’est grave.

La situation est grave, vous l’avez souligné. Et la presse privée en paie déjà le prix car depuis mai 2024, des médias de grande écoute ont vu leurs agréments retirés et interdits par la suite d’émettre. Aujourd’hui c’est des centaines d’emplois qui sont détruits. De quel œil observez-vous cette situation ?

C’est des situations malheureuses et regrettables. Mais tout cela s’inscrit dans la logique de détérioration de la situation, progressivement. C’est pourquoi en janvier 2023, sous forme d’une lettre au président, j’ai fait une prise de parole, j’ai attiré sur la dégradation de la situation. Cela se poursuit aujourd’hui encore, je crains qu’on ne soit arrivés au point de non-retour par rapport à la radicalisation, et ce serait dommage.

A vous entendre, on a l’impression que vous n’avez pas été écouté à travers la lettre que vous avez adressée au président Général Mamadi Doumbouya…

Je n’ai pas parlé pour qu’on suive ce que j’ai dit. J’ai pris la parole pour un éveil de conscience sur la situation dans laquelle on est, parce que lorsque la situation est dangereuse comme c’est le cas aujourd’hui, elle est pour tout le monde. Et on ne sait jamais ce qui peut arriver, c’est cela qu’il faut craindre en plus du fait que notre pays est en train de tourner en rond sinon même de reculer. Ce qui est dommage, c’est pour toute une génération d’acteurs, nous tous qui sommes aujourd’hui présents, et même nous observateurs parce qu’on est devenu des observateurs au lieu d’être des acteurs, nous avons tous une certaine responsabilité, mais les autorités le plus. Malheureusement tout ce que nous posons comme actes concourent à aller vers l’aggravation de la situation. C’est vraiment dommage.

Depuis décembre 2023, la Guinée est à nouveau confrontée à une crise d’électricité qui affecte sérieusement les ménages dans la capitale et certaines villes du pays. Comment comprenez-vous qu’une telle crise refait surface alors que le régime précédent avait quand-même fait des progrès dans ce secteur ?

C’est la gouvernance. Au fait, dès lors que nous sommes dans une culture où l’Etat est la vache laitière, le moyen le plus facile de s’enrichir, la corruption est dominante depuis des décennies, ce qui justifie l’engagement public des principaux acteurs il ne faut pas s’attendre à ce moment-là à des services sociaux de qualité fournis par les agences de l’Etat. Ce n’est pas possible parce que la corruption ronge partout, et donc les élus se dégradent. Ce qui nous rattrape aujourd’hui, ce qu’on a tenté de faire des trucs, en tenant compte des objectifs politiques pas pour servir le peuple, développer le pays, c’est par rapport à des calculs politiques et ça ne marche pas comme ça. C’est un problème de gouvernance de fond qui nous rattrape.

Parlant de la perspective de résoudre la crise énergétique, le premier ministre Amadou Oury Bah a annoncé que le problème ne pourrait être résolu que d’ici un an, qu’en pensez-vous ?

Je pense que le premier ministre a trouvé ce problème. Bref, je ne souhaite pas faire de commentaires sur ses propos.

En plus de la crise énergétique, des activistes dénoncent la cherté de la vie. Oumar Sylla et Billo Bah faisaient partie de ceux-là. Comment analysez-vous cette situation ?

Comme je l’ai tantôt dit, la situation est grave et c’est préoccupant. Parce que c’est beaucoup de choses qui sont en train d’assaillir les autorités actuelles au point que nous voyons déjà des difficultés auxquelles elles sont confrontées. Moi j’en suis très inquiet.

A suivre !
Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 15 juillet 2024 11:50

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