Kindia: A la rencontre de Mohamed Bangoura, un génie en herbe…

KINDIA – Au quartier Sambaya, le talent n’attend pas le nombre des années, ni les moyens. Mohamed Lamine Bangoura, 15 ans, élève en classe de 9ème, est l’incarnation d’une ingéniosité mécanique rare. Ce jeune homme transforme des matériaux de récupération en engins fonctionnels, allant des véhicules aux avions, en passant par des machines à piler. Une passion dévorante, hélas entravée par la précarité de ses conditions de travail.

Un talent né du recyclage

Pour donner vie à ses inventions, Mohamed utilise ce que d’autres considèrent comme des déchets : des chutes de carton, des restes de fils électriques, des bobines usagées et des batteries de seconde main. Malgré ces ressources limitées, il réussit à simuler des modèles impressionnants : camions, bateaux, hélicoptères, et même des dispositifs industriels miniaturisés. Son travail est une démonstration concrète du génie inventif.

L’aventure a commencé très tôt. « J’ai fait ma première fabrication à l’âge de 13 ans : un hélicoptère en carton de quatre places. Peu après, l’idée m’est venue d’en fabriquer un autre qui vole réellement. Depuis, je crée énormément de choses », confie-t-il.

Le secret de sa mécanique, l’observation

L’élève-inventeur ne recourt à aucune notice ou plan complexe. Son secret réside dans une observation minutieuse du monde qui l’entoure.

« Toutes ces fabrications résultent de mon imagination et sont faites de carton. Grâce à Dieu, cette ingéniosité n’est nullement difficile pour moi. Ce n’est pas sorcier, il me suffit juste de bien observer les choses. Dès que je tombe sur quelque chose qui me plaît, je l’examine une ou deux fois pour m’en faire une idée nette. C’est ma manière de faire : je décide de fabriquer et vais observer les parties essentielles pour la reproduire immédiatement », a-t-il expliqué.

Mohamed détaille la complexité de ses mécanismes, notamment ses machines à piler qui utilisent un Bic comme axe, ou encore son bateau où deux bobines de récupération sont mises en contact pour alimenter une ampoule, créant ainsi une source d’énergie ingénieuse.

L’ingéniosité face au manque de matériel

Le manque de matériel est le principal obstacle de Mohamed, mais il y fait face avec une détermination sans faille, développant sans cesse des « plans B ».

« Comme je manque de matériel, je trouve toujours une alternative. Ce bateau, par exemple, est juste fait de bouts de chiffon extraits de restes de bobines de télévisions et de réfrigérateurs. Pour l’avion, je n’utilise pas de matière lourde car le moteur doit être très puissant. J’utilise des bobines très fortes pour créer un vent suffisant via les ventilateurs. Si la bobine est puissante, l’avion décolle », explique-t-il, soulignant le rôle central de l’expérimentation en électricité et des champs magnétiques dans ses créations.

Actuellement, il utilise principalement des bobines, fils, batteries, poulies, carton et colle. « C’est difficile de se procurer la bonne colle ici, alors j’utilise d’autres types. Je suis toujours en quête de solutions. »

Une ambition au service du pays

Malgré ses contraintes, Mohamed Lamine Bangoura nourrit une ambition colossale : devenir ingénieur constructeur de machines industrielles et mettre son talent au service du développement national.

« Quand j’aurai du matériel suffisant, je travaillerai pour le pays. J’ai l’idée de fabriquer des engins de qualité. Si j’ai les moyens de faire quelque chose, je le réussis toujours. Je ne peux pas garder ce savoir pour moi seul, je peux même l’enseigner à d’autres. Mais il faut d’abord que j’obtienne les moyens nécessaires », a-t-il dit.

Son rêve est clair : disposer d’un véritable laboratoire et de matériels modernes pour transformer ses maquettes en prototypes fonctionnels. « Soutenu, je peux faire beaucoup de choses. J’ai plein d’idées pour aider le pays. »

Mohamed Bangoura lance un appel direct à ceux qui pourraient l’aider, assurant qu’il est prêt à fournir des preuves de son talent. « Qu’ils me donnent juste du matériel et des matériaux, car je suis sûr de ce que je dis. J’ai vraiment beaucoup d’idées. »

Reportage réalisé par Chérif Keïta

Correspondant régional d’Aficaguinee.com

À Kindia

Créé le 14 novembre 2025 13:10

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