A la rencontre de Finda Simbiano, unique combattante rescapée des attaques rebelles contre Guéckédou : « J’ai fait 7 jours au Libéria pour venger mon papa… »
GUECKEDOU- Arrosé par le fleuve Makona qui sépare la Guinée du Liberia, Kendou est à 1 kilomètre du centre-ville de Guéckédou. Fin 1999 début de l’an 2000, ce village avait été assiégé par des rebelles avant l’assaut contre Guéckédou-ville. Au moins au moins 7 personnes avaient été tuées, toutes les habitations incendiées par les agresseurs venus du Liberia voisin.
Finda Simbiano, la seule femme combattante qui a survécu aux attaques rebelles, est de Kendou et y vit toujours. Très jeune au moment des faits, son papa fait partie des 7 personnes qui ont été tuées, lors du passage des rebelles dans le village. Affectée à l’époque, elle a décidé d’intégrer le groupe des volontaires pour dit-t-elle venger son papa.
Dans la série de reportages initiés par Africaguinee.com dans cette zone sinistre près de 25 ans après les faits tragiques, nous sommes allés à la rencontre de cette femme au courage herculéen. Son témoigne sur ce moment sombre de l’histoire de la Guinée donne de la chair de poule.
« La guerre nous a trouvés dans ce village. Au départ nous avions fui. C’est dans ce mouvement que les rebelles ont tué mon papa. Après nous y sommes retournés, mais il y avait encore beaucoup de rebelles ici. Nous avons récupéré son corps et nous l’avons fait rentrer à la maison. Pendant ce temps, ils ont encore tué un militaire qui était là tout comme mon frère qui était brigadier. Ils ont tué beaucoup de personnes à Kendou. Au moins, il y a eu 7 personnes tuées ici. Après le passage de la première vague de rebelles, nous nous sommes retournés pour enterrer nos parents.
C’est ainsi que je me suis décidée de venger mon défunt papa en intégrant l’équipe des volontaires. Nous sommes partis à Tékoulo pour prendre quelques protections. Nous sommes allés au Liberia où nous avons passé 7 jours. Mais quand on partait, aucun d’entre nous n’avait une arme à feu. Je voulais vraiment venger mon papa. Sûr de notre protection, on se promenait avec des gourdins. Nous sommes retournés à Tékoulo après 7 jours.

Après, ils ont donné l’ordre aux militaires de venir chercher tous les volontaires à Tékoulo pour rallier le camp militaire. C’est arrivé au camp, qu’ils ont partagé les armes pour nous. Ils nous ont ainsi demandé de rallier les différentes frontières pour la garde. Nous sommes restés aux frontières jusqu’à la fin de la guerre », explique Finda Simbiano.
Depuis cette date, Finda a tenté en vain d’intégrer l’armée guinéenne. Elle soutient que malgré les dégâts enregistrés dans son village, le gouvernement n’a apporté aucun soutien à ses habitants. Un regret qui l’habite.
« Après la guerre, ils ont enrôlé certains volontaires au sein de l’armée. Moi j’ai fait la course deux fois. La première fois, j’avais réussi ; ils m’ont demandé de payer de l’argent mais je n’en avais pas. Ils m’ont donc fait remplacer par une autre personne. Pour la deuxième fois, c’était sur la route de Nongoa. On a fait la course, j’ai été deuxième. Mais avec tout ça, ils ne m’ont pas pris. C’est ce qui m’a découragé. Pour la première fois, je venais d’accoucher à peine une semaine, ma maman m’avait même interdit de participer, j’ai fait la têtue, j’ai eu mais ils m’ont remplacée.

Il y a beaucoup de nos amis volontaires qui sont déjà décédés. Ils nous ont pris d’ici jusqu’à Nzérékoré nous promettant l’intégration dans l’armée, en vain. Après la guerre, beaucoup de personnes hésitent à y retourner. La maison que vous voyez là avait été incendiée. Nous en avons construit une autre. C’est Plan Guinée qui nous a apporté de l’aide. C’est ce qui a fait que certains même sont revenus, sinon beaucoup n’avaient même plus de logement parce que tout a été saccagé. Nous n’avons reçu aucune aide gouvernementale », raconte la jeune dame.

‘’Il y avait que deux femmes dans l’équipe des volontaires. L’une avait trahi pour rejoindre l’équipe adverse. Elle avait été éliminée parce qu’en matière de guerre, dès que tu trahis, on t’élimine. Finda Simbiano est donc l’unique fidèle combattante qui a fait et terminé la guerre sans problème’’, précise le capitaine Colombo.
Aly Pino Kamano, actuel doyen de Kendou, fait partie des jeunes engagés à l’époque pour faire des patrouilles à la frontière. Il se souvient de la peur qui hantait les habitants désarmés et exposés à la cruauté des assaillants.
« Nous sommes riverains du fleuve qui sépare la Guinée du Libéria. Les quartiers ont confié le maintien d’ordre aux civils. Chaque village a mobilisé 20 personnes pour faire la patrouille. Il n’y avait aucun militaire parmi nous. En ce moment, tout le monde avait peur de descendre au fleuve. Nous avons monté un hangar ici.

Un jour, nous avons entendu un bruit : ce sont les rebelles qui venaient mais nous n’avions pas de fusil. Puisque chacun fuyait pour rallier la ville, nous aussi nous nous sommes échappés, on est monté ensemble. Quand les assaillants sont arrivés ici, le premier jour, ils ont tué sept personnes parmi les vieilles personnes qui y étaient restées. C’était un mardi vers 1h du matin », se souvient Aly Pino Kamano, doyen du village Kendou.
A suivre !
De retour de Guéckédou,
SAKOUVOGUI Paul Foromo
Correspondant Régional d’Africaguinee.com
A Nzérékoré.
Tél : (00224) 628 80 17 43
Créé le 21 août 2024 14:24Nous vous proposons aussi
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