NaturaGuinée : trois ans de résultats, les partenaires plaident pour la consolidation des acquis
CONAKRY-Le projet NaturaGuinée, consacré à la préservation des espaces naturels et des espèces emblématiques de la Guinée, a présenté le bilan de ses trois premières années de mise en œuvre. La quatrième session du Comité national de pilotage s’est tenue ce mercredi 4 novembre 2026, à Conakry, en présence des autorités guinéennes, des partenaires techniques et financiers ainsi que des représentants des communautés. Cette rencontre a permis de faire le point sur les résultats obtenus depuis le lancement du projet, le 19 janvier 2024, mais également d’examiner les difficultés rencontrées et de définir les prochaines actions pour renforcer la protection de la biodiversité.

Au nom du Directeur général de l’Office guinéen des parcs nationaux et réserves de faune (OGPNRF), le lieutenant Mamady Tounkara a rappelé les nombreuses menaces qui pèsent sur les ressources naturelles du pays. Il a notamment cité la déforestation, les feux de brousse, le braconnage, le trafic des espèces sauvages et les effets du changement climatique. Il a également insisté sur la nécessité de concilier le développement économique et la protection de l’environnement, notamment dans les zones concernées par les grands projets d’infrastructures.
« Concilier développement économique et conservation n’est donc pas une option, mais une nécessité. Notre pays dispose d’un patrimoine naturel exceptionnel qu’il nous appartient de protéger. C’est dans cette dynamique que la Guinée s’est engagée à couvrir 30 % de son territoire national en aires protégées terrestres et marines d’ici 2030 », a-t-il déclaré.

Le représentant de l’OGPNRF a par ailleurs attiré l’attention sur les impacts potentiels du chemin de fer Transguinéen dans le paysage du futur parc national de Bafing. Il a appelé les partenaires à veiller au respect des mesures environnementales.
« La question n’est pas d’opposer le développement à la conservation, mais de veiller à ce que les mesures d’atténuation soient réellement appliquées et suivies. Nos recommandations doivent être précises, assorties de responsabilités et d’échéances claires », a-t-il souligné.
Le directeur pays de la Wild Chimpanzee Foundation (WCF), Pacifique Kizila, a salué les avancées enregistrées grâce à la collaboration entre les institutions guinéennes, les partenaires et les communautés locales. Il a évoqué les progrès réalisés dans la gestion des paysages naturels, le suivi écologique, la formation des jeunes et le renforcement des capacités des agents de conservation.
« Ce quatrième comité de pilotage marque une étape importante. Après avoir posé les bases institutionnelles et enregistré nos premiers succès sur le terrain, nous sommes désormais dans une phase de consolidation et d’accélération de nos actions. Notre objectif est de protéger les espèces emblématiques, notamment les chimpanzés et les éléphants, tout en renforçant l’économie verte au bénéfice des populations rurales », a-t-il expliqué.

Le responsable de la WCF a également mis en avant les efforts en faveur des communautés. Selon lui, le programme d’éducation environnementale Club P.A.N. a touché 612 enfants dans 12 écoles des paysages de Badiar et de Pinselly-Soya-Sabouyah. Près de 2 000 villageois ont également été mobilisés à travers les journées communautaires.
Toutefois, Pacifique Kizila n’a pas occulté les défis liés à la réalisation du projet Simandou, notamment le passage du corridor ferroviaire dans des zones abritant des espèces menacées.

« Le tracé du corridor ferroviaire traverse des habitats d’une grande sensibilité écologique. La zone du futur parc de Pinselly-Soya-Sabouyah abrite notamment une population importante de chimpanzés et d’éléphants. Face à cette réalité, nous avons privilégié le dialogue avec les acteurs industriels et l’État guinéen afin de mettre en place des mesures de suivi et d’atténuation des impacts sur la biodiversité », a-t-il indiqué.
Pour sa part, Marie Shand, chargée de programme à l’Union européenne, a présenté plusieurs résultats enregistrés dans le cadre du projet. Elle a notamment évoqué les avancées en matière de gouvernance territoriale, de protection des espèces, de restauration des écosystèmes et d’amélioration des revenus des communautés. Elle a indiqué que les interventions de NaturaGuinée concernent près de 6 000 km² de paysages naturels dans les zones de Badiar et de Pinselly-Soya-Sabouyah.

La représentante de l’Union européenne a également mis en avant les résultats obtenus dans les activités génératrices de revenus, notamment la production de karité, de miel et le maraîchage, qui contribuent à améliorer les conditions de vie des populations.
Mais au-delà de ces acquis, Marie Shand a insisté sur l’urgence de finaliser le processus de création du parc national de Pinselly-Soya-Sabouyah. « Le processus de création de ce parc est déjà une réalité sur le terrain. Il est maintenant nécessaire que cette légitimité se traduise par un acte juridique. Nous attendons donc l’officialisation du décret portant création du parc national de Pinselly-Soya-Sabouyah. Cette reconnaissance permettra de consolider les efforts de conservation et d’offrir de nouvelles perspectives, notamment en matière d’écotourisme et de développement des communautés », a-t-elle plaidé.

Elle a également estimé que les douze prochains mois seront déterminants pour consolider les résultats du projet et préparer la suite des interventions.
Présidant les travaux, le secrétaire général du ministère de l’Environnement et du Développement durable, Dr Karim Samoura, a qualifié NaturaGuinée de projet ayant enregistré des résultats concrets sur le terrain. Il a particulièrement salué l’amélioration de la gestion des espaces protégés et l’implication des communautés dans les activités de conservation.
Selon lui, les actions menées ont permis de renforcer les capacités des conservateurs de la nature, de soutenir les populations riveraines et de favoriser une meilleure cohabitation entre les activités économiques et la protection de l’environnement.

« Quand on va vers la fin d’un projet et qu’on a la possibilité de parler de résultats concrets, notamment en faveur de l’amélioration des conditions de vie des communautés, c’est une satisfaction. Nous allons dans les villages, nous constatons les réalisations et nous voyons les bénéficiaires présenter eux-mêmes les résultats avec enthousiasme », a-t-il fait remarquer.
Le secrétaire général a également annoncé que les réflexions sont déjà engagées autour d’une deuxième phase du projet, qui devrait permettre de consolider les acquis et d’élargir les interventions au massif du Fouta Djallon.
« Nous sommes aujourd’hui dans une perspective de transition entre la fin de NaturaGuinée 1 et le démarrage de NaturaGuinée 2. Cette nouvelle phase, qui pourrait s’étendre sur cinq ou six ans, permettra de consolider les résultats obtenus et de les inscrire durablement dans le développement local. Elle permettra également d’étendre les actions à l’ensemble du massif du Fouta Djallon », a-t-il annoncé.

Dr Karim Samoura a enfin souligné que cette deuxième phase devra contribuer à renforcer la gouvernance environnementale et à accompagner la mise en place de l’Agence nationale de gestion intégrée du massif du Fouta Djallon.
À travers cette quatrième session, les responsables du projet et leurs partenaires entendent ainsi consolider les acquis des trois premières années et préparer les prochaines étapes de NaturaGuinée, avec pour ambition de faire de la conservation de la biodiversité un véritable levier de développement durable en Guinée.

Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 4 novembre 2026 19:46Nous vous proposons aussi
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