Nzérékoré : un conflit domanial latent provoque des tensions à Boma 2…

NZÉRÉKORÉ -Des tensions ont éclaté ce mardi 3 novembre 2026 dans le secteur de Boma 2, dans la commune rurale de Samoé, préfecture de Nzérékoré. Des agents des forces de l’ordre ont arraché des portes des plusieurs concessions. Mécontents de cette intervention, des jeunes ont brûlé des pneus sur la chaussée.

Selon les témoignages recueillis sur place, des portes ont été arrachées et emportées, provoquant l’indignation de plusieurs occupants.

 En réaction, des jeunes du secteur ont investi la chaussée et brûlé des pneus pour dénoncer cet acte jugé injuste et attentatoire à leurs droits. Une unité des forces de défense et de sécurité est intervenue pour rétablir le calme. Au moment de notre passage, la situation était redevenue calme.

Sur place, plusieurs familles affirment vivre dans ces concessions depuis plus de trente ans et disent ne pas comprendre les conditions d’exécution de cette opération.

 Selon Pasteur David Lamah, le différend foncier remonte à plusieurs décennies. Son beau-père, Maxime Gbèkouya, décédé en 2009, avait acquis et occupé la concession depuis plus de trente ans, explique-t-il.

 « Le problème ne date pas d’aujourd’hui. Le mois dernier, nous avons reçu un document faisant état d’un conflit sur le domaine. On nous a annoncé qu’un dernier jugement avait été rendu en faveur de Charles à la Cour d’appel de Kankan, mais nous n’avons jamais eu connaissance du contenu exact de cette décision », déplore-t-il.

 Le religieux affirme que les occupants avaient entrepris des démarches pour trouver une solution à l’amiable, avec l’implication de personnes ressources. Il soutient également que plusieurs familles avaient été invitées à préparer une somme de deux millions de francs guinéens chacune dans le cadre des négociations.

Mais, selon son témoignage, la situation a pris une autre tournure ce mardi matin, alors qu’il était à son lieu de travail.

« Je suis sorti comme d’habitude pour aller au travail après avoir déposé les enfants à l’école. C’est après qu’on m’a appelé pour m’informer que des militaires étaient venus à la maison et avaient enlevé les portes. En arrivant, j’ai fait le constat. Mes portes ont été arrachées. Je demande simplement que justice soit faite », raconte Pasteur David Lamah.

Il affirme également que de l’argent conservé dans sa concession a disparu au cours de cette opération, une accusation à vérifier.

D’autres habitants disent être victimes de cette situation. C’est le cas de Mamadi Kourouma, chauffeur. Ce dernier affirme avoir acquis son domaine à deux reprises auprès des deux parties impliquées dans le litige. 

« J’ai acheté mon domaine une première fois auprès des éléments de Charles pour environ 130 millions de francs guinéens. Ensuite, lorsque les enfants d’Apollinaire se sont manifestés, je leur ai également remis 35 millions. Je détiens les documents relatifs à ces transactions. Nous ne voulons pas de querelles à Nzérékoré, nous voulons la paix », explique-t-il.

Selon lui, plus de cinq concessions ont été touchées par l’opération de ce mardi. Il interpelle les autorités afin qu’elles s’impliquent pour éviter une aggravation de la situation. 

Même son de cloche chez N’na Fatou, habitante concernée. Affectée, elle affirme que sa famille vit dans le secteur depuis plusieurs décennies et dénonce les difficultés rencontrées.

« Chaque fois, ils viennent nous demander de quitter nos concessions. Nous avons trop souffert. Nous avons passé plus de trente ans ici, nous avons fait nos enfants et nos petits-enfants. Aujourd’hui, on nous demande de payer 120 millions de francs guinéens. Où allons-nous trouver cet argent ? », s’interroge-t-elle, avant de lancer un appel à l’aide aux autorités nationales.

Face à la tension, le maire de Samoé, François Édouard Koné, s’est rendu sur les lieux pour effectuer un premier constat. Il dit avoir été informé de la situation par le chef de secteur et avoir constaté l’arrachage de plusieurs portes et fenêtres.

« J’ai vu les portes enlevées et certaines fenêtres également. On me fait comprendre que ce sont les forces de l’ordre qui ont fait cela. Pour le moment, je ne peux pas me prononcer davantage. J’ai identifié quelques personnes, notamment trois hommes et trois femmes, avec lesquelles je vais échanger pour comprendre concrètement comment les choses se sont passées », a-t-il déclaré.

Tout en appelant les jeunes au calme, l’autorité communale estime nécessaire de faire la lumière sur cette affaire avant toute prise de position.

 Pour l’heure, aucune communication officielle du parquet près le Tribunal de première instance de N’zérékoré n’a été faite sur les circonstances de cette opération. Approché, le parquet de Nzérékoré promet toutefois de communiquer sur cette affaire faisant grincer des dents au secteur Boma.

À suivre…

Paul Foromo SAKOUVOGUI

Correspondant Régional d’Africaguinee.com en Guinée Forestière.

Tél. (00224) 628 80 17 43

Créé le 3 novembre 2026 17:00

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