« Dar-es-Salam était devenu une honte nationale » : les “vérités crues” d’Aboubacar Camara

CONAKRY- Après plus de trois décennies d’exploitation, la décharge d’ordures de Dar-es-Salam, située dans la commune de Gbessia, est officiellement fermée. Elle laissera désormais place à un projet de réhabilitation visant à transformer le site en parc environnemental. Les travaux de ce projet d’envergure ont été lancés ce lundi 2 novembre 2026 par le Premier ministre, Amadou Oury Bah.

Cette initiative gouvernementale, portée par le ministère de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, intervient un peu plus de deux mois après l’éboulement survenu sur le site, qui avait fait 36 morts, dont des ressortissants de la Sierra Leone. Ce drame avait endeuillé de nombreuses familles, détruit des habitations et profondément marqué les populations riveraines.

Pour le ministre de l’Assainissement, ce drame, après tant d’autres survenus au fil des années, restera gravé dans la mémoire collective. « Pendant près de trois décennies, sur plus de 280 000 mètres carrés, se sont accumulés ici plus de 9 millions de mètres cubes de déchets, soit environ 7,2 millions de tonnes », a rappelé Aboubacar Camara.

Selon le ministre, le site a rejeté dans l’atmosphère quelque 250 000 tonnes de méthane, soit l’équivalent de 6 millions de tonnes de CO2, tandis que les lixiviats se déversaient, sans traitement, dans le sol, la nappe phréatique et, malheureusement, jusqu’au littoral. « Mais derrière les chiffres, il y a des hommes », a-t-il rappelé.

Selon les estimations des services du ministère de l’Assainissement, fondées sur les références de l’OMS et avec l’appui de la ministre de la Santé, entre 150 000 et 250 guinéens ont vécu quotidiennement à moins de deux kilomètres de cette décharge, soit près d’un demi-million de personnes sur une période de 25 ans.

« Les fumées, les incendies, les gaz du massif, les mouches et les rongeurs ont laissé leurs marques dans ce quartier. Des milliers de cas de bronchites et d’asthmes chroniques, des nourrissons nés trop petits, des récupérateurs à la santé brisée, et presque tous ignoraient, car nul n’a jamais relié leur mal à l’air qu’ils respiraient », a expliqué le ministre de l’Assainissement.

Selon Aboubacar Camara, en décidant la fermeture de ce site, le président de la République vient d’éteindre une catastrophe écologique, sanitaire et environnementale dont nul ne pourra jamais mesurer l’ampleur silencieuse.

« Il vient de sauver des vies qui ne porteront jamais son nom, parce que nous ne saurons jamais qu’elles ont été sauvées. Il vient de rétablir une dignité que nous tous, habitants de cette capitale, avions fini par ne plus espérer », a indiqué le ministre, priant le Premier ministre, au nom des populations de Dar-es-Salam et de son département, de transmettre leur profonde gratitude.

« Dar-es-Salam était devenu une honte nationale »

Aboubacar Camara a estimé que la décharge de Dar-es-Salam était devenue une honte nationale.

« Quels que furent les efforts consentis pour assainir Conakry, tant que cette décharge demeurait ouverte, rien n’avait d’impact. Sa fermeture n’est donc pas une réussite parmi d’autres, elle est la condition de toutes les autres. C’est un événement historique », a ajouté le ministre.

Le projet lancé ce lundi prévoit notamment la stabilisation du massif de déchets, la couverture étanche du site, la mise en place d’un système de drainage ainsi que le captage et le traitement des gaz.

« Ces interventions réduiront durablement les risques d’éboulement, d’incendie et de nouvelle pollution. Et puis viendra le parc. Un parc urbain végétalisé, ouvert à la population. Pour la première fois, le Conakryka pourra dire à sa famille, un week-end : “Allons nous promener et prendre de l’air au parc de Dar-es-Salam.” »

Là où s’élevait une montagne de déchets, s’imposera désormais un espace de verdure, visible de tout étranger qui atterrira à Conakry et qui portera, selon le ministre, un message silencieux mais profond.

« Une fois à l’aéroport, dans la tête de tout étranger, ce sera écrit : “Ici, nous avons choisi de cohabiter avec la nature. Respectez-la ou quittez notre pays” », a indiqué le ministre de l’Assainissement.

Un financement pérenne pour lutter contre l’insalubrité

Aboubacar Camara a rappelé que l’assainissement ne peut reposer sur les seules interventions de l’État. Il exige, selon lui, l’engagement des collectivités, des communautés, des entreprises et de chaque citoyen.

« Nous devons combattre les dépôts anarchiques, protéger nos espaces publics et enraciner la culture de la salubrité depuis les écoles », a-t-il ajouté, annonçant que la brigade de salubrité, les actions de sensibilisation et les numéros verts y contribueront. Mais, a-t-il insisté, la prévention passe d’abord par les comportements quotidiens.

Le lancement de ce projet constitue une étape, mais il ne marque pas la fin du combat contre l’insalubrité, a souligné le ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures.

« Notre devoir sera de veiller à la qualité des travaux, à la maîtrise des risques et à la préservation durable des résultats. Je dois le dire avec franchise : la réhabilitation de Dar-es-Salam ne mettra pas à elle seule un terme à la situation que connaît notre pays tout entier en matière d’insalubrité. Pour en sortir définitivement, il nous faut un mécanisme de financement pérenne », a-t-il souligné.

La pré-collecte, la collecte, le transport, le tri et la valorisation des déchets forment une chaîne continue dont chaque maillon a un coût permanent. Selon le ministre, le budget national ne peut, à lui seul, supporter durablement cette charge.

Plusieurs leviers existent, a-t-il indiqué, notamment le principe « pollueur-payeur », une contribution de salubrité, une redevance sur la mise en décharge et les partenariats public-privé, dont le projet de Dar-es-Salam constitue une illustration.

« C’est à ce prix que nous éviterons la naissance de Dar-es-Salam dans les régions et dans nos préfectures. Nous devons à la mémoire des disparus, aux familles éprouvées et aux générations futures de faire de la sécurité, de la santé publique et de la protection de l’environnement des engagements permanents », a-t-il préconisé.

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 2 novembre 2026 17:01

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: ,

BSTP

TOTAL

YELLOWBET

UBA

LONAGUI

SONOCO

AGB2G

CBG

smb-2

Consortium SMB-Winning

Annonces

Recommandé pour vous

Annonces