De la tenue aux écoles militaires, comment la Guinée a réinventé son armée ? les confidences d’Ansoumane Toumany Camara de la DIRPA…

CONAKRY- À l’occasion du 68ᵉ anniversaire des Forces armées guinéennes, le directeur de l’Information et des Relations publiques des Armées (DIRPA), Ansoumane Toumany Camara, revient sur les grandes mutations de l’institution militaire depuis 1958, notamment les réformes engagées depuis 2021. Formation, équipements, sécurisation des frontières, nouvelles technologies, droits humains, communication et rapprochement avec les populations : il détaille les évolutions de l’armée guinéenne et ses réponses face aux nouvelles menaces sécuritaires.

AFRICAGUINEE.COM : Nous sommes à quelques heures de la célébration du 68ᵉ anniversaire de la création de l’armée guinéenne. Pouvez-vous revenir brièvement sur l’histoire de cette armée, notamment sur le caractère commémoratif et la signification de cette date pour l’institution militaire et la nation guinéenne ?

ANSOUMANE TOUMANY CAMARA : Pour commencer, je dis merci aux médias, aux journalistes et aux techniciens qui, à chaque grand événement des Forces armées guinéennes, font de leur mieux pour accompagner l’institution militaire. C’est aussi votre élan patriotique qui contribue à la sécurisation et à l’encouragement de ces forces de défense et de sécurité qui, nuit et jour, veillent sur notre sécurité, mais aussi sur notre intégrité territoriale.

Le 1er novembre 2026 marque le 68ᵉ anniversaire de la création des Forces armées guinéennes. Vous n’êtes pas sans savoir que, pour toute nation, l’armée constitue une colonne vertébrale. Quand vous regardez la date de l’indépendance, le 2 octobre 1958, et celle de la création de l’armée, le 1er novembre de la même année, il y a juste un mois entre ces deux grandes dates.

Pour qu’une nation se tienne debout, il faut des forces de défense et de sécurité capables de protéger ses frontières et son intégrité territoriale, mais aussi de mettre en place des structures qui veillent sur la sécurité intérieure.

C’est pourquoi, après la courageuse option prise par la Guinée en 1958, en étant l’unique pays à avoir choisi l’indépendance au sein de la colonie française en Afrique de l’Ouest, il fallait renforcer la sécurité du pays et poser les bases réelles de la consolidation de cette indépendance. Le 2 octobre, la Guinée a accédé à l’indépendance et, le 1er novembre, l’armée a été créée. C’est à partir de ce moment que la Guinée s’est réellement sentie indépendante.

Lorsque, le 1er novembre, le président Ahmed Sékou Touré est allé au camp Alpha Yaya, il a rencontré ceux qui constituaient l’embryon de l’armée guinéenne. Ces militaires avaient alors fait une déclaration pour dire : « Vous êtes les politiques, nous, nous sommes des militaires. Nous avons abandonné tous les privilèges de la colonie française. Nous sommes maintenant revenus servir sous le drapeau et vous avez tout notre soutien. »

C’est à ce moment que la véritable indépendance a commencé parce que, premièrement, les autorités politiques avaient l’assurance et le soutien de ceux qui détenaient les armes pour assurer la sauvegarde et l’intégrité du pays.

À partir de là, l’armée guinéenne a continué à accompagner les différentes politiques du pays, de 1958 à nos jours. Et si vous regardez réellement ce qui s’est passé, toutes les prises de pouvoir par l’armée n’étaient pas des choses voulues. Elles sont intervenues, selon nous, pour sauver une situation.

En 1984, c’était pour sauver une situation. À la mort du général Lansana Conté, en 2008, c’était également pour sauver une situation. Le 5 septembre, c’était encore pour sauver une situation, puisqu’il fallait regarder le peuple et répondre aux attentes du peuple. Donc, de 1958 à nos jours, l’armée est restée fidèle et loyale au peuple et à ses institutions.

L’armée ne s’est pas contentée seulement d’accompagner l’indépendance à travers les armes. Elle s’est également impliquée dans les activités socio-économiques du pays. De 1958 à nos jours, vous allez voir beaucoup de traces de l’armée dans le développement national, notamment dans la construction des routes et dans la lutte pour l’autosuffisance alimentaire. Tout cela montre que l’armée guinéenne a évolué aux côtés des autorités politiques et a accompagné de façon loyale tout ce qui a été entrepris pour la Guinée, de 1958 à nos jours.

Quelles réformes ont accompagné les grandes mutations et l’évolution des forces armées guinéennes depuis leur création en 1958, notamment depuis 2021 ?

Bien, avant d’aborder cet aspect, il est important de rappeler que l’armée guinéenne détient également un record sur le continent africain. De quel record s’agit-il ? C’est celui de sa participation aux luttes de libération, aux opérations de restauration de la paix, ainsi qu’à la lutte contre l’apartheid et le racisme.

La Guinée est le seul pays à détenir ce palmarès. Dans une quinzaine de pays du continent, des soldats guinéens sont intervenus pour contribuer à rétablir la situation. Certains y ont même fait le sacrifice ultime pour aider ces pays à conquérir leur indépendance.

Il y a eu la Guinée-Bissau, plusieurs interventions au Liberia et en Sierra Leone pour rétablir l’ordre public, mais aussi au Bénin, au Congo, au Mozambique, en Afrique du Sud et au Zimbabwe. Autant de pays où la Guinée est intervenue à travers son armée.

Aucune autre armée sur le continent ne détient, à mes yeux, un tel palmarès. L’armée guinéenne a écrit son nom dans le registre d’or de l’histoire, notamment à travers le discours du président Sékou Touré aux Nations Unies, lorsqu’il déclarait que si la Guinée avait obtenu son indépendance, elle ne se sentait pas pleinement indépendante tant qu’une partie de l’Afrique resterait sous le contrôle du colonisateur.

Cela s’est traduit par des actes. Nous sommes intervenus partout où cela était nécessaire. Nous avons également ouvert nos camps d’entraînement. Des combattants et des mouvements de libération, notamment d’Afrique du Sud, venaient en Guinée pour se former et s’inspirer de notre expérience. Cela aussi fait partie du palmarès de l’armée guinéenne.

Pour revenir à un pan de votre question, le 5 septembre 2021 constitue une étape importante dans l’évolution des forces armées guinéennes.

À la prise du pouvoir, la situation était très difficile. Il suffit de regarder les premières images de cette période : nous avions une même armée, mais avec des tenues très différentes, qui donnaient parfois l’impression d’avoir affaire à plusieurs armées. Toutes sortes de tenues étaient présentes au sein des forces armées guinéennes. On pouvait voir des uniformes provenant de différents pays. Il n’y avait aucune véritable uniformisation.

Or, quand on parle d’une armée, on parle aussi d’uniforme. L’une des premières réformes engagées par le président Mamadi Doumbouya a donc consisté à permettre à l’armée guinéenne d’évoluer dans une véritable uniformité vestimentaire.

Aujourd’hui, cette réforme est une réalité. Le président n’a pas seulement donné des instructions : il a créé les conditions de leur mise en œuvre. Les usines militaires de confection ont été rééquipées et dotées des intrants nécessaires.

Tout ce que vous voyez aujourd’hui avec les militaires, la gendarmerie, la douane et les autres corps relève de cette dynamique. Chaque corps dispose désormais de sa propre tenue. Et surtout, cette production est réalisée en Guinée. Nous n’importons pas les tenues elles-mêmes : nous faisons venir les intrants nécessaires et c’est la Guinée qui habille son armée. C’est extrêmement important.

Nous commençons même à habiller les armées d’autres pays de la sous-région. Cela signifie que nous sommes aujourd’hui en mesure de maîtriser notre propre politique en matière de tenues militaires. Cette souveraineté vestimentaire, l’armée guinéenne l’a acquise avec le CNRD, à travers la prise du pouvoir du 5 septembre 2021.

Le pari sur la formation

Autre innovation : les écoles. Le capital humain est le capital le plus précieux. Tout développement part du capital humain. Vous pouvez construire des bâtiments et réaliser de grandes infrastructures, mais si le capital humain ne comprend pas ces réalisations et ne les accompagne pas, il sera difficile d’avancer. C’est pourquoi il a fallu s’attaquer aux chaînons manquants dans la formation des militaires.

Qu’est-ce qui manquait dans les structures de formation des militaires ?

D’abord, à la base, il y avait la question des enfants de troupe. La Guinée n’avait jamais disposé d’un prytanée militaire. Il a fallu attendre le 5 septembre 2021 pour voir la création de cette structure. Pendant ce temps, certains pays voisins ont célébré les 100 ans d’existence de leurs écoles militaires. Nous étions donc obligés d’attendre la disponibilité de places dans ces pays pour y envoyer nos enfants se former. À son arrivée, le président a créé le prytanée militaire. Cette école a accueilli sa toute première promotion et, cette année, vous avez vu cette promotion obtenir son brevet avec un taux d’admission de 100 %. C’est beaucoup.

Désormais, cette école va continuer à évoluer et ces enfants vont poursuivre leur formation avec l’objectif de faire émerger un Guinéen de type nouveau. Ce sont des enfants qui sont éduqués et formés avec un regard particulièrement tourné vers la Guinée et les intérêts de la Guinée. C’est cela, pour nous, le nouveau Guinéen.

Au-delà du prytanée militaire, le président a également ordonné la création de l’École d’État-Major. Cette école n’existait pas. Il fallait auparavant aller dans les pays voisins, en Europe ou ailleurs pour former nos officiers supérieurs. Aujourd’hui, cette formation peut se faire en Guinée.

Il y a également l’École des officiers de la gendarmerie, qui n’existait pas et qui a été créée après le 5 septembre. Certaines écoles militaires ont également été créées à Manéah, ainsi que l’École des munitions et des armes de Faléssadé.

Toutes ces écoles fonctionnent aujourd’hui. Et le dernier chaînon manquant était l’École de guerre. Elle accueille désormais ses premiers stagiaires, qui ont commencé leur formation et qui, au terme du cycle académique, seront détenteurs des diplômes de l’École de guerre.

Mais quelle est la particularité de toutes ces écoles ?

Ces écoles n’accueillent pas uniquement des Guinéens. En fonction de la qualité des programmes, du personnel enseignant et du climat, mais aussi grâce à l’hospitalité légendaire de la Guinée, nous accueillons désormais des ressortissants d’autres pays africains au prytanée militaire, à l’École d’État-Major, à Manéah ou encore dans les écoles de la gendarmerie. Ces établissements reçoivent aujourd’hui des militaires d’autres pays africains qui viennent se former en Guinée.

Le fait d’avoir créé ces écoles ne signifie pas pour autant que nous avons arrêté nos partenariats avec les autres pays. Des militaires et des agents des forces de défense et de sécurité guinéens continuent également de se former à l’étranger. C’est aussi cela, le monde actuel. Il faut aller apprendre chez les autres pour mieux comprendre certaines réalités. Nous n’avons donc pas arrêté la coopération en matière de formation avec les autres pays. Nous la poursuivons, et c’est ainsi que les choses évoluent.

Des infrastructures militaires renforcées

Il y a les écoles, mais il y a également les infrastructures. Si vous avez l’habitude de venir au BQG, vous pouvez constater les améliorations enregistrées aujourd’hui. De nouveaux bataillons ont été créés à l’intérieur du pays. Plus de 25 postes d’appui (PA) ont également été construits le long des frontières.

C’étaient des réalités qui faisaient couler les larmes de tout patriote. Vous quittiez un pays voisin et, en entrant en Guinée par la route, vous pouviez comparer le poste frontalier de ce pays à celui qui se trouvait de notre côté et vous demander : « Mais quel pays ? »

Aujourd’hui, cette situation a changé. Cette souveraineté a été rétablie à travers la construction de bâtiments modernes et autonomes. Les hommes disposent désormais des moyens nécessaires au niveau de ces différents postes d’appui pour assurer la sécurité du territoire national. Un maillage territorial a ainsi été réalisé. Même le corridor maritime dispose désormais de bases navales qui ont été construites pour veiller à la sécurité maritime.

De nouveaux moyens aériens

Il y a également le volet aérien. À la prise du pouvoir, nous faisions face à une insuffisance d’équipements aériens. Aujourd’hui, nous disposons notamment d’hélicoptères de combat et d’hélicoptères de transport de troupes. Après la flotte de Air-Guinée, dont les pilotes ont fait la fierté de l’Afrique et de la Guinée, il a fallu attendre encore pour voir émerger une nouvelle génération de pilotes.

Aujourd’hui, de jeunes pilotes guinéens sont capables de manœuvrer différents types d’hélicoptères et des appareils de dernière génération. Certains ont entre 20 et 30 ans, mais ils disposent déjà d’une maîtrise importante de ces équipements. Cela montre également que les choses ont évolué.

En matière d’équipements, cette évolution s’étend à tous les niveaux. L’armée de terre, l’armée de mer, l’armée de l’air, la gendarmerie nationale et la police ont toutes bénéficié de nouveaux équipements.

Nous y reviendrons !

Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com

Créé le 31 octobre 2026 18:32

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