Jeunesse guinéenne : entre le piège de la drogue et le pouvoir du livre, choisissons de construire notre avenir (opinion)

Sensibiliser sans condamner, éduquer sans humilier et prévenir plutôt que réparer : tel doit être notre engagement collectif envers la jeunesse guinéenne.

Chère jeunesse guinéenne,

Il y a des réalités qui méritent que nous nous arrêtions un instant pour réfléchir, non pas pour nous accuser les uns les autres, mais pour mieux comprendre les choix qui s’offrent à nous et les conséquences qu’ils peuvent avoir sur notre avenir.

Dans un article publié par Africaguinee.com, le procureur général Fallou Doumbouya rappelle que l’État dépense des milliards de francs guinéens pour enquêter sur les actes criminels, interpeller les personnes impliquées, assurer leur prise en charge en prison et construire des établissements pénitentiaires. Selon lui, ces ressources pourraient également servir à financer des écoles, des hôpitaux et d’autres infrastructures sociales.

Cette réalité nous interpelle tous. Derrière ces dépenses, il y a une question essentielle : comment pouvons-nous éviter que nos propres choix nous conduisent vers des chemins qui compromettent notre liberté, notre santé et notre avenir ?

La lecture peut t’endormir, mais elle réveille ton esprit

Il existe plusieurs manières de s’évader de la réalité. Certaines nous éloignent progressivement de nous-mêmes, tandis que d’autres nous permettent de découvrir le monde et de mieux comprendre notre place dans la société.

La lecture peut, elle aussi, t’endormir, mais à la différence du tramadol détourné de son usage médical, un livre te fait voyager tout en stimulant ton esprit, sans détruire ta santé ni compromettre ton avenir.

Avec un livre, tu peux parcourir le monde sans quitter ta chambre, découvrir des civilisations sans prendre l’avion, rencontrer de grands penseurs sans les avoir devant toi et apprendre des expériences de ceux qui ont réussi comme de ceux qui ont échoué.

Un livre peut éveiller une vocation, faire naître une idée, nourrir une ambition et transformer une manière de penser.

Là où certaines dépendances peuvent progressivement réduire ta liberté, le savoir peut élargir tes possibilités.

Jeune Guinéen, jeune Guinéenne, tu n’as pas besoin de mettre ta santé en danger pour oublier tes difficultés. Tu n’as pas besoin de suivre un groupe pour prouver ta valeur. Tu n’as pas besoin de détruire ton présent pour chercher à échapper à une réalité parfois difficile.

Tu as le droit d’avoir des rêves, de connaître des échecs, de ressentir de la fatigue et de traverser des moments de doute. Mais ne laisse pas ces difficultés te convaincre que ton avenir n’a plus de valeur.

Derrière chaque jeune, il y a un potentiel à protéger

Il serait injuste de réduire la jeunesse guinéenne à la délinquance ou à la consommation de substances dangereuses. Notre jeunesse est diverse. Elle compte des élèves, des étudiants, des apprentis, des entrepreneurs, des artistes, des sportifs, des travailleurs et de nombreux jeunes qui cherchent simplement une occasion de réussir dignement leur vie.

Certains traversent le chômage, la précarité, les déceptions, les pressions sociales ou le manque d’accompagnement. Ces difficultés méritent une écoute sincère, des réponses adaptées et des possibilités concrètes d’insertion.

Mais reconnaître ces difficultés ne signifie pas renoncer à notre responsabilité personnelle.

Nous devons apprendre à faire des choix qui protègent notre avenir, à refuser les mauvaises influences, à nous éloigner des activités criminelles et à demander de l’aide lorsque nous nous sentons dépassés.

À celui qui lutte contre une dépendance, tendons la main plutôt que de l’humilier. À celui qui s’égare, indiquons une autre voie plutôt que de le condamner définitivement. À celui qui cherche encore sa place, offrons des conseils, de l’écoute et, lorsque cela est possible, des occasions d’apprendre et de travailler.

La responsabilité ne consiste pas à prétendre que nous sommes tous parfaits. Elle consiste à reconnaître nos erreurs, à accepter de nous relever et à choisir de progresser.

L’État comme un père : encadrer, protéger et montrer le chemin

La décision des autorités de renforcer la lutte contre la criminalité et les stupéfiants doit aussi nous amener à réfléchir à la direction que nous voulons donner à notre vie.

On peut comparer l’État à un père de famille : il a la responsabilité d’encadrer, de protéger, de fixer des règles et de montrer à ses enfants les chemins qui favorisent leur avenir. De la même manière, les institutions publiques doivent contribuer à préserver la sécurité collective, à faire respecter la loi et à créer les conditions permettant aux citoyens de vivre et de travailler dignement.

Dans cette logique, la prévention occupe une place essentielle. L’objectif ne devrait pas être uniquement d’intervenir lorsque le mal est déjà fait, mais aussi d’aider les jeunes à éviter les situations qui les exposent à la dépendance, à la violence et à la criminalité.

Cependant, l’encadrement doit aller de pair avec l’éducation, la formation, l’insertion professionnelle, l’accompagnement social et le respect des droits de chacun. Une société protège mieux sa jeunesse lorsqu’elle sait à la fois prévenir les dérives, appliquer la loi avec équité et offrir des perspectives à ceux qui veulent changer de direction.

La décision de l’État peut donc être comprise comme un rappel à la vigilance collective : parents, éducateurs, responsables communautaires, institutions et jeunes eux-mêmes, nous avons tous un rôle à jouer.

Mais rappelons-nous une chose : un père ne montre pas seulement à son enfant ce qu’il doit éviter ; il l’aide également à découvrir ce qu’il peut devenir.

À nous, jeunes, de comprendre ce message et d’en faire un point de départ pour des choix plus réfléchis.

Et si nous faisions du savoir notre nouvelle force ?

Imagine un jeune qui consacre une heure par jour à la lecture, apprend un métier, développe une compétence numérique, améliore son expression, découvre l’entrepreneuriat ou se forme dans un domaine qui le passionne.

Au fil des mois, il peut acquérir des connaissances, renforcer sa confiance en lui et augmenter ses possibilités d’insertion.

Imagine maintenant une jeunesse qui privilégie la formation, la discipline, la créativité, le travail honnête et l’entraide. Une jeunesse qui ne cherche pas seulement à réussir individuellement, mais qui veut aussi participer au développement de ses quartiers, de ses communautés et de son pays.

C’est cette énergie que nous devons encourager.

La lecture ne résoudra pas, à elle seule, tous les problèmes de chômage, de précarité ou de dépendance. Mais elle peut contribuer à développer le discernement, à ouvrir des horizons et à aider chacun à mieux comprendre les conséquences de ses décisions.

Un livre ne remplace ni un emploi ni une politique publique efficace. Il peut toutefois devenir le premier outil d’une transformation personnelle.

Alors, jeune Guinéen, commence là où tu es. Lis quelques pages. Apprends quelque chose de nouveau. Choisis mieux ton entourage. Développe un talent. Demande conseil. Et si tu traverses une période difficile, ne reste pas seul.

Tu n’as pas besoin d’être riche pour commencer à apprendre. Tu n’as pas besoin d’être célèbre pour être utile. Tu n’as pas besoin de suivre la foule pour avoir de la valeur.

Notre avenir mérite mieux que la résignation

La lutte contre la criminalité ne peut pas reposer uniquement sur les forces de sécurité et la justice. Elle demande également une mobilisation des familles, des écoles, des associations, des communautés et des jeunes eux-mêmes.

Nous devons pouvoir parler de ces sujets sans mépris, sans insultes et sans généraliser. Une jeunesse sensibilisée avec respect est mieux placée pour entendre un message, réfléchir à ses choix et devenir actrice de sa propre transformation.

Notre pays a besoin de jeunes capables de réfléchir, de créer, de travailler, de respecter les autres et de prendre leurs responsabilités. Il a besoin de citoyens qui comprennent que la liberté n’est pas l’absence de règles, mais aussi la capacité de faire des choix sans devenir prisonnier de ses propres habitudes.

Ne laissons pas les substances dangereuses voler nos ambitions, ni les difficultés nous faire oublier notre valeur. Faisons de la connaissance une arme pacifique, de la discipline une force et de la responsabilité un principe de vie.

Chère jeunesse guinéenne, le chemin de l’avenir commence souvent par une décision simple : celle de prendre soin de soi, d’apprendre, de réfléchir et de construire plutôt que de détruire.

Un livre entre les mains, une ambition dans le cœur et le sens des responsabilités dans nos actes : voilà aussi une manière de servir la Guinée.

Parce que notre jeunesse ne doit pas seulement être protégée contre les dangers du présent ; elle doit être préparée à construire les solutions de demain.

Amadou L. Bah

Écrivain, chercheur, analyste & consultant.

[email protected]

Créé le 29 octobre 2026 16:03

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