Comment accéder aux crédits bancaires ? les conseils pratiques d’Abdourahime Bah
CONAKRY-Présent en tant que panéliste lors de la « Clinique de projets de la salle des Marchés », dédiée à la préparation à la bancarisation, Abdourahime Bah, directeur commercial Clients entreprises de AFG Bank Guinée, décrypte les conditions d’accès au financement bancaire pour les entreprises. Dans cet entretien, il revient sur les exigences de formalisation, l’importance des débouchés commerciaux et le rôle d’accompagnement de sa banque, notamment à travers la Maison de la PME.
AFRICAGUINEE.COM : Quels sont les critères fondamentaux pour qu’une banque locale comme AFG Bank finance une entreprise ?
ABDOURAHIM BAH : Fondamentalement, la première des choses pour une entreprise, c’est d’être formalisée. Cela implique une mise en conformité sur les plans juridique, comptable, financier et opérationnel, portée par des dirigeants ambitieux. Lorsque ces informations sont complètes, l’entreprise peut prétendre à un accompagnement et rencontrer la banque pour un financement.
Cependant, notre rôle ne se limite pas à l’octroi de fonds : nous y associons un accompagnement technique, stratégique et des conseils. Dès l’initiation du projet, nous aidons l’entreprise à modéliser son plan de financement, à rectifier ses états financiers et à structurer ses garanties.
Les états financiers et les garanties suffisent-ils pour obtenir un crédit ?
Non, ce n’est pas suffisant. Pour se faire financer, une entreprise doit impérativement avoir des clients et des contrats. Il ne suffit pas d’avoir des informations financières complètes ou des garanties.
La question fondamentale que se pose la banque est de savoir si le porteur de projet aura les liquidités nécessaires pour rembourser. Pour cela, il faut qu’il vende son produit, qu’il dispose de débouchés certains pour générer des recettes, faire face à ses charges courantes et, par la suite, honorer son crédit.
La réussite de la bancarisation repose donc sur trois piliers : structurer ses informations, s’appuyer sur un écosystème solide (clients, fournisseurs) et disposer de perspectives commerciales claires.
Comment surmonter le problème de la « culture de la dette » souvent observé en Guinée ?
Aujourd’hui, il existe en Guinée un réel problème de culture de la dette. Souvent, les entrepreneurs ont peur d’aller vers les banques pour emprunter, alors qu’il est impossible de se développer sans effet de levier financier.
Pour atteindre un certain niveau de croissance, le recours à l’emprunt bancaire est indispensable. Cet emprunt doit s’appuyer sur des débouchés fiables, généralement ancrés dans des écosystèmes industriels, miniers ou de services.
Exemple concret : Prenez une entreprise agricole qui produit des tomates en Guinée. Il ne suffit pas seulement de produire. Si vous sécurisez un contrat avec un hôtel pour écouler votre récolte de manière récurrente chaque semaine ou chaque mois, vous obtenez des revenus prévisibles. Vous pouvez ainsi vous faire financer, car la banque sait que vous allez vendre, même si vous traversez des tensions de trésorerie au moment de planter avant la récolte.
La rigueur de la formalisation financière et juridique couplée à des débouchés garantis constitue la clé de voûte de notre démarche.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes entrepreneurs qui hésitent encore à solliciter les banques ?
À AFG Bank [ancienne Société Générale], nous disposons d’un département dédié aux entreprises et d’une Maison de la PME. Cette structure accueille non seulement nos clients, mais aussi les non-clients.
Le conseil le plus simple est de venir à la banque, d’écouter et de dialoguer. On ne se déplace pas uniquement pour décrocher un crédit, on peut aussi venir poser des questions. Nos conseillers sont là pour aider les porteurs de projets à se formaliser et à structurer leurs dossiers du début jusqu’au financement. Tout entrepreneur porteur d’une belle idée viable et commercialisable est le bienvenu.
Quel regard portez-vous sur la tenue de ce forum international à Conakry ?
C’est une initiative tout à fait louable et à encourager. C’est une première en Guinée. Le Royaume-Uni fait partie du G7 et représente une puissance économique majeure dotée d’un grand pragmatisme. Leurs expertises en matière industrielle, d’ingénierie et de finance sont avérées.
C’était une excellente idée d’organiser cet événement à Conakry, et je suis convaincu que lors des prochaines éditions, la participation des entreprises sera encore plus forte.
Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 21 octobre 2026 13:20









