Meurtre de Fatoumata Béavogui en Belgique : Les révélations glaçantes de sa sœur Mariama Camara
CONAKRY / BRUXELLES – Retrouvée sans vie à son domicile bruxellois, Fatoumata Béavogui laisse derrière elle deux jeunes enfants et une famille endeuillée en quête de justice. Tandis que le principal suspect fait toujours l’objet de recherches par les forces de l’ordre, sa sœur Mariama Camara que nous avons rencontrée à Coléah (Conakry) s’exprime pour la première fois. Elle livre un témoignage sur les derniers échanges avec la victime et interpelle le gouvernement guinéen afin d’obtenir un soutien diplomatique et juridique.

AFRICAGUINEE.COM : Nous avons appris que votre sœur a été retrouvée morte chez elle en Belgique. Dites-nous, comment avez-vous appris cette triste nouvelle ?
MARIAMA CAMARA : C’est une de mes sœurs qui m’a appelée pour m’informer que notre sœur Fatoumata Béavogui était décédée, et que ce n’était pas une mort naturelle. Elle m’a dit que c’est Mamadi Kaba, son amant, qui l’a assassinée, égorgée et même éventrée. J’étais totalement sous le choc. Je me suis dite : « Comment a-t-il pu faire une chose pareille ? »
Est-ce qu’avant ce drame, votre sœur Fatoumata Béavogui vous avait parlé d’un problème entre elle et son amant ?
Ma sœur m’appelait souvent pour me raconter ce qui se passait entre elle et Mamadi Kaba. Les problèmes ont commencé à cause d’une de ses amies plus âgées nommée Rabi. Ils s’entendaient tous bien au départ ; ils formaient un groupe de quatre et faisaient tout ensemble.
Puis, soudainement, ma sœur a commencé à soupçonner une relation entre Rabi et Mamadi Kaba. Un jour, elle lui a demandé : « Mamadi Kaba, pourquoi est-ce que je vois souvent tes messages dans le téléphone de Rabi ? » Mamadi Kaba a nié. Mais comme ils avaient prévu de se marier et que Mamadi Kaba lui avait fait des promesses en ce sens, ils ont eu quelques différends, puis ont fini par se réconcilier.
Cependant, ma sœur ne s’entendait plus avec Rabi (présumée rivale). Rabi a alors monté des coups bas contre elle, racontant notamment que ma sœur aurait avorté. Elle a même envoyé un message vocal dans la boîte de Mamadi Kaba, que Kaba a ensuite directement transféré à ma sœur. J’ai d’ailleurs cet enregistrement avec moi.
Ma sœur lui a dit : « Mais qu’est-ce que tu m’envoies là ? » D’après ce qu’elle me racontait la nuit, Kaba lui a répondu : « Tu n’as pas écouté ce que je t’ai envoyé ? Tu as tué mon enfant ! Comment as-tu pu me faire ça ? »
Ma sœur a répliqué : « Je ne vais pas t’écouter. Tu sais très bien que tu es malade et que tu ne peux pas avoir d’enfants. Si je tombais enceinte, pourquoi est-ce que je ne mettrais pas cet enfant au monde ? Ce ne serait pas la première fois que j’ai des enfants, pourquoi irais-je tuer le mien ? »
Ma sœur a conservé cette note vocale et m’en a parlé. Je lui ai conseillé : « Garde bien ce vocal avec toi. » Par la suite, Rabi a de nouveau provoqué ma sœur. Ma sœur est allée porter plainte à la police. Ils l’ont convoquée avec son avocat pour tirer les choses au clair. Une dame l’assistait là-bas. On lui a dit d’attendre, car les procédures prennent du temps et les autorités agissent à leur rythme. Ma sœur a donc patienté sans rien dire.
Mamadi Kaba venait souvent à la maison, mais il y avait constamment des tensions et de la jalousie entre eux. Elle lui a dit : « Kaba, tu sais quoi ? Si tu n’es pas vraiment prêt à être avec moi, je préfère qu’on s’arrête là. Nous avions parlé de mariage. J’ai déjà eu un premier mariage qui n’a pas marché, alors si je vois que ça ne va pas entre nous, je préfère mettre fin à notre relation. J’ai deux enfants qui comptent sur moi. Je ne suis pas venue ici (en Belgique) pour me quereller avec d’autres femmes. Je ne l’ai jamais fait, ni à Conakry ni ailleurs, et ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer. »

Mamadi Kaba a répondu qu’il comprenait et qu’il allait faire des efforts. Mais ma sœur a pris ses distances. Leurs rapports n’étaient plus du tout les mêmes qu’avant.
Un jour, Mamadi Kaba m’a appelée et nous a mises en conférence téléphonique sur WhatsApp. Il s’est plaint : « Ah, ta sœur est difficile, elle a un caractère dur… » Je lui ai dit : « Kaba, essaie de comprendre. Si tu aimes réellement ma sœur, n’écoute pas cette fille [Rabi], c’est ma sœur que tu dois écouter. Tu sais qu’elles sont en conflit, alors si tu écoutes l’autre fille, cela montre que tu ne fais pas confiance à ma sœur. »

Mamadi Kaba a alors répondu : « D’accord, essaie de lui parler. » Je lui ai même envoyé un message par la suite : « Comme tu es allé voir ma sœur, essaie de clarifier les choses avec elle pour consolider votre relation et concrétiser votre projet de mariage. » Il m’a répondu : « Pas de problème, j’irai la voir. » Je lui ai précisé : « Ma sœur n’est pas méchante, mais elle n’acceptera jamais qu’on porte atteinte à sa dignité. Va la voir, je la connais bien. »
Il m’a dit : « D’accord, la semaine prochaine, j’irai la voir. » Il m’a même envoyé un enregistrement vocal disant : « Ces jours-ci, je suis un peu pris par le temps, mais j’irai voir les enfants. »
Le jour de la fête de l’indépendance, le 2 octobre 2026, ma sœur m’a fait écouter d’autres messages vocaux que Kaba lui avait envoyés. Il répétait : « Tu as tué mon enfant ! Tu penses que je suis fou ? Je ne suis pas fou ! Tu as dit à ta copine que tu buvais du Coca-Cola pour avorter… »
Ma sœur lui a répondu : « Je ne t’écouterai pas, Kaba. Écoute qui tu veux, mais je t’ai demandé de sortir de ma vie et tu ne veux pas comprendre. » J’ai dit à ma sœur : « Calme-toi, laisse-moi parler à Kaba. » Elle m’a répondu : « Non, laisse tomber. Je ne veux plus de Kaba. » Je lui ai répondu : « D’accord, c’est bon, je ne veux plus m’en mêler. La façon dont il te parle me met vraiment en colère. »
Le dimanche 4 octobre 2026, j’ai échangé avec ma sœur au téléphone vers 22h-23h. Comme elle commençait à s’endormir et bâillait, je lui ai dit de se coucher.
Le lendemain matin vers 5h, elle m’a envoyé un message vocal pour s’excuser de ne pas avoir pu continuer à me parler la veille parce qu’elle s’était endormie. Je lui ai dit qu’il n’y avait aucun problème. Le lundi et le mardi, je n’ai pas réussi à l’avoir au téléphone. C’est en me renseignant auprès de proches qu’on m’a appris qu’elle était décédée.
Si ce drame s’est produit, je sais que Mamadi Kaba en est l’auteur principal, mais Rabi en est le déclencheur et le cœur. Si elle n’était pas allée raconter toutes ces histoires à Kaba, celui-ci ne serait jamais passé à l’acte. Une personne peut garder son calme, mais face à de telles manipulations, la situation a complètement échappé à tout contrôle.
Avez-vous des nouvelles de Mamadi Kaba aujourd’hui ?
Non, je n’ai pas de nouvelles directes de Kaba. Je suis allée voir sa photo de profil WhatsApp, puis j’ai cherché son compte TikTok pour voir ce qui se passait. Il y publie des photos de ma sœur et de lui comme un couple d’amoureux, avec de la musique en fond, comme si tout allait bien.
J’ai aussi fouillé le compte de sa copine, la dame Rabi. Elle se réjouissait de la mort de ma sœur alors que nous sommes en deuil. J’ai des preuves avec moi : elle dansait sur une chanson de M’mah Touré (« La ilaha illa Allah, j’ai vu la mort aujourd’hui »). Quand j’ai vu ça, deux jours après le décès de ma sœur, je me suis dite que je ne laisserai pas passer cela. La justice doit faire son travail. Nous ne pouvons pas nous faire justice nous-mêmes, mais l’État doit nous aider. Ma sœur était tout pour moi, c’était ma confidente.
Mamadi et votre sœur vivaient-ils sous le même toit ou séparément ?
Ils vivaient séparément. Quand je posais des questions à ma sœur, elle me disait : « Tu sais, l’endroit où il travaille est éloigné, il vient me voir de temps en temps. » Ils ne vivaient pas sous le même toit, mais lorsqu’il venait, il lui arrivait de passer la nuit là-bas avant de repartir le lendemain.

Quelles sont les nouvelles concernant la situation en Belgique ?
Pour l’instant, je ne sais pas grand-chose. Ce sont les enfants de ma sœur qui ont donné l’alerte. Nous n’étions pas au courant de ce qui s’était réellement passé. Même l’école et les voisins de l’immeuble n’en savaient rien.
Après avoir assassiné ma sœur, Mamadi Kaba a habillé les enfants le lendemain matin comme si de rien n’était et les a emmenés à l’école. Il leur a simplement dit : « Si on vous demande, dites que votre maman est malade. »
Le mercredi, les cours finissent plus tôt. Ma sœur était toujours très ponctuelle pour récupérer ses enfants. Ne la voyant pas venir, une dame (l’enseignante ou une accompagnatrice) a demandé aux enfants : « Où est votre mère ? Elle n’est pas venue ? » Les enfants ont répondu : « Maman n’est pas venue. Tonton Kaba nous a dit de dire qu’elle était malade, mais il a sûrement tué maman. » C’est ainsi que les secours et les agents de police ont été alertés. En entrant dans l’appartement, ils ont découvert que Kaba avait commis un acte de barbarie effroyable sur ma sœur.
Mamadi Kaba n’a donc pas encore été arrêté par la police ?
Pas pour le moment.
Avez-vous entrepris des démarches auprès des autorités ici en Guinée ?
Tout à fait. Nous sommes allés au ministère des Affaires étrangères. Nous avons déposé une demande accompagnée de photos et de pièces justificatives. Ils nous ont dit qu’ils feraient de leur mieux et nous ont demandé d’attendre.
Qu’attendez-vous de l’État aujourd’hui, notamment du président de la République ?
Nous demandons à l’État de nous venir en aide, car nous ne pouvons rien faire sans lui. Nous voulons simplement que justice soit rendue pour ma sœur.
Propos recueillis par Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 13 octobre 2026 11:06Nous vous proposons aussi
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