Guinée/Simandou : « Nous devons être lucides”, prévient la Banque mondiale

CONAKRY- Alors que les premières exportations de fer ont débuté à Simandou, la Banque mondiale appelle la Guinée à la lucidité pour éviter le piège de la « malédiction des ressources ». Rappelant que le pays doit créer 1,5 million d’emplois d’ici 2030, Ousmane Diagana plaide pour un véritable pacte transformateur fondé sur la transparence budgétaire, l’investissement dans la jeunesse et le déverrouillage du secteur privé domestique.

À l’occasion du lancement officiel du nouveau Cadre de partenariat pays (CPF 2027-2033), le Vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Ousmane Diagana, s’est exprimé sur la trajectoire économique de la Guinée. S’il reconnaît que le pays traverse un « moment exceptionnel » de son histoire, le responsable institutionnel a dressé un diagnostic “lucide” sur les défis à relever pour transformer la manne minière en développement partagé.

L’illusion minière et le défi des 1,5 million d’emplois

Alors que le gisement de Simandou est entré en phase de production et d’exportation, la Banque mondiale met en garde contre l’illusion d’une prospérité automatique.

« Nous devons être lucides. L’exploitation d’une ressource naturelle ne crée pas automatiquement une économie prospère, diversifiée et inclusive. L’histoire économique de nombreux pays riches en ressources naturelles nous enseigne une chose : la richesse du sous-sol peut devenir soit un formidable accélérateur de développement, soit une occasion manquée », a martelé Ousmane Diagana.

Pour le Vice-président de l’institution multilatérale, l’enjeu réside dans l’absorption de la main-d’œuvre jeune. Les projections indiquent que 1,5 million d’emplois doivent être créés d’ici 2030 en Guinée. Or, avec une moyenne de 121 000 postes créés par an entre 2021 et 2024, le rythme actuel doit être amélioré.

« La question que nous devons nous poser n’est pas seulement : combien de minerai la Guinée va-t-elle exporter ? La question beaucoup plus importante est : combien d’emplois, combien d’entreprises, combien de compétences, combien d’investissements et combien de nouvelles opportunités économiques Simandou permettra-t-il de créer pour les Guinéennes et pour les Guinéens ? C’est cela, le véritable dividende de Simandou », a-t-il souligné.

Éviter une « Guinée à deux vitesses »

Parmi les vulnérabilités identifiées, la Banque mondiale alerte sur le risque de fracture au sein du tissu socio-économique national. Sans politiques publiques ciblées, la Guinée court le risque de se scinder économiquement.

« Nous devons éviter une Guinée à deux vitesses : une Guinée minière moderne d’un côté et une économie informelle qui, bien entendu, ne peut que générer des vulnérabilités pour les populations de l’autre », a prévenu le responsable de la Banque mondiale.

Les solutions : Changer de modèle et libérer le secteur privé

Pour relever ces défis, l’institution préconise un changement d’approche : placer l’emploi au centre de la stratégie économique plutôt que de le considérer comme une simple retombée indirecte de la croissance.

Ce nouveau modèle repose sur quatre leviers stratégiques :

  1. La rigueur et la transparence budgétaire : Une gestion prudente des revenus miniers pour éviter l’explosion des dépenses en période de cours élevés des matières premières.
  2. L’investissement dans le capital humain : De la formation aux compétences techniques, indispensables pour alimenter les secteurs secondaires et tertiaires gravitant autour des mines.
  3. Le déverrouillage du secteur privé : Lever les obstacles liés à la fiscalité, à la réglementation, au crédit et à la fourniture d’une énergie fiable et abordable.
  4. L’inclusion territoriale : Désenclaver les régions et intégrer les femmes et les communautés hôtes aux opportunités économiques.

« Le gouvernement crée les conditions de l’emploi, les entreprises créent la majorité des emplois. Notre rôle est donc de travailler avec vous pour lever les contraintes qui empêchent les entreprises de se développer », a rappelé Ousmane Diagana.

Un pacte collectif pour l’avenir

Affirmant que la Banque mondiale ne vient plus seulement avec des financements mais également avec des expertises et des instruments de réduction des risques, Ousmane Diagana a appelé à la signature d’un véritable pacte partenarial réunissant l’État, le secteur privé, la jeunesse et la société civile.

« Notre responsabilité collective est de faire en sorte que, dans dix ou vingt ans, lorsqu’on parlera de ce CPF, on ne parle pas seulement d’un CPF qui a été promoteur, mais d’un CPF qui a été vraiment transformateur », a-t-il lancé.

A suivre!

Africaguinee.com

Créé le 6 octobre 2026 13:50

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