Réouverture de la frontière à Yenga : Un souffle économique freiné par l’enclavement de Nongoa

GUECKEDOU – La réouverture de la frontière entre la Guinée et la Sierra Leone, à travers Yenga, est accueillie avec soulagement par les populations de Nongoa, dans la préfecture de Guéckédou. Après une longue période de fermeture, les échanges transfrontaliers reprennent progressivement entre les populations des deux pays.

Mais sur le terrain, cette reprise des activités commerciales met également en lumière les difficultés auxquelles les habitants restent confrontés. Parmi elles, l’état de la route reliant Nongoa à Guéckédou figure en tête des préoccupations.

Lors d’une immersion dans cette localité située à proximité de la frontière, le constat est sans appel : les populations souhaitent profiter pleinement de la réouverture de la frontière, mais l’état des infrastructures routières constitue un sérieux obstacle à la circulation des personnes et des marchandises.

La route Nongoa-Guéckédou, une préoccupation majeure

Entre Nongoa et Guéckédou, la distance est d’environ 27 kilomètres. Pourtant, ce trajet peut se transformer en véritable parcours du combattant, particulièrement en saison des pluies.

La route, fortement dégradée sur plusieurs tronçons, ralentit considérablement le déplacement des véhicules et complique l’évacuation des marchandises.

Benjamin Tamba Sandouno, président du district de Nongoa Centre, décrit une situation qui pénalise directement l’économie locale.

« Le grand problème, comme vous avez vu, c’est la route. Beaucoup de choses, des marchandises importantes quittent de la sous-préfecture, là, pour aller à l’intérieur de la Guinée. Mais la route qui nous lie de la préfecture est en mauvais état. C’est impraticable. »

Selon lui, les difficultés rencontrées sur cet axe ont des conséquences importantes sur le commerce.

« Les véhicules que vous voyez là, quand ils bougent ici, deux jours, trois jours, ils sont sur la route. Et le bagage est là, à attendre pour être évacué. »

Une situation qui, selon les habitants, risque de limiter les retombées économiques attendues de la réouverture de la frontière.

Un simple reprofilage pour commencer

Pour les responsables locaux, il n’est pas forcément nécessaire d’attendre immédiatement la construction d’une route bitumée. Un reprofilage de l’axe permettrait déjà, selon eux, d’améliorer considérablement les conditions de circulation.

« Nous plaidons auprès du gouvernement et aux bonnes volontés, à ce que la route de Nongoa soit reprofilée, au moins. Même s’il n’y a pas de goudron, mais si c’est reprofilé, les dalles sont faites, vraiment, on peut faire nos business, et l’engouement va s’augmenter », plaide Benjamin Tamba Sandouno.

Le maire de Nongoa, Tamba Gabriel Bongono, partage cette préoccupation. Pour lui, les populations sont confrontées depuis longtemps à cette difficulté.

« L’état de la route est déplorable. Franchement, on en a beaucoup parlé, on a écrit. C’est avec l’appui de nos militaires et la population, souvent nous nous débrouillons à arranger cette route. »

Mais ces interventions ponctuelles ne suffisent plus, estime l’autorité communale. « Arranger la route aux mains, quels qu’en soient, ce n’est pas commode. Nous demandons encore que l’État vienne en aide. »

27 kilomètres contre 67 kilomètres

L’état de la route contraint parfois les populations à emprunter un itinéraire beaucoup plus long pour rejoindre Guéckédou. Alors que la distance directe entre Nongoa et Guéckédou est d’environ 27 kilomètres, certains usagers passent par Temessadou-Igbo, un détour qui porte le trajet à environ 67 kilomètres.

« Souvent, nous passons par Temessadou-Igbo, qui est distant de 67 km. Franchement, la population souffre », témoigne le maire Tamba Gabriel Bongono.

Pour les populations, cette situation entraîne des coûts supplémentaires pour les transporteurs et les commerçants, tout en retardant l’acheminement des produits.

La réouverture de la frontière entre la Guinée et la Sierra Leone apparaît ainsi comme une opportunité économique importante, mais dont les bénéfices restent tributaires de l’amélioration des infrastructures.

Le pont sur le Makona, l’autre grand rêve de Nongoa

Au-delà de la route, un autre projet revient régulièrement dans les discussions locales : la construction d’un pont sur le fleuve Makona.

Pour les responsables de Nongoa, la réalisation de cet ouvrage permettrait de faciliter davantage les échanges entre la Guinée et la Sierra Leone et de renforcer la position stratégique de cette localité frontalière.

Le maire Tamba Gabriel Bongono dit avoir entendu parler d’un éventuel projet de construction d’un pont sur le fleuve.

« On a entendu dans les échos qu’ils vont mettre le pont sur le fleuve Makona, et nous demandons encore, surtout Manor River Union, pour qu’ils fassent quelque chose pour mettre le pont entre la Guinée et la Sierra Leone sur le fleuve Makona. »

Le maire insiste sur la position géographique particulière de Nongoa, située entre plusieurs cours d’eau. « Nongoa est bien placé, nous sommes entre deux fleuves : il y a le fleuve Makona, et il y a le fleuve Mafissa qui est par là. »

Pour les habitants, la construction de ce pont permettrait de donner une nouvelle dimension aux échanges transfrontaliers, en facilitant davantage la mobilité entre les deux pays.

Une frontière rouverte, des défis toujours présents

La réouverture de la frontière à travers Yenga ravive l’espoir chez les populations de Nongoa. Les commerçants peuvent à nouveau envisager de développer leurs activités et les habitants des deux côtés de la frontière peuvent renouer avec leurs habitudes d’échanges.

Mais sur le terrain, les difficultés demeurent nombreuses. L’état de la route Nongoa-Guéckédou, les longs détours imposés aux usagers et l’absence d’un pont sur le Makona constituent autant de défis à relever.

Pour les responsables locaux, la réouverture de la frontière ne devrait être qu’une première étape. Ils appellent désormais à des investissements dans les infrastructures routières et à la réalisation d’ouvrages capables de soutenir durablement la circulation des personnes et des marchandises.

De retour de Nongoa,

Paul Foromo SAKOUVOGUI,

Correspondant Régional d’Africaguinee.com

En Guinée Forestière.

Tél : (00224) 628 80 17 43

Créé le 9 septembre 2026 10:16

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