Abdoulaye Kourouma : « Le développement et l’émergence de la Guinée viendront de notre génération, sous la conduite du président Doumbouya »
CONAKRY- L’érection de Beyla en région administrative constitue, selon Abdoulaye Kourouma, une décision stratégique au regard du potentiel minier de Simandou et de la position frontalière de plusieurs localités. Dans cette dernière partie de son entretien avec Africaguinee.com, le président du groupe parlementaire « Alliance patriotique » appelle toutefois l’État à traduire cette décision en actes concrets, notamment à travers la construction des infrastructures administratives, sanitaires, sécuritaires et routières.
AFRICAGUINEE.COM : Le président Mamadi Doumbouya a érigé les préfectures de Beyla et de Siguiri en régions administratives, ainsi que certaines sous-préfectures et localités en préfectures. Quel regard portez-vous sur cette décision ?
ABDOULAYE KOUROUMA : Ce qu’il faut retenir, c’est que la décentralisation est un facteur de développement. Il faut saluer la dynamique qui est lancée dans le cadre du développement et du désenclavement. Lorsqu’une sous-préfecture comme la mienne, Karala, devient aujourd’hui une préfecture, cela permet non seulement de désenclaver cette localité, mais aussi toute la région de Beyla. Cela passe notamment par la construction des bâtiments de souveraineté.
Je veux parler du palais de justice, de la gendarmerie, de la police, des hôpitaux, des routes, etc. Il faut donc saluer la décentralisation, le désenclavement et, plus largement, le développement qui est engagé. La décentralisation est un facteur de développement. Pour moi, on ne peut que dire merci au président de la République d’avoir cette vision en matière de développement, de désenclavement et de décentralisation.
Qu’est-ce que cette décision vous inspire ?
J’aime le dire : il faut accepter que, qu’on le veuille ou non, le développement et l’émergence de la Guinée viendront de notre génération. Je parle de cette génération dirigée aujourd’hui par le général Mamadi Doumbouya.
Le président Sékou Touré nous a donné l’indépendance et la souveraineté. Il a joué sa partition. Le président Lansana Conté, avec son équipe, nous a donné la démocratie et, si vous voulez, le multipartisme. Ils ont également joué leur partition.
Le gouvernement d’Alpha Condé nous a donné une base économique. Mais le développement et l’émergence de notre pays viendront de notre génération, sous la conduite du président Mamadi Doumbouya.
S’il s’inscrit dans cette logique, c’est une bonne chose, parce que je vous dis que la déconcentration est également un facteur de développement. Si vous prenez ma sous-préfecture, qui est devenue une préfecture, nous n’avions pas de palais de justice, mais nous allons en avoir. Nous n’avions pas de bâtiments pour la gendarmerie ou la police.
Et surtout, sur le plan géographique, ce sont des sous-préfectures qui méritaient de devenir des préfectures, parce que certaines sont directement situées à la frontière avec la Côte d’Ivoire. Dans tous les pays du monde, les villes frontalières sont des zones stratégiques.
Nous avons donc besoin de renforcer la présence de l’administration sur place. Développer ces localités et les ériger en préfectures est une décision tellement stratégique qu’elle ne peut que, encore une fois, contribuer à renforcer la grandeur de la Guinée.
Parce que, dès que vous quittez ma sous-préfecture, Karala, par exemple, vous entrez à Gbéléban. Je crois que c’est la première préfecture ivoirienne qui fait frontière avec la Guinée. Là-bas, vous avez tout : l’eau, l’électricité, la gendarmerie, la justice, mais aussi des universités et des écoles.
Voilà un peu pourquoi la population guinéenne envie la population ivoirienne dans ce contexte. Et même lorsque les fonctionnaires sont affectés à la frontière, les militaires et les gendarmes ne devraient pas se plaindre si les conditions de vie sont réunies.
Qu’est-ce qui fait que nos militaires, nos médecins ou nos enseignants désertent souvent lorsqu’ils sont affectés à la frontière ? C’est le manque d’infrastructures et le déficit de développement.
Mais dès que l’État est présent, dès que ces bâtiments de souveraineté que je viens de citer sont construits, on se sent chez nous. Partout, nous pourrons rendre service à la population, mais il faut quand même disposer d’un minimum de conditions.
Les locaux devant abriter ces nouvelles administrations ne sont pas encore disponibles. Cela va nécessiter des investissements importants. N’est-il pas un peu tôt de crier victoire ?
Cela traduit déjà la volonté du gouvernement de s’engager en faveur du développement et du désenclavement, et de doter les sous-préfectures érigées en préfectures des bâtiments de souveraineté que vous venez de citer. Cela va se faire !
Cette décision traduit la volonté de l’État de s’engager dans le développement. Je pense que c’est d’abord un facteur de développement. Le simple fait d’avoir initié cette démarche et d’avoir eu l’idée d’ériger certaines sous-préfectures en préfectures et certaines préfectures en régions traduit déjà la volonté de l’État d’accompagner le développement de ces localités.
Mais, stratégiquement, lorsqu’on prend le projet Simandou, il faut donner envie non seulement aux Guinéens, mais aussi aux Africains et au reste du monde de venir se loger et d’habiter dans les localités concernées par ce projet. Et pour cela, il faut créer un cadre minimum de développement.
Moi, je pense donc qu’on ne peut que soutenir et accompagner cette initiative. Avec la loi de finances qui va arriver, vous verrez, par exemple, dans le budget du ministère de la Justice, un projet de construction d’un palais de justice à Karala. Vous verrez également, dans le budget du ministère de la Défense, un projet de construction d’une gendarmerie. Dans celui du ministère de la Sécurité, il y aura certainement des projets de construction de bâtiments pour la police.
Le ministère de la Santé ne fera pas exception en prévoyant la construction d’un hôpital préfectoral. Le ministère des Infrastructures, de son côté, devra proposer des projets routiers permettant de relier ces zones à l’intérieur du pays et, au-delà, à la Côte d’Ivoire. Pour moi, ce sont ces facteurs-là qui permettront de concrétiser cette décision. Et nous serons également là pour appuyer, défendre et soutenir ces projets.
Votre collègue, Dr Faya Millimouno, a estimé que Guéckédou, pour plusieurs raisons, mériterait de devenir une région administrative. Au-delà, si je suis votre logique, Koundara, qui est une ville transfrontalière et constitue une porte d’entrée de la Guinée vers le Sénégal et la Guinée-Bissau, pourrait également prétendre au statut de région. Qu’en dites-vous ?
Oui. En fait, généralement, si vous remarquez bien, les chefs-lieux des régions sont souvent situés au centre, tandis que les préfectures sont davantage positionnées vers les frontières, comme c’est le cas de Koundara.
Je connais très bien Koundara. Le premier vice-maire de la commune urbaine est d’ailleurs membre de mon parti. Il s’appelle Moussa Diallo. Donc, chacun peut avoir raison, mais, stratégiquement, l’État a sa propre logique dans l’organisation de ses régions.
Avant tout, Guéckédou, c’est la Guinée, tout comme Beyla est la Guinée. Si aujourd’hui le développement est davantage orienté vers Beyla, je ne peux que dire que ce n’est qu’une petite récompense par rapport à tout ce que nous espérons.
La colonne vertébrale, le poumon économique de la Guinée aujourd’hui, c’est Simandou. Et Simandou fait partie de quelle région ? De la région forestière. Parmi les localités qui ont eu la chance, grâce aux faits de la nature, de posséder le mont Simandou, il y a Beyla. En réalité, les ressources minières ne sont pas renouvelables. Qu’allons-nous laisser à nos enfants après l’exploitation des mines ? Ce sont notamment les infrastructures qui resteront sur place.
Nous ne pouvons pas nourrir le monde entier, contribuer à l’économie de la Guinée et de l’Afrique, servir le monde entier sur le plan économique et, en même temps, rester pauvres en infrastructures. Ce n’est pas possible. Pour moi, nous ne méritons pas nécessairement plus que les autres, mais, dans les circonstances actuelles, Beyla mérite de devenir une région administrative.
Les sous-préfectures situées le long de la frontière, comme Karala, méritent également davantage d’attention. Parce que, pour construire une route, il faut d’abord démontrer son intérêt stratégique. Je vous dis qu’il pourrait y avoir une route nationale reliant Kankan à Abidjan. Et cette route passerait par Karala. Dans mon village, vous pouvez vous renseigner, il se trouve à neuf kilomètres du centre-ville de la préfecture de Karala. Il s’appelle Kobala.
Tout ce que nous consommons, tout ce que nous buvons et même une partie de notre réseau de télécommunication nous viennent de Côte d’Ivoire. Vous êtes devant ma cour, vous pouvez entendre la musique qui vient de la préfecture de Gbéléban. Vous voyez les lumières de l’autre côté de la frontière. Nos enfants prennent leurs motos, ou parfois marchent à pied, pour aller s’amuser le soir en Côte d’Ivoire avant de revenir en Guinée. Ils envient les populations ivoiriennes.
Maintenant, créer une préfecture de manière stratégique ne peut que montrer que la Guinée est prête à relever le défi de la concurrence et de la compétition. Cela montre aussi que la Guinée est prête à retenir ses fils, parce qu’il faut donner envie à sa population de rester et de construire son pays.
Après l’érection de ces localités en régions et en préfectures, que devrait faire l’État, selon vous, pour les rendre pleinement opérationnelles et surtout répondre aux attentes suscitées auprès des populations ?

L’État devra d’abord commencer par mettre en place les bâtiments de souveraineté que j’ai cités. Mais la population doit également jouer sa partition. Elle a un grand rôle à jouer.
Ici, nous avons besoin des politiques, mais aussi des acteurs du développement. Pour moi, l’État est déjà engagé dans cette dynamique de développement. Nous attendons maintenant la loi de finances qu’il va nous proposer afin de voir si, réellement, l’érection de ces circonscriptions en régions et en préfectures a été prise en compte dans les politiques de développement que nous espérons tous pour la Guinée.
Il ne s’agit pas seulement de Beyla, mais de l’ensemble du pays. Moi, je n’aime pas particulariser. Comme vous venez de citer le cas précis de Guéckédou, je préfère que cette dynamique concerne toutes les localités de la Guinée. Mais aujourd’hui, je ne dirais pas qu’elle est meilleure que les autres, mais il n’y a pas une ville aussi prometteuse que Beyla, quand même.
Si nous parlons de Simandou 2040 et que le monde entier converge vers la Guinée, c’est parce qu’il y a Simandou ici. Ne soyez pas jaloux : la nature a voulu que cette richesse appartienne, au moins en partie, à la région de Beyla. C’est ce que la nature a voulu. Nous ne pouvons donc que remercier Dieu et nous en glorifier.
Fin !
Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
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