Des syndicalises sanctionnés à la BCRG: « C’est une aberration », fustige Aboubacar Soumah
CONAKRY- La décision prise à la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) à l’encontre de responsables syndicaux de l’institution continue de susciter des réactions. L’Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG) dénonce une « ingérence dans les affaires syndicales » et annonce des démarches auprès des institutions chargées du dialogue social.
Pour cette centrale syndicale, aucune institution ne devrait s’immiscer dans les affaires internes des organisations syndicales, encore moins prendre des mesures allant jusqu’à la suspension des activités syndicales et au licenciement de responsables syndicaux.

« Nous, en tant que syndicalistes, nous estimons que c’est d’abord une ingérence dans les affaires syndicales. Aucune structure constitutionnelle, de quelque niveau que ce soit, n’a le droit de s’immiscer dans les affaires syndicales, encore moins de prendre une décision de telle envergure, allant jusqu’à licencier toute une section syndicale au niveau d’une institution de l’économie. C’est une aberration, c’est une violation flagrante de nos droits et de nos libertés », a déclaré Aboubacar Soumah, l’un des responsables de l’USTG.
La centrale syndicale indique avoir tenu des consultations avec la fédération à laquelle est affiliée la délégation syndicale de la BCRG. Elle compte désormais saisir les institutions compétentes afin d’obtenir l’annulation de la décision.
« Nous nous sommes retrouvés en tant que centrale faîtière. Nous avons analysé la situation avec la fédération à laquelle cette délégation syndicale est affiliée, et nous allons devoir saisir les institutions responsables du dialogue social pour qu’elles puissent intervenir afin que cette décision soit annulée », a-t-il annoncé.
L’USTG invoque également les conventions internationales relatives à la liberté syndicale ratifiées par la Guinée, notamment les conventions 87 et 98 de l’Organisation internationale du Travail (OIT).
« Nous estimons que c’est une trahison », souligne M. Soumah, président du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée.
Selon la centrale syndicale, cette situation est d’autant plus incompréhensible qu’elle affirme avoir joué un rôle dans la suspension du préavis de grève lancé par la délégation syndicale de la BCRG.
L’USTG rappelle avoir demandé à ses structures de privilégier le dialogue et de ne pas engager de mouvement de grève sans en informer la centrale.
« Nous qui avons toujours été dans la logique de soutenir la refondation proclamée et lancée par le CNRD, nous avons envoyé une note circulaire à toutes nos structures pour leur dire qu’il ne doit y avoir aucune revendication menant à la grève sans nous en informer », a-t-il expliqué.
Et d’ajouter : « Si aujourd’hui nous sommes intervenus au niveau de la Banque centrale pour que la délégation syndicale suspende son préavis de grève, et que ce camarade-là soit quand même traduit non seulement en justice mais aussi au tribunal du travail, et qu’en fin de compte le gouvernement puisse prendre une telle décision, nous estimons que c’est une trahison. »
Des démarches annoncées auprès du CNDS et de la Primature
Interrogée sur les démarches engagées après la mise à pied de certains responsables syndicaux, l’USTG affirme que des actions sont déjà en cours.

« D’abord, les avocats ont interjeté appel au niveau du tribunal du travail, et au niveau de la Banque centrale aussi, nous menons des démarches », a indiqué le responsable syndical.
Une commission aurait également été mise en place afin de préparer des correspondances à l’endroit des institutions chargées du dialogue social.
« Nous avons mis en place une commission hier qui doit rédiger des lettres pour, non seulement, attirer l’attention de la présidente du Conseil national du dialogue social (CNDS), avec lequel nous avons signé le pacte de stabilité sociale, mais aussi lui demander d’intervenir pour que nous commencions à rétablir le droit au niveau de la Banque centrale », a-t-il précisé.
L’USTG entend également saisir la Primature, qu’elle considère comme garante du dialogue social en Guinée.
« Nous allons donc saisir toutes ces autorités et institutions. Nous le ferons parce que c’est nous qui avons sauvé la situation au niveau de la Banque centrale. Il faudrait que nous prenions nos responsabilités face à la sanction appliquée à nos camarades », a conclu le responsable syndical.
Le ministère du Travail appelle au dialogue
Alors qu’un bras de fer se profile autour de la liberté syndicale et du respect du dialogue social, le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Protection sociale a également réagi à la situation.
La secrétaire générale du département, Ramatoulaye Camara, a rencontré ce vendredi plusieurs acteurs et a rappelé l’importance de préserver un climat social apaisé dans le contexte actuel de transformation du pays.
Selon elle, cette transformation nécessite « de la stabilité, de la sérénité et un climat social apaisé », une responsabilité qui, dit-elle, incombe à tous les acteurs.
« Je voudrais être très claire sur ce point. Le gouvernement guinéen, sous la conduite de notre Premier ministre, Monsieur Amadou Oury Bah, reste attaché au dialogue social et au respect des droits des travailleurs », a-t-elle déclaré.
Mme Ramatoulaye Camara ajoute que les organisations syndicales doivent pouvoir exercer pleinement leur rôle, porter les préoccupations des travailleurs et défendre leurs intérêts dans le respect des lois de la République.
« Mais cette responsabilité va de pair avec une autre exigence, celle de préserver l’intérêt général, l’ordre et la continuité de la vie économique et sociale de notre pays », a déclaré la secrétaire générale.
La responsable du ministère du Travail a souligné que, dans cette période de transformation que traverse la Guinée, les différents acteurs doivent privilégier le dialogue, la négociation et les mécanismes légaux de règlement des différends.
« Nous devons éviter que des désaccords, aussi légitimes soient-ils, ne conduisent à des situations susceptibles de perturber durablement le fonctionnement de notre pays ou de compromettre les efforts de développement économique engagés. L», a-t-elle lancé.
Yayè Aicha Barry
Pour Africaguinee.com









