« J’ai encore des sondes…on me dit de quitter l’hôpital » : Témoignage de patients d’Ignace Deen, sommés de libérer les lieux dans 72h

CONAKRY — Dans le cadre du projet de reconstruction et de modernisation de l’hôpital Ignace Deen, les occupants sont sommés de libérer ce centre hospitalier situé au centre-ville de Kaloum. Ce jeudi, Africaguinee.com y a fait un tour. Par endroits, le constat révèle une vive préoccupation chez les patients, leurs proches et même des médecins croisés dans les locaux du CHU.

CHU d'Ignace Deen

Construit à l’époque coloniale dans la vieille ville de la presqu’île de Tombo, l’hôpital Ignace Deen va faire sa mue. Selon le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, ce centre doit connaître, dans les prochains jours, un vaste projet de reconstruction et de modernisation.

« Cette opération constitue une étape indispensable au démarrage des travaux de reconstruction de cet établissement historique. Elle s’inscrit dans la volonté du Gouvernement de moderniser durablement l’offre hospitalière nationale, d’améliorer la qualité et la sécurité des soins et de renforcer les capacités de prise en charge des pathologies complexes en Guinée, afin de réduire le recours aux évacuations sanitaires à l’étranger », justifie le ministère de la Santé.

Toutefois, cette évacuation n’est pas sans conséquences pour les patients et le corps médical. D’un côté, c’est le démontage de tous les équipements de bureau (climatiseurs, tables, rideaux, lits) ; de l’autre, des ambulances garées, prêtes à évacuer les malades grabataires.

Aperçu près de sa voiture remplie de ses affaires, un médecin témoigne : « C’est le départ. On ne reçoit plus aucun malade. Même moi qui suis médecin, si je faisais un malaise ici, on ne m’accueillerait pas dans ce centre. On nous apprend que nous devons aller dans la cour de Donka », exprime-t-il avec un sourire mêlé de tristesse.

« C’est le travail qui s’arrête. On ne nous a même pas d’abord précisé où nous allions… Cela aurait pu se faire progressivement… », renchérit un neurologue, vêtu de sa tenue de travail, debout au milieu d’une pile de paperasse dans son bureau en cours d’évacuation.

De la psychose chez les patients

Les malades rencontrés se disent préoccupés. Certains d’entre eux, pourtant en convalescence, déclarent que leur état s’est dégradé sous le coup du stress.

« Nous sommes encore malades. J’ai des sondes par-ci par-là. On me dit de quitter subitement mon lit d’hôpital… Nous sommes encore plus malades qu’avant », s’inquiète un patient qui ayant subi une intervention chirurgicale et qui était venu rencontrer son médecin traitant pour une consultation de suivi.

Dans le cadre de cet article, nous avons tenté d’obtenir une réaction de la direction générale de l’Hôpital Ignace Deen, en vain. Cependant, selon les autorités, cette évacuation reste une étape indispensable au démarrage des travaux de reconstruction de cet établissement historique. « Elle s’inscrit dans la volonté du Gouvernement de moderniser durablement l’offre hospitalière nationale, d’améliorer la qualité et la sécurité des soins et de renforcer les capacités de prise en charge des pathologies complexes en Guinée, afin de réduire le recours aux évacuations sanitaires à l’étranger », souligne le département dirigé par madame Khaité Sall.

Un Caterpillar déjà en position

Lors de notre passage, nous avons aperçu un engin de terrassement stationné dans la cour de l’hôpital. Un deuxième serait attendu. Les deux engins devraient entrer en action dans les prochaines heures ou les prochains jours, a-t-on appris.

Une plaidoirie adressée au président

Ansoumane Diabaté, proche d’un malade, se dit très préoccupé : « Depuis que nous avons appris que nous devions libérer les lieux dans les 72 heures, nous sommes dans l’angoisse. J’ai un parent malade qui ne peut pas se déplacer. Je suis confus, je ne sais plus quoi faire. On ne connaît même pas notre future destination. Je demande au président de reporter cette mesure d’évacuation pour nous permettre de mieux nous préparer », a plaidé ce proche d’un patient.

Selon le ministère de la Santé, les activités du Centre seront délocalisées vers le Camp Camayenne. Déjà, apprend-on, le directeur général, Professeur Dhadi Baldé, et son équipe sont à pied d’œuvre pour aménager la zone devant accueillir les patients et leurs accompagnants.

Ignace Deen

Un reportage de Dansa Camara DC

Pour Africaguinee.com

Créé le 20 août 2026 16:45

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