« Nous leur demandons de rentrer » : À Dubréka, une famille dans l’angoisse après la « disparition » d’un couple et de son enfant
DUBRÉKA — La famille d’Ibrahima Sow dit vivre dans l’angoisse depuis près de trois ans. Selon sa grande sœur, Maïmouna Sow, rencontrée ce samedi 8 août 2026 au carrefour T8, Ibrahima Sow, son épouse Raguiatou et leur fils Abdoulaye Sow, âgé de trois ans, se trouveraient dans une situation critique depuis qu’ils ont quitté la Guinée dans l’espoir de rejoindre l’Europe.

La famille affirme avoir engagé d’importantes sommes d’argent dans ses démarches et déplore avoir reçu, au fil du temps, des informations contradictoires sur leur localisation. Aujourd’hui, elle lance un appel pressant aux autorités guinéennes.
« Il m’avait dit qu’il partait à Kindia »
Selon Maïmouna Sow, le départ de son frère s’est effectué dans des conditions opaques. Le jour de son départ, Ibrahima prétexte un déplacement professionnel ou personnel dans la sous-préfecture voisine :
« Le jour où il est sorti, j’étais assise chez nous à Dubréka. Il a pris son sac et m’a dit qu’il partait à Kindia. Sa femme l’a accompagné jusqu’au bord de la route où il a embarqué. Son épouse savait que sa destination n’était pas Kindia, mais elle me l’a complètement caché au début. Trois jours après, notre maman m’a appelée du village pour me dire que mon frère Ibrahima Sow était parti pour le Mali afin de rejoindre l’Europe. »

Quelques jours plus tard, la famille commence à éprouver des difficultés à joindre le trentenaire. « Après quelques jours, j’ai essayé de le joindre. Au bout du fil, il m’a dit qu’il avait été arrêté et qu’il avait besoin de 8 millions de francs guinéens. Quand nous nous sommes battus pour réunir et lui envoyer cet argent, il a cessé d’appeler. Par la suite, sa femme a pris son enfant pour aller le rejoindre là-bas, sans m’en informer », poursuit sa sœur.
Plus de 20 millions de francs guinéens engloutis
Depuis le départ d’Ibrahima Sow et de ses proches, la famille affirme avoir dépensé une somme importante pour tenter de les localiser ou de subvenir à leurs besoins. Maïmouna Sow indique que les membres de la famille recevaient régulièrement des assurances selon lesquelles le couple et l’enfant séjournaient en Espagne.

« À chaque fois qu’on échangeait avec eux, ils nous disaient qu’ils étaient en Espagne. Depuis leur départ, nous avons dépensé 20 millions de francs guinéens. Ce qui nous faisait croire qu’ils étaient effectivement en Europe. Un jour, mon frère Ibrahima a même appelé un de nos cousins pour lui demander de les y rejoindre », détaille-t-elle.
Mais le retour de ce jeune cousin a révélé une tout autre réalité. « Quand ce jeune est revenu, il nous a dit qu’ils ne sont pas en Europe, mais au Mali, et parfois en Sierra Leone. Selon les explications reçues, les passeurs ou les arnaqueurs qui les encadrent sont installés dans plusieurs pays de la sous-région. »
L’angoisse d’une mère malade
La situation dure depuis environ trois ans. La famille souhaite désormais avant tout le retour des trois disparus, particulièrement en raison de la détérioration de l’état de santé de la mère d’Ibrahima.

« Ibrahima Sow, sa femme Raguiatou et leur fils Abdoulaye Sow, âgé aujourd’hui de 3 ans, sont bloqués là-bas depuis trois ans. Nous leur demandons de rentrer parce que notre mère est tombée malade à cause de cette situation. Nous ne voulons plus qu’ils persistent dans cette aventure. Nous voulons simplement qu’ils reviennent auprès des leurs », martèle-t-elle.
Madame Sow souligne que le coût financier et moral est devenu insupportable pour les proches : « Nous avons dépensé beaucoup d’argent pour essayer de les aider et comprendre ce qui leur arrive. J’ai perdu toutes mes économies. Aujourd’hui, toute la famille souffre », dit-elle en larme.

L’appel au secours adressé aux autorités
Estimant que ce drame illustre les dérives du phénomène de la migration irrégulière auquel sont confrontées de nombreuses familles guinéennes, Maïmouna Sow sollicite l’aide du gouvernement.
« Nous demandons aux autorités guinéennes de se pencher sur cette situation, car beaucoup de familles souffrent en silence. Les proches dépensent leur argent, vendent leurs biens pour aider les leurs, puis se retrouvent sans aucune nouvelle. Nous demandons aux autorités de nous aider à localiser Ibrahima Sow, sa femme et leur enfant afin de faciliter leur rapatriement en Guinée », implore-t-elle.

Trois ans après ce départ clandestin, l’inquiétude demeure entière au sein de la famille SOW qui espère qu’une chaîne de solidarité ou une démarche institutionnelle permettra de ramener les siens sains et saufs.
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 8 août 2026 16:28Nous vous proposons aussi
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